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Sikon, la saison des sucres chez les Attikameks

Quand tradition et modernité se côtoient!

Quand tradition et modernité se côtoient!

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Depuis des centaines d'années, quelques Premières Nations exploitent les trésors qu'offre l'érable. C'est le cas des Attikameks qui se trouvent ces jours-ci dans leur tente à sucre, alors qu'au même moment l'ONU exhorte de préserver les savoirs traditionnels des peuples autochtones.

Jean-Paul Échaquan, un aîné de Manawan, souffle dans une cuillère percée – appelée arekwanatikw – après l'avoir immergée dans un chaudron rempli de sirop d'érable en pleine ébullition. Il s’assure que le liquide sucré a atteint la température idéale avant de l’étendre sur la neige.

Des jeunes l’observent attentivement, prêts à tremper un bâton dans cette tire dorée. La saison du Sikon revenue, ils répètent des gestes posés mille fois par leurs ancêtres. Sikon, pour pré-printemps, l’une des six saisons attikameks, celle qui annonce la fonte des neiges et le temps des sucres.

« Mon père, il fait la tire lui aussi », s’exclame Jimmy Flamand-Black, un étudiant de quatrième secondaire venu avec sa classe de l’école Otapi en apprendre plus sur la tradition.

« Je sais qu’il faut beaucoup de bois pour faire la tire », ajoute-t-il en précisant qu’il aimerait bien commencer à suivre son père sur son territoire traditionnel.

À 18 ans, le jeune homme ne sait pas encore ce qu’il compte faire dans la vie, mais admet qu’il souhaite plus que tout défendre sa culture.

Jean-Paul Échaquan, gardien de la langue, gardien des traditions, partage son savoir avec les jeunes de Manawan.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean-Paul Échaquan, gardien de la langue, gardien des traditions, partage son savoir avec les jeunes de Manawan.

Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Simard

Un savoir à transmettre

Toutes les connaissances des anciens passent par la protection et la transmission que s’évertue à partager un autre aîné, Richard Flamand. S’adressant en langue attikamek au groupe d’étudiants présent, il leur rappelle de penser à leurs grands-pères, « ils ont vécu eux autres », qui ont tout appris en observant la nature et en profitant de ce qu’elle avait à offrir.

Depuis trois, quatre ans, avec ses amis Jean-Paul Échaquan et Jean-Paul Dubé, Richard Flamand reçoit des groupes scolaires, autochtones ou non, venus entendre l’histoire, les traditions et les légendes sur l’origine du temps des sucres.

« Ce n’est pas n’importe qui qui a inventé ça, ça relève de nous. »

— Une citation de  Jean-Paul Échaquan
La tente à sucre traditionnelle d'une famille de Manawan.

La tente à sucre traditionnelle d'une famille de Manawan.

Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Simard

L’écureuil revient souvent dans ces récits. On avance qu’on l’aurait vu mordre une branche d'érable – qui se dit irinatikw en attikamek – et boire l’eau qui en coulait. Une autre légende attribue la découverte de la sève à une femme autochtone qui a vu le précieux liquide couler après une entaille à la hache dans un érable, mais Richard Flamand parle plutôt d’un pic-bois qui faisait des trous dans les arbres. La sève s’y échappant figeait à l’occasion, laissant un petit dépôt sucré.

« On a tendance à plus croire ce qu’il raconte, parce qu’on sait tous ici que c’est lui le grand connaisseur de ça », dit Wasimia Flamand-Charland, dont le prénom veut dire « petite lumière ».

La jeune femme termine son cinquième secondaire et veut ensuite étudier en soins infirmiers. Ce sera pour mieux revenir dans sa communauté s’occuper des aînés dans leur langue, et « parce qu’ils sont plus à l’aise avec des Attikameks », ajoute Wasimia.

Trois jeunes femmes venues découvrir la tradition de la tente à sucre à Manawan Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Wasimia Flamand-Charland, Shelsea Ottawa-Flamand et Shirley Flamand-Black venues découvrir la tradition de la tente à sucre à Manawan

Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

« Il faut laisser aux jeunes [la culture], mais comment? Il ne faut pas laisser tout dévaster de même par les compagnies forestières parce qu’eux autres vont tout maganer », s’inquiète l’aîné Richard Flamand en pensant à la ressource et en se projetant dans l’avenir.

Et l’avenir passe par cette jeunesse qui réalise qu’un chaînon manquant, cette génération sacrifiée par les pensionnats, les a éloignés de leurs connaissances traditionnelles.

La saison des sucres traditionnelle

Autrefois, les Attikameks fabriquaient des paniers avec de l'écorce qu’ils cousaient avec de la babiche d'orignal. La gomme d'épinette bouillie permettait de les rendre étanches. Ils s’en servaient pour recueillir la sève des érables entaillés. Cette eau sucrée était ensuite bouillie dans des chaudrons. Le sirop ainsi obtenu était écumé et filtré. Une palette de bois trouée appelée arekwanatikw trempée dans le sirop permet encore aujourd’hui de savoir si le sirop est prêt à servir de tire ou à devenir des pains de sucre.

Un fossé à combler entre jeunes et aînés

« Mes parents ne savent pas le faire », dit Shelsea Ottawa-Flamand, une autre étudiante, en parlant du sirop d’érable. L’apprentissage des aînés serait souhaité, mais ils ne peuvent plus se déplacer en forêt pour partager leur savoir.

« Juste leur expliquer c’est quelque chose, mais leur montrer c’est autre chose. »

« D’après ce que j’ai compris, dit Jordan Flamand, lui aussi étudiant à l’école secondaire Otapi de Manawan, c’est qu’il y a une grosse différence par rapport à il y a longtemps. » Le respect de la nature et de ce qu’elle offre, que ce soit les arbres, la terre, les animaux, s’est émoussé « à cause des affaires qui se sont passées, comme les pensionnats. »

« Mais une chance que le pensionnat n'a pas réussi à détruire complètement l’Amérindien en nous. »

— Une citation de  Jordan Flamand
Jordan Flamand et Owen Kitish, des Attikameks de Manawan, sont venus en apprendre plus sur les traditions liées à la tente à sucre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jordan Flamand et Owen Kitish, des Attikameks de Manawan, sont venus en apprendre plus sur les traditions liées à la tente à sucre.

Photo : Radio-Canada / Marie-Claude Simard

Owen Kitish, comme son ami Jordan, revient chaque année avec son école à la tente à sucre installée en bordure du chemin forestier qui mène à Manawan.

Il y puise l’enseignement des aînés et dit maintenant connaître « les étapes sur comment faire la tire » ce à quoi Jordan précise « c’est vraiment important pour montrer ça aux jeunes qui vont prendre notre place à un moment donné. »

Les six saisons chez les Attikameks

  • Sikon : le pré-printemps
  • Miroskamin : le printemps
  • Nipin : l'été
  • Takwakin : l'automne
  • Pitcipipon : le pré-hiver
  • Pipon : l'hiver

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