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Au Québec, un ménage autochtone sur trois souffre d’insécurité alimentaire

Des clients prennent une pause devant un casse-croûte de la communauté mohawk de Kahnawake, située près de Montréal.

Des clients prennent une pause devant un casse-croûte de la communauté mohawk de Kahnawake, située près de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve

Laurence Niosi

Plus d'un ménage sur trois chez les Premières Nations du Québec vit dans un état d'insécurité alimentaire, révèle une étude pancanadienne dont le dernier volet était dévoilé ce mois-ci. C'est au moins trois fois plus (11 %) que la moyenne nationale.

« L’insécurité est scandaleusement plus élevée chez les Premières Nations partout à travers les pays », affirme le professeur de nutrition publique Malek Batal de l’Université de Montréal, qui a mené la recherche en collaboration avec l’Université d’Ottawa et l’Assemblée des Premières Nations.

L’Étude sur l’alimentation, la nutrition et l’environnement des Premières Nations (EANEPN), qui est sans précédent au Canada, dévoilait début mai son dernier volet régional, soit le Québec et le Labrador. Dix communautés dans la région - Kahnawake, Kawawachikamach, Whapmagoostui, Waskaganish, Mistissini, Unamen Shipu, Lac Simon, Odanak, Gesgapegiag, Listuguj - ont participé à l’étude qui s’est déroulée en 2016.

Parmi les 36 % des Autochtones interrogés qui souffrent d’insécurité alimentaire, 8 % se trouvent dans une situation d’insécurité alimentaire grave et manquent de nourriture. Les autres répondants – dans une situation modérée d’insécurité alimentaire – doivent consommer des aliments moins chers et de qualité inférieure.

L'offre limitée et le coût élevé de la nourriture en supermarché dans les communautés sont montrés du doigt. Le coût hebdomadaire moyen de l’épicerie pour une famille de quatre personnes chez les Premières Nations interrogées se situe en effet à 262 $, et peut aller jusqu’à 336 $ dans certaines communautés. Comparativement, le coût d’une même épicerie à Montréal se situe à 196 $. Cette situation pousse certains ménages à consommer des aliments plus riches en gras ou en sel.

Conséquemment, l'étude révèle que le taux d’obésité des adultes chez ces Premières Nations (66 %) est beaucoup plus élevé que la moyenne nationale (25 %). Par ailleurs, 25 % des adultes déclarent souffrir de diabète, comparativement à 8 % pour la moyenne nationale. Et « ce chiffre est probablement sous-estimé », renchérit le professeur Batal, puisqu’aucune analyse sanguine n’a été effectuée.

Retour à l’alimentation traditionnelle

L’étude démontre par ailleurs qu’une majorité d’Autochtones interrogés (84 %) souhaitent consommer plus d’aliments traditionnels, comme l’orignal ou les bleuets. Mais ils font face à de nombreux obstacles pour y arriver : le manque de temps, l’absence d’un chasseur dans le ménage, le manque d’équipements ou de moyens de transport, le manque d'argent pour les acheter et la disponibilité des aliments.

La bonne nouvelle? Les chercheurs ont trouvé que, de manière générale, les aliments traditionnels sont de bonne qualité, du point de vue nutritionnel, mais aussi de la contamination.

« Il faut le dire, pendant longtemps, la peur de la contamination – qui était réelle et liée à des problèmes de mercure – a fait que des Autochtones ont délaissé leur alimentation traditionnelle », explique Malek Batal, ajoutant néanmoins qu’il faut « rester vigilant, car un déversement peut arriver rapidement ».

En guise de piste de solution, le chercheur estime qu’il faut travailler avec les communautés pour améliorer l’accès à ces aliments. « On a longtemps essayé de régler le problème avec du band-aid, sans essayer de creuser, de voir l’impact de siècles de colonisation », estime-t-il.

L’étude pancanadienne portant sur les Premières Nations – la première d’une telle envergure – est en cours depuis plus de 10 ans. Les résultats des autres régions ont été dévoilés dans les dernières années.

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