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Un livre pour démystifier les enjeux autochtones

Un homme âgé aux cheveux gris parle dans un micro noir posé devant lui et  tient un de ses doigts avec l'autre main, comme pour compter.
L'anthropologue Pierre Lepage a témoigné à la commission Viens. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Près de deux décennies après la première édition de Mythes et réalités sur les peuples autochtones, l'auteur Pierre Lepage met à jour et bonifie son ouvrage voué à une meilleure compréhension des enjeux qui touchent les Autochtones au Québec.

Un texte de Jean-François Villeneuve

Publiée pour la première fois en 2002, l’œuvre de Pierre Lepage se voulait à l’origine un outil pour faire découvrir les réalités touchant les peuples autochtones, alors que le ressentiment envers les Premières Nations était à son apogée.

Les enjeux identitaires issus du référendum de 1995 et les retombées de la crise d’Oka de 1990 ont servi d’amorce à celui qui travaillait alors comme agent d’éducation à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec. À l’époque, « on mangeait de l’Indien sur les ondes radio », rappelle-t-il. Son mandat était tout le contraire : lutter contre les préjugés.

Un ouvrage actualisé et bonifié

Forte d’un tirage de plus de 100 000 exemplaires, l’œuvre de Pierre Lepage avait profité d’une mise à jour mineure en 2009. Cette fois-ci, il a travaillé pendant deux ans à améliorer son document à partir de nombreuses recherches et entrevues. « L’objectif était de donner des points de repère pour être capable de comprendre et de sortir du discours méprisant qu’on entend. »

Il a notamment profité de cette nouvelle édition pour y intégrer entre autres les retombées de la paix des braves, mais aussi des informations sur certains traités qu’il n’avait pu aborder dans les versions précédentes. Il a de plus fait une plus grande place aux communautés inuites qui n’ont jamais eu le même rapport que les Premières Nations avec les gouvernements.

De nouveaux leaders

Pierre Lepage trace un parallèle entre l’émergence des enjeux autochtones et la Révolution tranquille des années 1960. « Le maître chez nous, je l’entends. […]La fierté identitaire, aussi. [...] C’était ça aussi, pour les Québécois, une recherche d’une reconnaissance au plan national, au plan international. De se définir comme une identité distincte. Tout ça est présent chez les Autochtones aujourd’hui. »

Il a tenu à souligner les initiatives comme Femmes autochtones du Québec, Idle No More Québec et le Wapikoni mobile, qui favorisent selon lui les alliances entre Autochtones et non-Autochtones. « Il y a des organisations autochtones qui sont en pleine maturité, ce qui donne beaucoup d’espoir pour l’avenir. »

Des mythes tenaces

Si M. Lepage voit une amélioration de la perception des Autochtones par la société en général, il admet tout de même que certains préjugés ont la vie dure, comme le mythe qu’ils seraient un boulet pour les finances publiques et, par la bande, pour les contribuables. « La commission royale [sur les peuples autochtones] disait que si on n’investit pas massivement pour rétablir la situation, pour rétablir l’écart entre Autochtones et non-Autochtones, ça va coûter encore plus cher. »

Un autre mythe à déconstruire, selon lui, est celui de la richesse des communautés cries en Eeyou Istchee. « Souvent on dit que les Cris sont riches, ce qui n’est pas tout à fait vrai, et même avec la paix des braves.

Pour appuyer son point, il cite L’Indice de bien-être des collectivités, développé par le ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada. « Chez les Cris, avec la paix des braves, oui on a eu une augmentation du revenu et [de] l’ouverture du marché du travail. Par contre, au niveau de la scolarité et du logement, là, le bât blesse. »

Au banc des rumeurs persistantes à déconstruire, il cite aussi le désintérêt allégué des Premières Nations pour l’entrepreneuriat, les chèques-cadeaux du gouvernement et les avantages de ne pas payer d’impôt dans les réserves.

Une alternative… qui commence avec l’école

Pierre Lepage voit les changements des dernières années avec une dose d’optimisme. « On voit qu’il y a un intérêt chez les jeunes qu’on ne voyait pas chez les générations précédentes, souligne-t-il. Beaucoup de Québécois ne demandent pas mieux que d’avoir une alternative à ce qu’on raconte. »

Cette amorce d’un nouveau dialogue ne peut qu’être positive, selon lui. Il rappelle qu’avant le milieu des années 2000, les Autochtones étaient souvent absents des manuels scolaires. « Entre la Conquête et la crise d’Oka, il n’y avait rien. »

Selon Pierre Lepage, les récents changements aux cours d’histoire, où l’on parle maintenant de territoires autochtones, de processus d’assimilation et des pensionnats ne peuvent être que bénéfiques en mettant en lumière des pans entiers de l’histoire du Québec qui expliquent, en partie, les relations entre Autochtones et non-Autochtones.

Société