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L'interrogatoire d’une femme autochtone par un agent de la GRC est dénoncé

Vidéo de l'interrogatoire d'une jeune femme autochtone par un agent de la GRC en 2012
Vidéo de l'interrogatoire d'une jeune femme autochtone par un agent de la GRC en 2012 Photo: Courtoisie - GRC
Radio-Canada

Des voix s'élèvent pour dénoncer la technique d'interrogatoire utilisée par un agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Colombie-Britannique. Dans une vidéo diffusée récemment, on voit le policier demander à une jeune femme autochtone qui avait signalé une agression sexuelle à la police si elle est « excitée » par l'attaque.

La vidéo de 2012, rendue publique dans le cadre d'une poursuite au civil, montre la femme, âgée de 16 ans, assise dans une pièce du détachement de la GRC, à Kelowna, avec un agent. Elle soutient avoir été agressée sexuellement par une connaissance. Le policier lui demande si elle est consciente que le présumé agresseur devra peut-être aller en prison.

« Est-ce que tu n'étais pas excitée, même un petit peu? », demande l'officier.

« Non », répond-elle.

« Physiquement, tu n'as pas du tout réagi à ses avances, même pas peut-être... inconsciemment? », poursuit-il.

« Peut-être inconsciemment, peut-être, mais pas - non, j'avais vraiment peur », dit-elle.

La femme, maintenant âgée de 24 ans, a rendu la vidéo publique après que ses avocats la lui ont fournie. Elle ne peut pas être identifiée parce qu'elle était mineure à l'époque et qu'elle fait également partie d'une poursuite civile contre un ancien travailleur social de Kelowna.

La jeune femme affirme aujourd’hui que l'agression sexuelle et l'entrevue de la GRC l'ont laissée brisée. Voir la vidéo, dit-elle, lui a fait revivre les événements. « C'est un fantôme qui plane sur toi tout le temps, et c'est dans ta tête pour le reste de ta vie. Tu ne peux plus faire confiance à l'autorité », a-t-elle dit à CBC.

Traitée comme une menteuse

Son avocat, Michael Patterson, souligne que sa cliente, qui était en famille d’accueil à l’époque, était jeune et fragile. Il dénonce qu’elle ait été traitée comme une menteuse dès le début de l’entrevue.

L'agent dans la vidéo indique clairement qu'il souhaite explorer les incohérences dans son récit et prévient qu'il risque de poser des questions inconfortables.

Selon M. Patterson, la manière dont l'entretien a été mené est inacceptable. « Dans n'importe quel univers, comment cela pourrait-il être approprié? », dénonce-t-il.

La GRC n'a pas voulu commenter la vidéo elle-même, invoquant des restrictions en vertu de la Loi sur le système de justice pénale et des procédures civiles en cours. Le corps policier affirme toutefois qu’une nouvelle formation avancée pour les enquêteurs portant sur les agressions sexuelles est en préparation, tout comme une formation culturelle.

Si la vidéo refait surface sept ans après les faits, c'est que la jeune femme fait partie d'une douzaine de plaignants qui poursuivent aujourd'hui Robert Riley Saunders, ancien travailleur social de Kelowna. L'homme aurait utilisé son autorité afin de soustraire les plaignants des foyers d’accueil où ils se trouvaient et ainsi les priver de fonds publics.

Certains affirment avoir été agressés sexuellement après avoir été laissés à eux-mêmes ou placés dans des familles d'accueil inadaptées. La jeune femme, elle, dit avoir été agressée par une connaissance.

Nouveaux traumatismes

Michèle Audette, commissaire à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, affirme avoir entendu pendant les audiences de nombreux cas similaires, partout au Canada.

« Le fait qu’il ne semble pas y avoir d’adulte avec elle, on voit des failles au niveau des protocoles, des droits fondamentaux qui ne sont pas respectés. Encore une fois, on va avoir échoué à protéger les personnes vulnérables », déplore la commissaire.

Après avoir visionné l'enregistrement de la vidéo sur le site d’APTN, le chef conservateur fédéral Andrew Scheer a soulevé la question, demandant au ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, une mise à jour de la situation.

« Ce qui a été révélé dans cette vidéo était absolument odieux », a répondu le ministre Goodale.

« Aucun survivant d'agression sexuelle ne devrait jamais craindre que son cas ne soit pas pris au sérieux ou qu'il ne soit victimisé de nouveau », a-t-il ajouté.

Avec des informations de CBC et de Laurence Niosi

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Justice et faits divers