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chronique

Les Autochtones dans les médias : être invisibles ou problématiques

Des Mohawks de Kanesatake marchent dans une rue en brandissant des drapeaux.
Des Mohawks de Kanesatake ont marché à l'été 2015 pour souligner les 25 ans de la crise d'Oka, un épisode qui a marqué les relations entre les Autochtones et les non-Autochtones au Québec et au Canada. Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
Cyndy Wylde

Cyndy Wylde s'intéresse cette semaine à la responsabilité de la presse dans la perception négative des Autochtones dans la société. Elle incite les journalistes et les lecteurs à élargir leurs horizons, surtout que le monde autochtone change sous l'influence des moins de 30 ans qui constituent la majorité et qui insufflent aux nations un vent de modernité fait de résistance et de revendications égalitaires.

Savez-vous ce que signifie l’expression « quatrième pouvoir »? Edmund Burke, homme politique et écrivain britannique, aurait utilisé pour la première fois l’expression « quatrième pouvoir » en 1787 pour qualifier la presse. L’auteur mettait en lumière l’influence des journalistes, capables de faire élire ou de pousser vers la porte un gouvernement.

Je me suis intéressée à ce quatrième pouvoir dans un autre domaine politique au Canada bien que le sujet soit traité sous différents angles : les Autochtones. Particulièrement les femmes autochtones. Peut-être vous interrogez-vous sur le lien que je fais entre le 4e pouvoir et les femmes autochtones? En raison justement de l'image des Premières Nations véhiculée dans la presse.

On s'entend que les médias influencent grandement l’opinion du public. À tort parfois, les gens s’éduquent avec ce qu’ils lisent ou entendent dans les médias. Je dis à tort, car je crois que beaucoup de personnes auraient intérêt à stimuler leur savoir, ne serait-ce à tout le moins d'aller valider avec d'autres sources ce qu'ils lisent ou entendent dans la presse. Il faut favoriser autrement dit un savoir diversifié. Et avec l’utilisation massive des médias sociaux, on assiste à une avalanche de biais nourris de préjugés.

Pas simple…

Les médias jouent un rôle déterminant. Ainsi, selon le Laboratoire d’analyse de presse de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’Université du Québec à Montréal, 40 % des contenus seraient orientés.

Un constat à partir de 250 analyses étalées sur 20 ans en serait arrivé à conclure que même si la presse se doit en principe d’être neutre, elle prend position 4 fois sur 10. Une grande partie de l’opinion publique voit donc le jour quelque part entre la chaise et l’écran de celui ou celle qui rédige la nouvelle!*

Les femmes autochtones

Bon, j’y arrive. La femme autochtone est perçue généralement à partir de stéréotypes coloniaux persistants. Parfois vue comme une princesse telle Pocahontas; la belle et séduisante de Walt Disney, mais trop souvent on la représente comme une incapable. À lire les nouvelles, elle semble même avoir parfois couru après le trouble.

Les médias diffusent répétitivement des représentations négatives de la femme autochtone au grand public. Rares sont les fois où les femmes autochtones victimes de violence, de viol ou de meurtre trouveront de la sympathie auprès du public. En tout cas pas de la même façon que les femmes non racisées.

L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées va même jusqu’à affirmer qu’il y a du racisme dans les médias et elle dénonce cette couverture médiatique négative qui a de graves conséquences sur les femmes autochtones et leur famille.

Photos de femmes autochtones disparues ou assassinées.L'Enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées a parcouru le pays pour recueillir les témoignages de proches de femmes victimes de violences. Photo : Radio-Canada

Dans leur rapport provisoire, on précise que cette couverture médiatique empêche le Canadien de percevoir objectivement la situation des femmes autochtones relativement au haut taux de violence dont elles sont les victimes.

Les médias sont en grande partie responsables de l’attitude du public envers les femmes autochtones et nous avons pu en constater l’ampleur avec les événements de Val-d’Or où des femmes autochtones ont accusé des policiers d’abus sexuels.

À l’automne 2015, j’ai cru me retrouver en pleine crise d’Oka. Cette fois, ce sont mes filles qui faisaient face aux préjugés véhiculés à nouveau dans les médias. En comprenant leur désarroi et leur interrogation face à certains commentaires désobligeants, je me suis dit que mes enfants se devaient de déconstruire un à un les stéréotypes qui leur seraient présentés, mais intelligemment.

La meilleure arme? L’éducation bien sûr! Je me suis mise à jaser avec elles de tous les préjugés auxquels elles pourraient être confrontées, sans filtre… comme on le lit ou on l’entend dans les médias.

J’ai été étonnée de voir comment les choses avaient peu évolué dans la tête de la population en ce qui nous concerne. De 1990 à 2015, il aurait dû y avoir une évolution, non?

La crise d'Oka a marqué l'histoire politique québécoise.La crise d'Oka a marqué l'histoire politique québécoise. Photo : Getty Images / AFP/Robert Giroux

Sans surprise pour m’en être rendu compte via les médias, les préjugés que mes filles ont dû défaire sont les mêmes que je dois déconstruire depuis cette fameuse crise d’Oka. Car c’est un fait pour ma part qu’avant cette crise, surtout avant sa couverture médiatique, je n’avais été que très peu exposée à des commentaires ou à des idéologies racistes.

Avec les événements de Val-d’Or, l’histoire ne s’est tristement que répétée.

Il y aurait dû avoir eu un virage important dans le monde des médias, surtout après la crise d’Oka. La Commission royale qui a été créée après la crise a analysé profondément ce qu’il fallait faire pour démystifier les préjugés, enrayer le racisme et surtout revoir les relations entre Autochtones et non-Autochtones.

Ce virage n’est pas survenu. Qu’est-ce qu’il faudra? Il est vrai que depuis quelques années il y a quelques changements positifs. Par exemple, on a une belle place laissée pour notre perspective à Espaces autochtones. Même chose dans le réseau APTN, où l’image autochtone est plus réaliste et surtout plus positive.

Par contre, certains médias sont pris dans leur boîte noire. Même si c’est parfois sans fondement, donc choquant, le mépris que j’y lis de temps en temps est navrant.

Je crois que certaines personnes qui écrivent sur nous sont juste incultes. Et le manque de culture générale, ça me fait pitié. Je cligne des yeux, car je suis gênée pour eux.

Cependant, je crois que la tendance changera, et dans un avenir assez rapproché. Sur quoi je me base pour affirmer ceci? Sur notre jeunesse. Nos jeunes, qui profitent d’un poids démographique important dans tout le pays, je vous le rappelle, se spécialisent, s’éduquent et ils deviennent tranquillement ceux qui auront la parole demain. Ils sont l’avenir. Et ils connaissent à la fois notre histoire et nos réalités. C’est prometteur!

Alors retenez mes mots : les méprisants et les ignorants et même ceux qui le sont volontairement seront bientôt minoritaires. La vérité médiatique aura ainsi enfin une autre couleur, j’en suis convaincue.

* Voir, Leray, C. (2008). L’analyse de contenu: de la théorie à la pratique: la méthode Morin-Chartier. Québec, Québec : Presses de l’Université du Québec.

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