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analyse

« Génocide colonial » des Autochtones : évitons que la mémoire ne nous fasse défaut

Les commissaires de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) Marion Butler, Brian Eyolfson, Qajaq Robinson et Michèle Audette préparent les exemplaires du rapport de leur enquête qu'ils remettront au gouvernement fédéral, lors des cérémonies de clôture de leurs travaux.
Les commissaires de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) Marion Butler, Brian Eyolfson, Qajaq Robinson et Michèle Audette préparent les exemplaires du rapport de leur enquête qu'ils remettront au gouvernement fédéral, lors des cérémonies de clôture de leurs travaux. Photo: La Presse canadienne / Adrian Wyld
Anne Panasuk

Le rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) est critiqué pour l'utilisation du terme « génocide ». Or, en lisant le rapport complémentaire, on comprend que les commissaires ont voulu dire que la violence faite aux femmes autochtones est une résultante du génocide canadien, non pas que leur disparition constitue un génocide en soi. Ce qui pose la question : y a-t-il eu génocide envers les peuples autochtones du Canada?

Le rapport de l’ENFFADA parle plus précisément d’un « génocide colonial ». Une discussion juridique de 49 pages met en évidence le fait que la définition de l’ONU est plus large que celle que nous retenons habituellement pour désigner l’horreur de l’Holocauste, par exemple.

Ainsi, la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide indique que cela peut se faire par meurtre, mais aussi par la « soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle; par des mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; par le transfert forcé d’enfants de groupe à un autre groupe ».

La définition retenue par le Canada, elle, indique que le génocide peut se traduire par des actes, mais aussi par une « omission » de fournir des soins.

Et le génocide colonial est un processus lent. « L’histoire coloniale du Canada fournit de nombreuses preuves de l’existence d’une politique de génocide – une série manifeste de comportements analogues – qui reflète une intention de détruire les peuples autochtones », écrivent les commissaires.

Il faut se rappeler la guerre biologique qui a eu lieu au Canada, lorsque des couvertures distribuées aux Autochtones avaient été intentionnellement contaminées par la variole, ce qui a décimé la moitié de la population de certains groupes.

N'oublions pas non plus le refus des troupes coloniales, en 1870 en Alberta, de fournir des vivres dans le but « d’effectuer un nettoyage ethnique » au fur et à mesure que le chemin de fer du Canada pacifique se développait.

Plus près de nous, au Québec, à la fin des années 60, on sait que l’État a délibérément affamé des Innus de la Basse-Côte-Nord qui cherchaient à retourner sur leurs terres après un déplacement forcé.

Et que dire des primes de chasse offertes en échange de scalps de Mi’kmaq, en Nouvelle-Écosse, et de Béothuks, un peuple maintenant disparu, à Terre-Neuve?

N'oublions pas, non plus, que des femmes autochtones ont été soumises à une stérilisation forcée.

Enfin, faut-il rappeler que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) allait chercher les enfants dans les réserves pour les amener au pensionnat, où, dans certains cas, les conditions de vie étaient telles que le taux de mortalité oscillait entre 30 % et 60 %?

L’intention génocidaire réside aussi dans le fait de vouloir détruire l'unité sociale d'un groupe. Or, la Loi sur les Indiens avait l’intention de faire disparaître les Autochtones comme groupe social.

Dès qu’un Autochtone détenait un diplôme universitaire, il perdait son statut. Jusqu’à tout dernièrement, les femmes autochtones mariées aux non-Autochtones perdaient également leur statut. La rafle des années 60 a soustrait des milliers d’enfants à leur communauté.

Au Québec, des enfants ont disparu après avoir été envoyés à l’hôpital.

Le génocide colonial, avec ses politiques qui persistent encore aujourd’hui, est tout à fait applicable aux situations vécues par les femmes autochtones au Canada, affirment les commissaires.

Au moment de publier ce texte, le premier ministre Trudeau déclare : « nous acceptons les conclusions des commissaires de l'ENFFADA, notamment en ce qui a trait au génocide ».

Au tour maintenant des Canadiens et des Québécois de se prêter à un exercice de mémoire.

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