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Les Mohawks bloquent un projet immobilier à Oka

Le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon.
Serge Otsi Simon, le grand chef de Kanesatake, une petite communauté mohawk située près de Montréal. Photo: Radio-Canada / Jean-Francois Villeneuve
Laurence Niosi

Presque 30 ans après la crise d'Oka, des projets immobiliers sur des terres contestées continuent de créer des tensions entre les Mohawks et la municipalité d'Oka, à 60 km au nord-ouest de Montréal. Une proposition de développement a récemment été abandonnée après que ses promoteurs ont reçu une mise en demeure du conseil de bande de Kanesatake.

Le projet situé derrière la pépinière Armand Dagenais, près du parc national d’Oka, a été présenté en février à la population d'Oka, suscitant la grogne des Mohawks de Kanesatake. Le promoteur Gestion Benoît Dumoulin (GBD) prévoyait construire 165 maisons, de même que de nouveaux tracés de rue sur des terres revendiquées par les Mohawks depuis 300 ans.

Quelques semaines plus tard, le conseil de bande envoyait une lettre au promoteur. Si le projet va de l’avant, « nous serons obligés de considérer d'autres recours légaux possibles », peut-on lire dans la lettre datant du 8 mars.

Dans un communiqué, la compagnie se dit « déçue » de l’abandon du projet. « Nous nous devons aussi d’effectuer des choix en nous assurant d’investir vers les projets promettant les meilleures chances de succès », écrit à la mi-mars GBD, qui n’a pas voulu émettre d’autres commentaires à Espaces autochtones.

Mais selon le grand chef de Kanesatake, Serge Otsi Simon, les ambitions des promoteurs, de connivence avec la mairie d’Oka, ne s’arrêtent pas là. Le maire Pascal Quevillon, dit-il, aurait l’intention de sacrifier des terres agricoles près de Pointe-Calumet, qui sont convoitées par GBD. Des allégations que refute le maire d'Oka. « C'est totalement faux », réplique le maire*.

« On a entendu des ouï-dire que le maire veut rezoner des parties de l’abbaye d’Oka, la Trappe d’Oka, qui font partie de notre territoire », dénonce le grand chef. Ces terres sont également englobées dans l’ancienne Seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes, un territoire de plus de 600  km2 donné aux Sulpiciens par le roi de France et qui a été promis aux Mohawks au 18e siècle.

Immoral et illégal

Le maire d’Oka Pascal Quevillon dénonce quant à lui le comportement du conseil de bande, à la fois « immoral et illégal », qui a contraint le promoteur à retirer son offre d’achat.

« Les propriétaires [du terrain], la famille Dagenais, payent des taxes sur ces terrains depuis trois générations. Avec ce geste du grand chef Simon, ça envoie le message “venez pas acheter des terres à Oka” », déplore le maire qui ne mâche pas ses mots.

Pascal Quevillon accuse du même souffle le gouvernement fédéral de ne pas consulter sa municipalité dans ses négociations avec Kanesatake. Les Mohawks sont en pourparlers depuis plus d’une décennie pour obtenir une compensation financière d’Ottawa, qui reconnaît la validité de leur revendication sur l’ancienne Seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes.

Cette compensation permettrait au conseil de bande de racheter de gré à gré des terres revendiquées afin d’agrandir son territoire. Mais « Oka n’est pas à vendre », indique le maire. « La réalité, c’est que le fédéral donne de l’argent aux Autochtones pour racheter Oka. C’est de l’expropriation déguisée », ajoute-t-il.

Le maire avance que le gouvernement aurait offert 125 millions à Kanesatake pour dédommager les Mohawks. La communauté mohawk d’Akwesasne, qui vit une situation semblable, a récemment voté en faveur d’une offre de 240 millions d’Ottawa pour régler un grief foncier vieux de 130 ans.

Depuis la crise d’Oka, des projets de développement sur l’ancienne Seigneurie du Lac-des-Deux-Montagnes empoisonnent les relations entre des Mohawks et la Ville d’Oka, mais également entre le conseil de bande et les traditionalistes de la communauté. En 2017, un autre projet immobilier avait provoqué des manifestations à l’invitation de la militante mohawk traditionaliste Ellen Gabriel, qui était sur la ligne de front pendant le conflit de 1990.

Cette dernière a d’ailleurs vivement dénoncé le projet de GBD l’hiver dernier, déplorant l’inaction d’Ottawa face à un conflit « qu’il a lui-même créé ». Mais aujourd’hui, elle ne crie pas victoire. « [Les promoteurs] vont encore continuer à développer sur ces terres [car] tout le monde veut faire de l’argent », déplore-t-elle.

*La réplique du maire Quevillon a été ajoutée lors d'une seconde version de ce texte.

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