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Projet de Gazoduq : un difficile consensus à construire pour les Autochtones

Une carte montre de tracé d'un projet de gazoduc.

L'entreprise Gazoduq a dévoilé un tracé plus précis de son projet de gazoduc de gaz naturel passant de l'Ontario au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Photo : gracieuseté Gazoduq

Ismaël Houdassine

Faire front commun. C'est avec ce principe en tête que les représentants des Premières Nations concernées par le futur tracé du gazoduc entre l'Ontario et le Québec se sont rencontrés en avril à Montréal. Mais devant le refus des uns et le consentement des autres, trouver un consensus devient de plus en plus difficile pour les communautés autochtones.

En novembre 2018, l’entreprise Gazoduq a annoncé le lancement de son projet de pipeline souterrain entre le nord-est de l’Ontario et le port de Grande-Anse, à Saguenay. Un gazoduc censé traverser les territoires de 40 municipalités et huit communautés autochtones.

La construction, prévue pour 2022, d’une conduite de 780 kilomètres a pour but d’approvisionner la future usine de liquéfaction de gaz naturel d’Énergie Saguenay. Les deux projets combinent des investissements de 14 milliards de dollars. Le début des opérations est prévu pour 2024.

En attendant, des représentants des communautés autochtones (Algonquins, Innus et Atikamekw) se sont réunis pour tenter de trouver une stratégie commune. « On veut parler d’une seule voix, explique en entrevue téléphonique Christian Awashish, chef du Conseil des Atikamekw d'Opitciwan. Le rapport de force sera en notre faveur si l'on arrive à nous entendre sur une décision commune qu’elle soit positive ou négative. »

Représentant un chemin dégagé de 30 mètres de largeur, le tracé du gazoduc doit traverser le territoire ancestral revendiqué par les Atikamekw d’Opiticiwan au nord du lac Gouin. Ce qui va affecter les territoires ancestraux de sept familles de la communauté.

« De notre côté, on a déjà eu trois rencontres avec l’entreprise Gazoduq. On en est encore au stade préliminaire, mais on s’attend à ce que l’entreprise rencontre bientôt les membres de la communauté », précise le chef.

En matière de pipeline quand les communautés autochtones prennent des décisions indépendamment des autres communautés, cela n’a jamais donné de bons résultats. C’est ensemble que l’on peut se faire entendre.

Christian Awashish, chef du Conseil des Atikamekw d'Opitciwan

Toutefois, la dernière rencontre entre les représentants autochtones a mis en lumière un certain nombre de désaccords. Est-ce que les communautés concernées sont toutes au même niveau?, s’interroge le chef. « Notre communauté vit proche de la nature. Mais celles qui se situent non loin des zones urbaines ne perçoivent pas de la même façon leur relation avec leurs territoires ayant une approche davantage économique. »

L’union fait la force

Mais avant de se prononcer pour ou contre le pipeline, le chef Awashish espère que les nations autochtones seront soudées. Il ne dit pas encore oui ou non au projet, toutefois, l'objectif de sa communauté est d'abord de comprendre les risques et les avantages d'un tel projet.

« On anticipe des dommages environnementaux. Connaissant mes membres qui vivent de la chasse et de la pêche, l’arrivée du gazoduc est pour nous un très grand risque », dit-il.

Christian Awashish, chef du conseil de bande d’Opitciwan, au palais de justice de MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Christian Awashish, chef du conseil de bande d’Opitciwan, au palais de justice de Montréal

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Afin d'éclaircir les intentions de chacune des huit communautés, une deuxième rencontre est prévue à Montréal les 27 et 28 mai. Cette fois, les chefs seront accompagnés des membres des conseils de bande. À l’issue de la rencontre, les communautés autochtones devront indiquer si elles veulent continuer à travailler ensemble.

« Le pire scénario, c’est que l'on n'arrive pas à s'entendre. La division nous mettrait en situation de faiblesse et faciliterait les décisions en faveur des intérêts du gazoduc par les différentes instances gouvernementales », prévient le chef atikamekw.

Les craintes du chef Awashish semblent se concrétiser. Selon nos informations, il n'existe encore aucun consensus. Plusieurs communautés autochtones sont pour le projet tandis qu’au moins deux autres se sont exprimées contre l'arrivée du gazoduc sur leurs territoires. C’est le cas de la Nation Anishnabe du Lac Simon.

Jointe par téléphone, la chef du Conseil de la Nation Anishnabe du Lac Simon, Adrienne Jérôme, affirme que sa communauté a aussi son mot à dire. « Nos membres sont très inquiets de l’arrivée du pipeline dont le tracé doit traverser le nord de nos territoires de chasse. Il vient toucher une zone naturelle presque intacte. »

Une femme parle à la caméra en entrevue.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Adrienne Jérôme, chef de la communauté de Lac-Simon.

Photo : Radio-Canada

Malgré les répercussions financières que pourrait apporter la construction du gazoduc, la chef Jérôme estime que les risques de pollution sont trop importants pour sa communauté et que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Elle ajoute qu’en cas d’accident, les répercussions toucheront les territoires de toutes les communautés autochtones avec des déversements dans les rivières, les lacs et les nappes phréatiques.

« Il n’est pas question que le pipeline passe chez nous. Il y a beau avoir des milliards d’investissements, il passera ailleurs. Il y a des limites à vouloir nous acheter avec de l’argent. Notre terre n’a pas de prix. »

On n’est pas d’accord. Un pipeline, ce n’est pas seulement un pipeline. Cela signifie la destruction d’une partie de la forêt, la construction d’installations polluantes, l’augmentation de l’activité humaine dans des zones sauvages.

Adrienne Jérôme, chef du Conseil de la Nation Anishnabe de Lac-Simon

Elle espère que les autres communautés suivront ses positions sur la question avouant ne pas savoir dans quelle condition elles vont pouvoir s’entendre, si c'est par exemple à l'unanimité ou à la majorité.

« Si une communauté dit non, est-ce que l’entente ne tient plus ou est-ce que l’on demeure toutes solidaires? Autant de questions qu’il va falloir clarifier », conclut-elle.

Contacté par Radio-Canada, le conseil de bande de Mashteuiatsh n’a pas voulu commenter la situation.

L'entreprise Gazoduq compte poursuivre ses consultations avec chaque communauté autochtone.

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