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Telesh Metatash, la dernière des nomades

Telesh Metatash vit seule sur son territoire depuis toujours près de Manic-3.
Telesh Metatash vit seule sur son territoire depuis toujours près de Manic-3. Photo: Denis Dumouchel
Anne-Marie Yvon

Après plus de 15 ans de préparation, six ans de rencontres occasionnelles, 60 heures de tournage et un manque récurrent d'argent, Nikol Brunet a tenu sa promesse de réaliser un documentaire sur une femme hors de l'ordinaire surnommée la reine des bois.

Elle est née dans le bois, elle mourra dans le bois.

À 84 ans, Telesh Metatash connaît tous les secrets de son territoire situé près de la rivière Manicouagan, sur la Côte-Nord. Seize kilomètres carrés regorgeant de lièvres, de castors, de perdrix, de poissons, de petits fruits et de tout ce que lui offre la nature environnante lui permettent de se nourrir et de vivre dans la plus grande simplicité.

« Il faut laisser en héritage toutes ces connaissances-là », s’est un jour dit Nikol Brunet. Cette réalisatrice, enseignante à la retraite, a entendu parler de Telesh il y a près de deux décennies lors d’un programme d’échange artistique et culturel entre des élèves de son école secondaire de Laval et ceux de l'école secondaire Uashkaikan à Pessamit.

Nikol Brunet, à gauche, a documenté pendant des années la vie de la dernière Innue vivant seule sur son territoire. Nikol Brunet, à gauche, a documenté pendant des années la vie de la dernière Innue vivant seule sur son territoire. Photo : Denis Dumouchel

Une légende vivante

« Les jeunes me parlaient de cette femme-là qui était leur idole, qui vivait dans le bois. C’était la dernière des nomades, qui n'avait pas voulu quitter le territoire, qui vivait là à l’année et puis qui vivait de façon ancestrale », raconte Nikol Brunet, qui finira par rencontrer l’ermite lors d’un de ses rares ravitaillements en ville.

Ce sera le début du documentaire Telesh Metatash, la reine des bois, une aventure ponctuée d’allers-retours au campement de la femme, en toutes saisons. La cinéaste s’adaptera à son mode de vie à mille lieues du confort moderne.

L’électricité, l’eau courante et les moyens de communication étant inexistants, il faut faire preuve de débrouillardise et d’ingéniosité pour se nourrir, se laver, se chauffer et se protéger, des habiletés qu’a développées Telesh depuis le temps.

Ce temps, c’est toute sa vie. Enfant, la petite Thérèse (Telesh) Dominique, née à Mashteuiatsh, accompagne ses parents, des nomades, sur leur territoire.

L’automne venu, l’aînée de 11 enfants part avec sa famille dans le bois, où ils passent les mois d’hiver à chasser et à trapper. Elle transporte les plus jeunes sur son dos.

Pendant ce temps, les autres enfants sont au pensionnat. Elle fréquentera l’école pendant un mois, pas plus, l’année de ses sept ans. Son éducation, c’est dans le bois qu’elle se fera, au contact de la faune et de la flore.

Jeune adulte, elle rencontre celui qui deviendra son mari, un innu de Pessamit, Simon Metatash, avec qui elle poursuivra sa vie de nomade. Celui-ci mourra après six ans de mariage, la laissant veuve et sans enfants.

« Elle a vécu avec un autre homme qui s’appelait Lazare Fontaine et quand il est décédé il lui a légué tout le territoire dans lequel elle est encore installée », ajoute Nikol Brunet.

Telesh Metatash chasse le castor entre autres, elle pêche et trappe également pour vivre. Agrandir l’imageTelesh Metatash chasse le castor, entre autres, elle pêche et trappe également pour vivre. Photo : Denis Dumouchel

De nos jours, elle « partage » son territoire situé près de Manic-3 avec des exploitants forestiers qui y font de la coupe à blanc. « Je n'en ai pas fait un film politique, mais j’ai des clins d’œil par contre dans mon film », précise la cinéaste en parlant des « voisins » de territoire de Telesh.

Au rythme de la vie et des traditions ancestrales

La journée de la nomade est ponctuée de gestes du quotidien qui lui permettent de survivre : installer des collets, faire la tournée des autres collets, tuer la perdrix, aller chercher de l’écorce de bouleau pour démarrer son poêle et se chauffer.

Elle trappe le castor, a déjà trappé l’ours, mais toujours dans le plus grand respect, particulièrement ceux qui rôdent près de son campement. « Moi si je le respecte, lui va me respecter », a confié la femme de peu de mots à la cinéaste lors de leurs rencontres successives.

C’est un film qui ne parle pas tout le long, parce que cette femme-là, c’est une femme de silence et il fallait que je respecte le rythme.

Nikol Brunet

Les mots que Telesh utilise sont les mêmes que ceux employés par ses aînés, la langue du Nutshimit, « qui n’est pas pareille comme quand tu es sédentaire et que tu vis dans la réserve », a déjà dit la poétesse innue Joséphine Bacon.

Alors la femme ne parle pas beaucoup, que ce soit en innu ou en français, et ce qu’elle dit a été sous-titré. Le film est traduit et narré par sa nièce Anissa Dominique.

Présenté dernièrement à Pessamit, le documentaire Telesh Metatash, la reine des bois a profondément touché les aînés présents au visionnement, « dont beaucoup d’hommes qui ont vécu dans le bois et qui avaient l’impression de marcher avec elle, de vivre avec elle », dit Nikol Brunet.

La documentariste souhaite maintenant que son film se promène dans les communautés, dans les festivals. « Il y a tellement de connaissance dans ce film-là », dit-elle.

Elle a aussi promis à Telesh de faire le tour des écoles de la communauté innue. Elle souhaite le présenter dans les écoles au Québec « parce qu’on n'a jamais la vraie affaire », précise-t-elle. Elle souligne qu’on ne parle que des problèmes qu’ont les Autochtones. « Moi je veux montrer qu’il y a du beau », affirme la cinéaste.

Des ennuis de santé ont modifié les habitudes de Telesh. L’hiver, elle le passe maintenant chez sa sœur, « à la ville », Pessamit, avec ses 2500 habitants. Mais le printemps revenu, elle s’enfonce dans le bois à la recherche du souffle du vent dans les arbres, souffle qu’elle souhaite entendre jusqu’à son dernier souffle.


Telesh Metatash, la reine des bois sera diffusé le 20 juin à 18 h, à la place du Citoyen à Chicoutimi dans le cadre de la Journée des Autochtones et fin août à Uashat, sur le bord de la rivière Moisie, dans le cadre du 25e rassemblement annuel des aînés innus.

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