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Réactions au rapport de l'ENFFADA : il y a urgence d'agir au Québec

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Après deux ans et demi de travaux et plus de 2000 témoignages, les commissaires de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) déposent officiellement leur rapport au gouvernement fédéral.

Photo : Radio-Canada / Benoit Roussel

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour le milieu autochtone québécois, les conclusions du rapport de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) démontrent qu'il y a urgence d'agir pour assurer un meilleur traitement des membres des Premières Nations de la province.

Le premier ministre du Québec, François Legault, condamne les violences faites aux femmes autochtones, mais refuse de parler de « génocide », à l'instar de son homologue canadien, Justin Trudeau.

« Il faut en faire plus pour aider les femmes autochtones qui sont violentées, [...] les services et tous les ministères doivent être revus », a-t-il déclaré en mêlée de presse.

La députée libérale de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, considère toutefois que le terme génocide est approprié.

« On parle de milliers de jeunes femmes qui sont portées disparues, a-t-elle précisé. Le terme utilisé par les commissaires est à propos. »

La co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, n'a pas voulu entrer dans un débat sémantique, mais elle a qualifié la situation des femmes autochtones de « très grave ».

« Quand je regarde la définition de l'ONU et ce que l'on fait vivre aux Autochtones depuis 300, 400 ans, ça s'apparente clairement à un génocide, mais j'espère que ça ne va pas faire passer à côté des recommandations », a-t-elle dit.

« Au-delà du débat entourant le terme "génocide", il ne faut pas oublier les femmes », croit la directrice du Centre d’amitié autochtone de Val-D’or, Édith Cloutier.

La Commission a consacré un rapport complémentaire spécifiquement sur le Québec, ce dont se réjouit d'ailleurs Édith Cloutier.

« La réalité des femmes autochtones au Québec est une tragédie nationale, affirme-t-elle. Il y a une confiance à rebâtir entre l'État québécois et les Autochtones. »

L’organisme Femmes autochtones Québec (FAQ) estime que « cette crise nationale et le besoin criant d’équité nécessitent que tous les gouvernements priorisent les femmes autochtones ».

La présidente de FAQ, Viviane Michel, soutient que l’organisme va « s’assurer que le rapport ne soit pas tabletté ».

« On est en 2019 et on fait toujours face à de la discrimination, affirme-t-elle. Il faut qu’il y ait des améliorations qui soient apportées à la sécurité publique et au système de justice. »

La directrice générale du Regroupement des centres d’amitié autochtone du Québec (RCAAQ), Tanya Sirois, espère quant à elle que des mesures seront mises en place rapidement après la publication du rapport, puisque « les écarts socioéconomiques entre les Autochtones et le reste de la population canadienne ne font que croître, et ce, particulièrement pour les femmes autochtones », a-t-elle écrit dans un communiqué.

La commissaire aux Affaires autochtones de la Ville de Montréal, Marie-Ève Bordeleau, se dit satisfaite des conclusions du rapport qu'elle considère comme « très fortes » et « concrètes ».

« En tant que femme autochtone, je suis extrêmement touchée, dit-elle. Il y a urgence pour assurer la sécurité des femmes et des filles autochtones . »

Elle espère cependant que les membres des différents gouvernements vont « prendre au sérieux les recommandations de la commission ».

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, a quant à lui fait savoir par communiqué qu'il estime que même si l'ENFFADA a « permis d'apporter une certaine lumière et une prise de conscience nationale », ses recommandations « ne pourront certainement pas régler à elles seules les vestiges politiques visant l'extermination des Premières Nations ».

« La Couronne doit honorer ses obligations constitutionnelles et fiduciaires, poursuit-il, et prendre toutes les mesures nécessaires et urgentes pour assurer la réparation pleine et entière des préjudices infligés à l’ensemble des Premières Nations. Le débat autour du terme génocide ne doit pas nous éloigner de cet enjeu prioritaire qui se trouve au cœur de la solution. »

Le grand chef de la nation atikamekw, Constant Awashish, abonde dans le même sens. « Les Canadiens ne doivent pas prendre le terme "génocide" de façon personnelle », dit-il.

Selon lui, le rapport doit être vu comme un « pas vers la réconciliation ».

« Il est question de ne pas répéter les erreurs du passé, croit-il. Le rapport fait le constat d'un contexte généré par des politiques colonialistes. »

« Il faut permettre aux Autochtones, surtout aux femmes, de reprendre leur place », affirme Constant Awashish.

Le rapport complémentaire sur le Québec demande entre autres la mise sur pieds d’une enquête sur les enfants malades enlevés à leur famille. Le grand chef Awashish s’en réjouit, puisque c’est une situation qu'ont vécue plusieurs familles atikamekw.

« Il faut faire la lumière là-dessus, les gens ont besoin de guérir », dit-il. « Les aînés sont toujours hantés par ça, ajoute-t-il, ça crée de la méfiance de génération en génération. »

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