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Une artiste micmaque accuse les Jeux autochtones d’avoir copié son style

Le logo montre trois figures en train de ramer dans un canoe.
Le logo des Jeux autochtones de l’Amérique du Nord de 2020 ressemble au style de l'artiste micmaque Melissa Labrador. Photo: Courtoise / Jeux autochtones de l’Amérique du Nord de 2020
Radio-Canada

L’artiste micmaque Melissa Labrador accuse les organisateurs des Jeux autochtones de l’Amérique du Nord d’avoir copié son style en créant leur logo. L’organisation a admis avoir commis une erreur, mais tarde à lui offrir des excuses publiques.

Melissa Labrador affirme avoir été consternée quand elle a vu le logo des Jeux autochtones qui auront lieu à Halifax, au mois de juillet 2020.

Le concept, qui représente trois personnages en canoë dont le corps est en forme de triangle, avec un autre triangle à l’intérieur du corps, et dont la tête est en forme de larme, ressemble à l'interprétation que l’artiste fait des pétroglyphes [gravures sur pierre] micmacs, dit-elle.

La principale intéressée affirme que le comité qui organise les Jeux ne l’a pas approchée ni n'a reconnu s'être inspiré de son art dans le processus de création.

« Ces larmes sont ma signature », affirme Melissa Labrador. « Les images que je crée sont basées sur des pétroglyphes, mais ce ne sont pas des pétroglyphes en tant que tels », ajoute celle qui est membre de la Première Nation Acadia.

« À ma connaissance, il n’existe aucune image en forme de larme dans les pétroglyphes en Nouvelle-Écosse. C'est quelque chose que j'ai créé il y a des années », dit-elle.

Cet art ressemble beaucoup au mien.

Melissa Labrador, artiste micmaque

La plus grande collection de pétroglyphes dans la partie est de l’Amérique du Nord est située dans le parc national Kejimkujik, en Nouvelle-Écosse. Todd Labrador, le père de Melissa, a été pendant des décennies gardien du parc et interprète des pétroglyphes.

Le comité avoue son erreur

Une figure dont le corps est en forme de triangle et la tête en forme de larme. Une toile créée par l'artiste Melissa Labrador. Photo : Courtoise / Melissa Labrador

Dans une déclaration faite par courriel dimanche, le comité d’organisation des Jeux autochtones de l’Amérique du Nord de 2020 affirme qu’il a commis une erreur en ne reconnaissant pas que le logo s'était inspiré du travail de Melissa Labrador.

« Le comité aimerait souligner que notre logo s'est inspiré de l’artiste micmaque Melissa Sue Labrador. Dans notre enthousiasme à révéler notre image de marque, nous avons omis de reconnaître Melissa, et à l'avenir, nous continuerons d'honorer et de respecter la beauté artistique de son travail, ainsi que le peuple micmac qui est à l’origine de la conception de ce logo », peut-on lire.

Néanmoins, la déclaration fait aussi mention que le travail de plusieurs artistes micmacs a été considéré au moment de créer le logo.

Le comité organisateur a affirmé que le logo était inspiré de l'art traditionnel micmac, dans un communiqué de presse diffusé mercredi lors du dévoilement du logo.

Plusieurs personnalités ont assisté à l’événement, dont le chef de la Première Nation micmaque de Wagmatcook, Norman Bernard, le chef régional de l’Assemblée des Premières Nations de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve, Morley Googoo, le maire de la ville de Halifax, Mike Savage, et le ministre des Communautés, de la Culture et du Patrimoine, Leo Glavine.

Melissa Labrador raconte qu'elle commençait à recevoir des messages provenant d'amis qui lui demandaient si elle avait créé le logo.

Des excuses à venir

L'artiste Melissa Labrador et son père Todd Labrador se tiennent debout dans le bois. L'artiste Melissa Labrador en compagnie de son père Todd Labrador photographiés à Liverpool, en Nouvelle-Écosse. Photo : CBC / Elizabeth McMillan

Le directeur du marketing des Jeux autochtones de l’Amérique du Nord de 2020, Rod Jacobs, l’a contactée la semaine dernière et s'est excusé, selon elle.

Le comité avait prévu de lui faire des excuses publiques dans une future entrevue télévisée, indique-t-elle.  

Cependant, l’artiste ajoute que le comité a retiré son offre dimanche après-midi.

Mme Labrador mentionne qu’ils l’ont avisée qu’il n’y aurait pas suffisamment de temps au cours de l’entrevue pour lui présenter des excuses. Au lieu de cela, ils lui ont dit qu’ils prévoyaient écrire un article pour des médias autochtones, poursuit-elle.

Je suis un peu fâchée qu’ils n’aient plus l’intention de s’excuser publiquement. Je pense que c'est malheureux.

Melissa Labrador, artiste micmaque

À l’avenir, elle espère que le comité en tirera une leçon.

« Ils pourraient apprendre de ceci afin que cela ne se reproduise plus. Je ne suis pas du genre à me mettre en colère, je préfère travailler avec les gens pour m’assurer que ce genre de choses ne survienne plus », dit-elle.

« C'est très important quand on a affaire à l’œuvre d’art de quelqu'un. C’est très important de respecter les gens. »

Attention à l’authenticité

Quatre personnes au corps en forme triangulaire et à la tête en forme de larme se tiennent en rangée. Une partie du travail de l'artiste Melissa Labrador est basé sur des pétroglyphes [gravures sur pierre] micmacs, mais avec l'ajout d'images en forme de larme. Photo : Courtoisie / Melissa Labrador

Todd Labrador, qui fabrique aussi des canoës de style micmac, a constaté que le canoë qui figure dans le logo n’est pas de tradition micmaque, mais qu’il ressemble plutôt à un canoë de type cri.

« Notre culture est en train de se perdre lentement, alors c’est très important de conserver l’authenticité de notre région », déclare-t-il.

« Nous avons rarement l’occasion d’être appelés à donner notre opinion ou à fournir des conseils, ce qui est regrettable, parce que si vous voulez apprendre quelque chose sur une région, il est préférable d’y aller et de parler aux gens sur place », dit-il.

D'après un reportage de Mairin Prentiss et ElizabethMcMillan de CBC News

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