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Place aux voix autochtones contemporaines

14e Festival du Jamais Lu. « Réserves phase 1 : La cartomancie du territoire  » de Philippe Ducros
14e Festival du Jamais Lu. « Réserves phase 1 : La cartomancie du territoire » de Philippe Ducros Photo: David Ospina
Anne-Marie Yvon

Deux festivals montréalais font la part belle aux dramaturgies et littératures autochtones ces jours-ci. Le Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu souhaite « élargir les perspectives », alors que le Festival du Jamais Lu compte « franchir les solitudes ».

Pour souligner ses 18 ans d’existence, la directrice artistique du Jamais Lu s’est entourée de trois codirecteurs, dont une Dénée originaire des Territoires du Nord-Ouest.

Nahka Bertrand avait déjà participé au projet de coproduction entre le Jamais Lu, le FTA et le Théâtre Aux Écuries, lors des festivités du 375e anniversaire de Montréal en 2017.

Cette fois-ci, elle a eu pour mandat de répondre à la « nécessité d'enrichir nos réseaux, nos scènes, nos imaginaires collectifs avec tous les artistes qui partagent notre territoire », dit la directrice artistique du Jamais Lu Marcelle Dubois.

Après l'été vécu, et les actions de grande réconciliation, on ne peut plus simplement parler de l'inclusion, il faut poser des gestes concrets, déplacer nos regards, partager les scènes.

Marcelle Dubois

Nahka Bertrand a sélectionné, avec les trois autres codirecteurs artistiques, l'ensemble des artistes de l'édition tout en proposant des artistes de son réseau.

Portrait en couleur de l'artiste engagée Nahka BertrandL'artiste engagée Nahka Bertrand Photo : D. R.

La force du texte

Livré pour une première fois au public, Nmihtaqs Sqotewamqol / La cendre de ses os, un texte de Dave Jennis, raconte le retour du protagoniste à sa terre ancestrale, celle des Malécites.

Les artistes sont de belles vigies pour témoigner des changements sociaux, précise Marcelle Dubois, et les scènes de théâtre un endroit privilégié pour faire bouger nos imaginaires collectifs.

Il lui fallait donc inclure la vision des artistes autochtones « et surtout, surtout se réapproprier une histoire collective qui fut brisée par des centaines d'années de colonialisme. »

zaghidiwin / amour, un texte de Frances Koncan, traduit par Gabrielle Chapdelaine, illustre bien les propos de Mme Dubois. La dramaturge de descendance anishinabe et slovène, établie à Winnipeg, a écrit une comédie noire portant sur les traumatismes, le génocide autochtone et la décolonisation.

Notre travail est de faire découvrir ce qui est urgent à dire, à faire vivre. Et en 2019, faire de la place aux artistes, aux auteurs autochtones nous apparaît simplement normal et nécessaire.

Marcelle Dubois

L’urgence des paroles

« Il fallait aussi que des murs, des solitudes soient abattus pour les artistes autochtones », renchérit la directrice artistique du Jamais Lu. C’est ce que feront huit artistes, dont Louis-Karl Picard-Sioui, le 5 mai, avec son texte Parce qu’il le faut, et Jocelyn Sioui, le 6 mai, avec Traces, de premières sorties publiques pour ces deux œuvres.

Nous sommes dans la découverte, dans l'incubation des nouvelles paroles, conclut Marcelle Dubois.

Le Festival littéraire Metropolis bleu a de son côté profité de l’Année internationale des langues autochtones pour proposer des voix contemporaines « qui disent aussi la vie en innu », en cri et dans plusieurs langues autochtones dont le yolnu-matha, le wathaurong et le yuin. D’autres voix s’expriment en espagnol.

« On souhaitait élargir les perspectives et sortir du territoire canadien, nous recevons donc des auteurs d’Amérique latine, des États-Unis et des aborigènes de l’Australie », explique Marie-Andrée Lamontagne, directrice déléguée à la programmation du Metropolis bleu.

Metropolis bleu en profite pour décerner le Prix des Premiers Peuples 2019 à Terese Marie Mailhot, de la Première Nation de Seabird Island en Colombie-Britannique pour son récit Heart Berries, un ouvrage inscrit parmi les meilleurs vendeurs du New York Times.

L'auteure y raconte ses traumatismes et blessures, la honte qui l’a longtemps habitée, mais surtout son vaillant parcours vers un bien-être acquis par une meilleure connaissance d’elle-même et de son peuple, un ouvrage rempli d’espoir.

Terese Marie Mailhot, de la Première Nation de Seabird Island en Colombie-Britannique Terese Marie Mailhot, de la Première Nation de Seabird Island en Colombie-Britannique Photo : Penguin Random House Canada/Isiah Mailhot

Il s’agit de la 5e édition de ce prix qui a déjà récompensé Annharte (2015), Thomas King (2016), David Treuer (2017) et Lee Maracle (2018).

L’artiste multidisciplinaire Moe Clark fait aussi partie de cette programmation basée sur la diversité.

« On ne parle pas d’une littérature, mais bien de plusieurs littératures autochtones », ajoute Marie-Andrée Lamontagne en précisant sa pensée. « On vit aussi un retour aux langues autochtones. Pensons entre autres à Joséphine Bacon qui écrit en Innu et en Français simultanément. »

Ce désir de connaître les racines de ces cultures nous a allumés.

Marie-Andrée Lamontagne

Deux autres événements tendent à s’inscrire dans la tradition, le concours d’essais étudiants et le Festival pour enfants.

Neuf universités canadiennes ont fait la promotion dans leur programme d’études autochtones du Concours d’essais étudiants. Deux étudiants se sont distingués, l’un anglophone, Matthew LeBlanc, de l’Université du Nouveau-Brunswick, et l’autre francophone, Coline Souilhol, de l’Université de Montréal.

Ils avaient à rédiger un essai à partir de l’extrait d’un ouvrage publié par l’un des lauréats du Prix des Premiers Peuples. Coline Souilhol a choisi Histoires et vérités : Récits autochtones, de Thomas King (lauréat 2016) pour écrire La responsabilité du conteur d’histoires face aux perceptions historiques.

Les littératures et cultures autochtones bercent aussi l’imaginaire des enfants alors que se tiennent dans des bibliothèques du Grand Montréal des activités auxquelles prennent part l’auteur abénakis Sylvain Rivard et la conteuse wendat Yolande-Okia Picard.

Pourquoi une place aussi importante aux auteurs autochtones?

« Les littératures autochtones connaissent une explosion de vitalité dans les dernières années », précise Marie-Andrée Lamontagne, ajoutant que le Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu prend acte de ce mouvement afin de donner une vitrine à ces auteurs qui représentent la renaissance identitaire autochtone.


  • 18e Festival du Jamais Lu, au Théâtre Aux Écuries à Montréal, du 2 au 11 mai.
  • 21e Festival littéraire international de Montréal Metropolis bleu, du 2 au 5 mai.

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