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Un Québécois en terre mohawk revendiquée

Stéphane Gendron pose devant un bâtiment agricole et un tracteur.

L'ancien maire de Huntingdon et ancien chroniqueur Stéphane Gendron à sa ferme dans la municipalité de Dundee, en Montérégie au Québec.

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

À 120 km de Montréal, une petite municipalité du Québec craint d'être « achetée » par ses voisins mohawks. Alors que des résidents s'inquiètent d'une éventuelle annexion à la communauté d'Akwesasne, l'ex-maire de Huntingdon Stéphane Gendron est devenu un allié improbable des Mohawks.

La ferme de Stéphane Gendron dans la municipalité de canton de Dundee est difficile à manquer : un drapeau des Warriors mohawks flotte à son entrée. C’est ici dans cette étendue de terre jonchée de fermes, dans l’extrême sud-ouest du Québec, que l’ancien maire a élu domicile il y a sept ans. L’animateur de radio de 51 ans envisageait d'y faire la culture du chanvre et de se retirer progressivement de la vie publique.

Mais avoir su qu’il achetait des terres revendiquées par les Mohawks d'Akwesasne, il aurait fait autrement. « Ce ne sont pas nos terres », affirme en entrevue M. Gendron, attablé dans sa salle à manger, café dans une main, cigarette dans l’autre. Il serait prêt, dit-il, « à lever le camp » si l’occasion se présentait.

Après 30 ans de négociations intermittentes avec le gouvernement fédéral, des résidents de la communauté d'Akwesasne ont voté, en décembre, en faveur d’un règlement de presque 240 millions proposé par Ottawa. La communauté, qui est à cheval entre l'Ontario, le Québec et les États-Unis, pourra ainsi racheter des terres de gré et à gré à Dundee, mais aussi dans les environs de Cornwall, et possiblement doubler la taille de son territoire.

Pour les Mohawks, ces terres s’appellent Tsi:karí​stisere, « là où sont traînées les chaînes de fer », une référence aux instruments utilisés par les arpenteurs pour mesurer le territoire. Des terres qu’ils ont jadis louées à des colons originaires d'Europe, et qu’ils ont cédées en 1888 en échange d’un chèque de 50 000 $ de la Couronne.

Mais le Conseil mohawk d’Akwesasne a toujours maintenu que l’entente était invalide et que la compensation était bien en deçà de la valeur réelle des terres.

« Essentiellement, le gouvernement [a signé l’entente] au milieu de l’hiver quand la communauté avait quitté les lieux. Il a pris quelques chefs dans un coin et a dit “c’est dans votre meilleur intérêt [que vous partiez]” », résume le grand chef Abram Benedict, élu une première fois en 2015.

Le chef mohawk s’attend à ce que l’entente avec Ottawa soit finalisée « dans plusieurs mois ». Pour le moment, elle est retardée par des résidents de la communauté, qui contestent les résultats du référendum en cour. Pour nombre d’entre eux, un tel règlement avec le fédéral revient à légitimer l’entente de 1888. Pourquoi racheter des terres qui leur ont été volées?

Une pancarte de la municipalité de canton de Dundee

La municipalité de canton de Dundee, dans le sud-ouest du Québec

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Des résidents inquiets

À Dundee, le règlement avec Ottawa est attendu avec méfiance par les 400 habitants du canton, qui sont en bonne partie des agriculteurs. L’annexion du territoire à la réserve ou encore la perception (ou non) de taxes inquiètent des résidents.

« Il n’y a pas de limite de temps. [Les Mohawks] pourront racheter à mes enfants, mes petits-enfants. Et quand ça deviendra une réserve, les lois du Québec ne s’imposent plus », s’inquiète Michel Dupuis, un agriculteur de 39 ans dont les grands-parents se sont installés dans la région il y a un siècle.

Linda Gagnon admet qu’elle ne s’attendait pas à autant de remous quand elle a été élue mairesse du village il y a un an et demi. « C’est un dossier avec lequel je dois gérer des émotions et beaucoup de frustrations », résume cette ancienne directrice d’école, qui déplore n’avoir jamais été consultée dans les négociations avec Ottawa.

La mairesse craint surtout une chute libre de la valeur des propriétés de Dundee, et, à terme, une « vente à rabais ». C’est le « tissu social » même de la communauté qui est en péril, ajoute-t-elle.

Un « ex-raciste »

Stéphane Gendron est peu ému des préoccupations des résidents de la municipalité avec son drapeau des guerriers mohawks bien planté sur le bord de la route. « Si j’avais 20 ans aujourd’hui, je serais un Warrior », dit l'ancien maire qui fait figure de mouton noir du canton.

« De toute façon, les habitants de Dundee ont le choix de vendre ou de rester », souligne le volubile animateur de radio en haussant les épaules.

Connu pour ses nombreux coups de gueule, comme son idée d’imposer un couvre-feu aux mineurs lorsqu'il était maire, il se dit aujourd’hui un homme changé. Lui-même se décrit comme un « ex-raciste », ayant grandi à Saint-Rémi, près de la communauté mohawk de Kahnawake, dans une famille peu sympathique à ses voisins autochtones. Quand ses parents allaient au casino d’Akwesasne, ils allaient « chez les sauvages », raconte-t-il.

Sa transformation des dernières années, sa meilleure compréhension des enjeux autochtones, il les doit surtout à « Marty », un ami mohawk qui a été dans les Warriors, mais aussi à ses années à la mairie de Huntingdon, qui lui ont valu une réputation de redoutable polémiste. « Je n’étais pas du monde », laisse-t-il tomber.

Stéphane Gendron, qui est passé maître dans l’art de la provocation dans une vie antérieure, tenterait-il une ultime bravade? « Pas du tout. D’ailleurs, je ne me fais aucun ami avec ma position », précise l'ancien maire, qui compte s’inscrire à des cours de Kanien'kehá:ka (langue mohawk) à l’automne.

Déjà, il affirme avoir été approché par un homme d'affaires mohawk pour l’achat de sa propriété, quelque 20 acres qui incluent une grange et une écurie.

« Moi je ne suis pas attaché à la terre », dit-il.

Où irait-il? « N’importe où, au Vermont peut-être. Quelque part où il pleut moins ».

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