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Des militants autochtones réclament plus de transparence de la GRC après la diffusion d’une vidéo controversée

Un policier vu de dos.

Un agent de la GRC.

Photo : Reuters / Chris Wattie

Radio-Canada

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) est priée d'expliquer ses méthodes après le dévoilement d'une vidéo qui met en lumière la technique d'interrogatoire controversée utilisée par l'un de ses agents auprès d'une jeune Autochtone qui a signalé avoir été victime d'une agression sexuelle.

Angela Sterritt, CBC News

La vidéo, qui date de 2012, a été dévoilée la semaine dernière dans le cadre d’une poursuite civile. Elle montre un agent dans une pièce du détachement de la GRC à West Kelowna, en Colombie-Britannique, qui met en doute la validité du témoignage d’une adolescente autochtone.

Pendant l’interrogatoire, le policier demande à la victime alléguée, qui ne peut être identifiée puisqu’elle était mineure au moment des faits, si elle s’est sentie excitée pendant l’agression. Il lui demande également si elle est consciente que les accusations qu’elle porte ont le potentiel d’envoyer son agresseur présumé en prison.

Au cours de l’interrogatoire, le policier semble se référer aux feuilles qu’il a entre les mains comme s’il en tirait ses questions, ce qui amène plusieurs intervenants à s’interroger sur la politique officielle de la GRC en matière d’enquête sur les cas d’agression sexuelle.

Vidéo de l'interrogatoire d'une jeune femme autochtone par un agent de la GRC en 2012

Cette capture d'écran a été tirée de la vidéo de l'interrogatoire.

Photo : Courtoisie - GRC

Parmi eux se trouve Jenna Forbes, directrice du Programme de services de justice transformatrice autochtone de Vancouver. « Est-ce qu’il s’agit de leur processus d’interrogatoire officiel? », demande-t-elle en référence au type de questions posées par l’agent.

Je suis certaine que la GRC a une politique d’interrogatoire en la matière et, si jamais cet agent ne l’a pas suivie, nous devons savoir ce qu’il adviendra de lui.

Jenna Forbes, directrice du Programme de services de justice transformatrice autochtone de Vancouver

Elle estime également que si l’agent se référait bel et bien à un ensemble de questions tirées de la politique officielle de son corps de police, le public est en droit d’y avoir accès. « S’il s’agit d’un script, nous devons voir à quoi ressemblent ces scripts. »

Pressée par CBC, la GRC a pour sa part répondu qu’elle ne pouvait commenter les détails spécifiques puisqu’il s’agit d’une affaire criminelle en cours et qu’elle est « sujette à des restrictions en vertu de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents ».

En ce qui concerne sa politique en matière d’enquête sur les cas d’agression sexuelle, la GRC affirme qu’elle n’est pas publique. Un porte-parole a toutefois fait savoir que le corps de police travaille à l’élaboration d’une formation pour aider les agents à mener leurs enquêtes tout en tenant compte des sensibilités culturelles et des traumatismes liés au cas d’agressions.

Forcée de s’excuser

Jenna Forbes s’est dite « profondément attristée » d’apprendre que la jeune femme, qui se trouvait en famille d’accueil à l’époque, avait été forcée par son travailleur social d’écrire des lettres d’excuses à l’homme qu’elle avait accusé ainsi qu’à la GRC, pour leur avoir fait perdre leur temps.

Jenna Forbes se tient dans l’entrebâillement de la porte de son local.

Jenna Forbes

Photo : Jessica Wood

« Je me suis sentie trahie », a expliqué la victime alléguée au cours d’une entrevue récente avec CBC.

La femme, qui est aujourd’hui âgée de 24 ans, fait partie d’un groupe d'une douzaine de plaignants qui poursuivent l’ex-travailleur social en question, Robert Riley Saunders. Ils l’accusent d’avoir abusé de sa position d’autorité pour les soustraire des foyers d’accueil où ils se trouvaient et de les avoir privés des fonds publics auxquels ils avaient droit.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la vidéo de l’interrogatoire a refait surface, par le biais du réseau de télévision autochtone APTN.

Pour Jenna Forbes, il est clair que la GRC doit en faire davantage pour protéger les femmes vulnérables. « Quand on voit que des opinions peuvent influencer le cours d’une enquête, cela peut permettre à un prédateur de vivre en toute liberté. »

Plus vulnérables en raison de préjugés

Selon Marion Buller, commissaire en chef de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), les femmes autochtones sont encore plus susceptibles que les autres de ne pas être crues, et ce, en raison de leurs origines.

Une grande partie de la remise en question et de l’attitude sceptique est basée sur des stéréotypes racistes selon lesquels les femmes autochtones sont, en quelque sorte, plus disponibles sexuellement ou qu’elles ont plus de chance de consentir que de ne pas le faire, tout simplement parce qu’elles sont autochtones.

Marion Buller, commissaire en chef de l'ENFFADA

« Cela ajoute une dimension supplémentaire à la difficile relation qui existe déjà entre les peuples autochtones et toutes les forces de police », ajoute-t-elle.

Mme Buller souligne également les tensions historiques entre les femmes autochtones et la police, notamment avec le rôle qu’a joué la GRC dans le retrait des enfants de leur domicile au moment de leur transfert dans un pensionnat, ce qui a mené à une profonde méfiance envers les forces de l’ordre.

Pendant les audiences de l’ENFFADA, Mme Buller affirme avoir entendu de nombreuses femmes autochtones qui disaient qu’elles ne porteraient pas plainte en cas d’agression sexuelle parce qu’elles étaient convaincues qu’elles ne seraient pas entendues.

La commissaire en chef de l'ENFFADA, Marion Buller

La commissaire en chef de l'ENFFADA, Marion Buller, pendant les audiences

Photo : La Presse canadienne / DARRYL DYCK

« Je ne les blâme pas du tout, mais lorsque les femmes ne portent pas plainte à la police, elles ne sont alors pas protégées, ce qui les rend encore plus vulnérables. »

Des changements souhaités

La GRC estime qu’environ 635 000 agressions sexuelles se produisent chaque année au Canada, mais admet que 90 % des cas ne sont tout simplement pas rapportés aux autorités. Jenna Forbes estime que ce taux s’élève à environ 98 % chez les femmes autochtones.

Si une femme ne se sent pas à l’aise de se rendre dans une station de police, explique Mme Forbes, elle peut toujours déposer sa plainte auprès d’une organisation de soutien aux victimes d’agression ou remplir une déclaration sous serment avec un avocat.

Quant à la femme qui figure dans la vidéo de 2012, elle espère que les agents de la GRC recevront la formation dont ils ont besoin. « Ils devraient suivre une formation de sensibilisation pour les survivants d'agression sexuelle ainsi qu'une formation culturelle sur la manière de créer une relation avec les peuples des Premières Nations. »

Colombie-Britannique et Yukon

Autochtones