•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Chronique

La question des Métis : reconnaissance ou appropriation?

Page couverture du livre de Denis Gagnon.

Denis Gagnon, professeur d'anthropologie à l'Université de Saint-Boniface, a justement publié un livre sur la complexité de la question métisse au Canada aux Presses de l'Université Laval.

Photo : Denis Gagnon

Cyndy Wylde
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Notre chroniqueuse Cyndy Wylde revient sur la question de l'appropriation culturelle ou de l’identité en analysant cette fois la problématique de reconnaissance des Métis. Elle pose une question complexe : comment fixer les critères de cette reconnaissance des Métis pour éviter qu’il y ait appropriation?

Cyndy Wylde est une Autochtone, doctorante et chargée de cours à l'UQAT. À intervalles réguliers Cyndy publie dans les pages d'Espaces autochtones de Radio-Canada ses analyses, ses coups de cœur, mais aussi ses critiques.

Nombreuses sont les réactions autour des différentes formes d’appropriation culturelle ces temps-ci. Lors de ma dernière chronique, plusieurs ont réagi à une tendance que j’y dénonçais; soit celle de s’emparer d’une identité autochtone pour obtenir un emploi ou une promotion dans différents ministères fédéraux.

Tout comme moi, vous avez sans doute pris connaissance des situations d’appropriation culturelle dévoilées par La Presse le week-end dernier. Cela concernait des autodéclarations faites au Service correctionnel du Canada; un endroit que je connais assez bien pour y avoir fait carrière pendant 25 ans. Cette fois, les articles attestent que des gens « autoproclamés » bénéficient de services destinés aux détenus autochtones ou que d’autres obtiennent des contrats en raison d’un statut autochtone de 9e, 10e, 11e et même 12e génération.

L'appropriation culturelle : une définition

Or, l’appropriation culturelle consiste, selon l’Office québécois de la langue française, à « l’utilisation, par une personne ou un groupe de personnes, d'éléments culturels appartenant à une autre culture, généralement minoritaire, d'une manière qui est jugée offensante, abusive ou inappropriée ». On rajoute même une note à l’effet qu'habituellement cela n’est pas adopté de façon permanente. Pile sur ce qui se passe!

Je me pose une question à la lumière de ces révélations. Jusqu’où doit-on remonter dans l’arbre généalogique d’une personne pour que ce soit socialement acceptable qu'elle soit reconnue comme Métis et obtenir le statut d’Autochtone?

Et pendant qu’on en jase, est-ce à la société de déterminer qui peut être reconnu Autochtone ou non? Ne serait-ce pas plutôt aux communautés autochtones d’en décider? J’ouvre la discussion, car retrouver son identité autochtone m’embête quand cette récupération est le fruit d’une appropriation. Ce n’est pas cela être Autochtone.

Parallèlement, j’ai été consternée de voir que peu d’Autochtones se sont insérés dans ce même débat. Pas trop de bruit non plus de la part des organisations autochtones officielles. Peut-être se sont-elles toutes lassées de la situation, car leur position sur la question stagne depuis de nombreuses années. Plusieurs ont essayé de se faire entendre sans pour autant que le débat n’évolue.

Dans un tout autre contexte, j’entendais il y a quelques jours une aînée de Manawan qui expliquait à des gens que les Atikamekw* se taisent quand ils savent qu'ils ne seront pas entendus. Cela a fait un « bang » dans ma tête. Tout avait été dit! Je venais peut-être de comprendre le silence des principaux concernés.

Personnellement, je l’avoue, je suis souvent ambivalente face au mouvement d’autodéclaration. Vous pouvez me lancer la pierre, ça ne change rien. Cela s’explique justement par ce que j’ai dénoncé et aussi parce que j’ai été témoin de ce que La Presse mettait en lumière le week-end dernier. Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on.

J’y vais donc au cas par cas. Ce qui est assez aléatoire, vous me direz. Avec raison. Je pars de mon vécu, de mon propre postulat. Combien sommes-nous à faire cela, selon vous?
Mais pour vous qui vivez pleinement votre identité (autodéclarée ou non), il se peut que vous soyez comme moi, interpellé par l’aspect folklorique de quelques-uns de ces personnages autoproclamés. Leur apparat est souvent très « remarquable ». Ils ont ce besoin de s’afficher.

Je suis aussi souvent impressionnée d’en voir décrocher si facilement des contrats un peu partout dans le monde, de vendre des livres, de donner des formations de sensibilisation, des conférences, etc. Quand on fouille, on découvre que leur savoir est vague s’il a été obtenu près d’ici. Et il y a ceux qui ont reçu des enseignements dans des pays lointains marqués par une forte présence autochtone comme le Pérou, le Mexique, de l’Équateur, etc.

Ce que j’essaie de mettre en lumière, c’est que, dans le fond, les usurpateurs d’identité autochtone se ressemblent. Ils ont des attitudes similaires qui sont peu naturelles. Ils ont souvent des comportements très solennels, trop je dirais. Ces personnes utilisent des habits cérémoniels quand ce n’est pas approprié et sans même s’en apercevoir, elles véhiculent les stéréotypes qu’on tente de faire disparaître. Un exemple facile : les personnes qui se donnent un titre poétique. C’est le cas d’une dame qui se faisait appeler « Chef Canard blanc.

Vous voyez où je veux en venir.

Ottawa demeure ambigu sur la question métisse

L’État est loin d’être clair également. D’une part, le jugement Daniels de la Cour suprême en avril 2016 a fait grimper les demandes pour se faire reconnaître en tant que « Métis ». Plusieurs dirigeants autochtones ont demandé à ce que le gouvernement fasse le point depuis. La réponse est demeurée timide et incomplète.

D’autre part, les Métis ont subi plusieurs revers. Tout dernièrement, les Métis du Québec ont fait l’objet d’une décision légale de poids : un non catégorique en Cour suprême relativement aux revendications d’un groupe de chasseurs dans la région du Saguenay. La Cour avait déjà statué qu’ils n’avaient pas réussi à démontrer l’existence réelle de leur communauté métisse.

Même chose pour les Métis de la Gaspésie, où la Cour d’appel a aussi statué qu’il n’y avait aucune preuve historique de l’existence d’une communauté métisse à cet endroit.

Alors je pose la question très sérieusement : on remonte à combien de générations pour dire qu’une personne est bel et bien un Métis?

Peut-être que si nous définissions enfin qui sont les Métis du Québec, on arrêterait de se chicaner sur des questions d’appropriations d’identités culturelles.

En attendant, les revendications territoriales de différents groupes métis semblent opportunistes pour plusieurs, et les usurpateurs d’identité autochtone ne font que mettre de l’huile sur le feu.

* La graphie est celle retenue par notre chroniqueuse.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !