•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Remettre en question le procès de Louis Riel : des arguments historiques

Une statue

Louis Riel a été pendu en 1885 pour haute trahison.

Photo : Radio-Canada / TREVOR LYONS

Radio-Canada

L'annonce du gouvernement fédéral concernant la disculpation du grand chef Poundmaker, le 23 mai, en Saskatchewan, suscite plusieurs réflexions, notamment au sujet du cas de Louis Riel au Manitoba. Pour le professeur en études métisses de l'Université de Saint-Boniface Denis Gagnon, il est important de comprendre le contexte historique du procès du chef des Métis pour être en mesure de bien le juger.

« L’histoire [de Louis Riel] est très complexe et, souvent, les gens ne la connaissent pas », affirme Denis Gagnon.

Il rappelle que le chef métis n’a jamais vécu sur des terres officiellement canadiennes et qu'avant la création du Manitoba, en 1870, le territoire de Louis Riel et de ses semblables était les Territoires du Nord-Ouest.

De plus, Denis Gagnon insiste sur le fait que Louis Riel n’a jamais été citoyen canadien.

« À l’époque, le Manitoba ne faisait pas partie de la Confédération. Après avoir quitté le Manitoba, Louis Riel est devenu citoyen américain », affirme-t-il.

Selon le professeur de l’Université de Saint-Boniface, cela a obligé le gouvernement canadien à user d'un stratagème lors du procès du chef métis.

« C’est un citoyen américain qui a été jugé par la cour territoriale des Territoires du Nord-Ouest. L’accusation de haute trahison est une loi britannique de 1361. Ça permettait de juger des étrangers, ce qu’était Riel pour le gouvernement canadien. C’était la seule accusation possible », explique Denis Gagnon.

Il ajoute que les conditions mêmes du jugement sont discutables.

« Ce n’est même pas un juge qui a dirigé le projet, mais un magistrat. Les jurés, unilingues, ne parlaient pas français. Les témoins n’ont pas pu témoigner pour Riel. Il a été refusé que le procès ait lieu au Manitoba, où il aurait eu des jurés francophones. La cause était perdue d’avance », affirme-t-il.

Denis Gagnon souligne toutefois que Louis Riel n’était pas une figure pacifique et qu’il s’est rapproché de plusieurs chefs autochtones comme Sitting Bull, en 1879, et Poundmaker, en 1885, afin de créer « une confédération indienne et métisse dans l’Ouest canado-américain pour prendre le pouvoir ».

À écouter à l'émission 6 à 9 :

De même, selon Denis Gagnon, Louis Riel a « écrit une lettre au président Grant aux États-Unis, qu’il rencontre en 1875, et il lui demande l’aide des États-Unis pour reprendre sa position de chef ».

Le jugement de Louis Riel mérite d’être discuté, selon M. Gagnon. Il estime que, bien que la situation de l’époque ait été explosive entre le gouvernement canadien et les Métis, cela ne justifie pas le traitement qui a été réservé « au père du Manitoba ».

Certains membres de la communauté métisse du Manitoba aimeraient que le fédéral innocente Louis Riel. En réponse aux demandes d'information de Radio-Canada, le secrétaire parlementaire de la ministre des Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord, le député Marc Miller, affirme pour sa part qu’il faut « continuer les discussions sur la bonne approche à adopter » au sujet d'une possible révision du jugement de Louis Riel.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Manitoba

Histoire