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Eau potable : l’interdiction du plastique préoccupe des communautés autochtones

Des bouteilles de plastique dans un convoyeur.

Le Canada interdira dès 2021 les articles de plastique à usage unique, comme les bouteilles.

Photo : iStock / Group4 Studio

Radio-Canada

L'intention d'Ottawa de bannir les articles de plastique à usage unique sème l'inquiétude dans certaines communautés autochtones aux prises avec des problèmes d'eau potable, et qui dépendent donc de l'eau embouteillée.

Un texte de Rhiannon Johnson, de CBC

Les articles de plastique visés incluent les sacs d'épicerie, les emballages alimentaires, les pailles, les ustensiles et les bouteilles. Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé la semaine que le gouvernement fédéral avait l'intention de les interdire dès 2021.

Ma famille et moi produirions moins de déchets de plastique si nous ne dépendions pas de l'eau embouteillée pour avoir de l'eau fraîche, a lancé Courtney Skye sur Twitter à la suite de l’annonce de M. Trudeau.

L'une des animatrices du balado The Red Road, Mme Skye, habite le territoire des Six Nations of the Grand River, dans le sud de l'Ontario, où seule une partie de la communauté est alimentée en eau potable traitée. Le reste, y compris la famille de Mme Skye, doit utiliser des bidons et les remplir avec l’eau de réservoirs, car celle du robinet n'est pas potable.

Il est nécessaire de s'informer des points de vue des membres Premières Nations sur de nombreuses questions avant de prendre des décisions. Les gens devraient s’y attarder quand de telles annonces, qui touchent l'ensemble de la société, sont faites.

Courtney Skye, animatrice de balado

« Une chose terrible »

June Baptiste, membre du conseil de la communauté dénée de Lhoosk'uz, en Colombie-Britannique, qui doit compter sur l'eau embouteillée, avertit que ses concitoyens prendraient bien mal qu’on interdise l’utilisation des bouteilles de plastique à usage unique.

Comme on n'a pas d'usine de traitement des eaux, on manquerait d’eau et ce serait une chose terrible, d’après Mme Baptiste.

Les habitations de Lhoosk'uz disposent d'eau courante, mais celle-ci est contaminée par des métaux lourds qui la jaunissent et lui donnent une odeur de soufre, explique-t-elle. Même quand l'eau est bouillie, elle reste nauséabonde et d’une couleur anormale, dit-elle.

La communauté espère être bientôt approvisionnée par une usine de traitement au chlore, mais June Baptiste ignore quand le projet aboutira.

D’après elle, sans bouteilles d'eau à usage unique, ce serait la catastrophe.

Comment pourraient-ils nous acheminer de l’eau? Ils n’auraient plus d’autre choix que de construire cette usine sur-le-champ.

June Baptiste, membre du conseil de la communauté de Lhoosk'uz

Même les collectivités disposant d’usines de traitement des eaux peuvent dépendre de l’eau embouteillée lors de situations d’urgence.

Cela a été le cas l’hiver dernier lorsque celle de la communauté nakoda de Carry the Kettle, en Saskatchewan, a été la proie des flammes. Des travaux sont en cours, mais il n’est pas prévu que l’usine soit opérationnelle avant encore six mois.

Entre-temps, de l'eau non potable est acheminée par camion et versée dans un grand réservoir pour répondre aux besoins courants de la communauté, mais c’est de l’eau en bouteille que les résidents doivent boire.

Mettre fin à la distribution de bouteilles d’eau serait dévastateur, estime Tim Haywahe, un résident de la communauté.

Les besoins du public

Selon Services aux Autochtones Canada, tous les avis à long terme sur la qualité de l’eau potable doivent être levées d’ici mars 2021 dans les communautés autochtones. Depuis 2015, 84 avis du genre ont été levés. Il y en a encore 58 qui sont en vigueur.

Chaque avis levé, c’est une autre communauté qui ne dépend plus de l'eau en bouteille, indique un porte-parole du ministère.

Toutes les initiatives du gouvernement du Canada visant à réduire les déchets plastiques tiendront compte de l'accessibilité, de la santé et de la sécurité, poursuit-il.

Les besoins du public seront pris en compte avant toute action ciblée sur les produits en plastique à usage unique.

Le ministère ajoute que l'interdiction n'est pas la seule option sur la table et que les taux de recyclage pourraient être considérablement plus importants.

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