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Deux policières du SPVM veulent contrer l'exploitation sexuelle des femmes autochtones

Les policières du SPVM Josée Mensales et Diane Veillette dans leur bureau.
Les policières Josée Mensales et Diane Veillette ont recueilli des témoignages de femmes autochtones dans leur livre « Mon ami... mon agresseur ». Photo: Radio-Canada / Jean-François Villeneuve
Laurence Niosi

Après un premier livre sur la prostitution, les agentes du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) Josée Mensales et Diane Veillette s'intéressent cette fois à l'exploitation sexuelle des femmes autochtones. Mon ami... mon agresseur est un recueil de témoignages de « survivantes » tombées sous la coupe de proxénètes, mais également celles qui sont aidées par des organismes. Discussion avec les deux coauteures, qui sont aussi coordinatrices du programme Les survivantes venant en aide aux jeunes femmes victimes de proxénètes.


Quel est l’objectif du livre Mon ami… mon agresseur?

Diane Veillette et Josée Mensales : L’objectif, c’est vraiment de sensibiliser et de faire de la prévention auprès des Autochtones qui pourraient venir en centre urbain et être exposés aux dangers liés à l'exploitation sexuelle et à la traite de personnes. Je vous donne un exemple pour illustrer ça : une Autochtone peut partir de sa communauté pour venir s'installer à Montréal, mais elle ne prévoit pas son hébergement, son emploi. Éventuellement, cette personne peut être repérée par un trafiquant qui l’attend à la gare de train ou d’autobus. Ces gens attendent les personnes qui semblent vulnérables et savent que des Autochtones peuvent débarquer comme ça, sans ressources. Ils vont donc en profiter pour leur demander s’ils ont besoin d’un hébergement, de l’aide. Comme dans les communautés, il y a beaucoup d’entraide, l’Autochtone accepte l’aide, pensant qu’il va lui rendre service. Finalement, il ou elle se fait hameçonner pour s’en aller dans le marché du sexe. Car on leur dit : « Je peux t’héberger, mais ça se paye ».

Malheureusement, beaucoup trop de personnes sont victimes de ça, et ça fait en sorte que ça augmente le nombre de victimes de traite de personnes. Il ne faut pas oublier qu'au Canada plus de 50 % des victimes de traite de personnes sont autochtones. Statistiquement, on n'a aucune donnée, car [les victimes] ne portent pas plainte. Mais c’est pour ça entre autres qu’on a créé cet outil.

Dans ce livre, vous donnez la parole à des survivantes autochtones, des femmes qu'on n'entend pas souvent...

D.V. et J.M. : L'idée [de ce livre], c'est de donner la parole aux Autochtones pour expliquer leur parcours de vie. Dans ces parcours, on voit de l'espoir, on montre que c'est possible d'avoir une vie après et d’accomplir de grandes choses malgré ce qu'on a vécu. [Notre passé] ne nous définit pas comme personne. En plus des survivants, il y a aussi des intervenants qui parlent de ce qu’ils offrent comme service. Ils expliquent leur histoire personnelle, pourquoi ils travaillent dans ce milieu, et comment ils peuvent aider quelqu’un qui se trouverait dans une situation malsaine.

Le livre Mon ami... mon agresseur de Josée Mensales et Diane Veillette (édition non corrigée).Le livre Mon ami...mon agresseur de Josée Mensales et Diane Veillette (édition non-corrigée) Photo : Radio-Canada / Jean-François Villeneuve

À quel point est-ce important de former les policiers pour les sensibiliser aux différents défis que peuvent vivre les Autochtones en ville?

D.V. et J.M. : On a formé plus de 10 000 policiers depuis que le programme Les survivantes existe, depuis 10 ans, et presque autant d’intervenants. Donc il y a une meilleure compréhension de la problématique en général et on fait de la meilleure intervention au niveau policier. Depuis quelques années ou [quelques] mois, on fait des sessions d'information au SPVM pour apprendre aux policiers comment mieux travailler avec les personnes autochtones qui ont un passé, une culture, des valeurs, qui peuvent être un peu différentes des nôtres. Il est important de comprendre ce qui leur est arrivé – comme les pensionnats autochtones, responsables de nombreux problèmes que vivent les Premières Nations et Inuits. Il faut connaître le passé pour être capable de mieux travailler avec eux au présent.

On parle beaucoup des relations plus tendues entre les policiers et les Autochtones. À la commission Viens, à Montréal, des intervenants du milieu ont dénoncé les pratiques discriminatoires des policiers à l’encontre des itinérants autochtones, notamment en leur remettant des amendes qu’ils ne peuvent pas payer...

D.V. et J.M. : Dans tout ça, je pense que c'est le mot « incompréhension  » qu'il faut cibler. Des mauvaises pratiques, il y en a dans toutes les professions. En ce qui me concerne, quand on voit des témoignages comme ceux-là, il faut les prendre au sérieux. Les pratiques ne sont pas parfaites. On a commencé il y a maintenant 15 ans à travailler avec les femmes victimes d'exploitation sexuelle, et on a vu l'évolution. Les femmes ne se tournaient pas vers les services policiers pour de l’aide, elles avaient peur d’être mises en état d’arrestation. C’est la même chose pour les Autochtones en communauté ou en ville.

On comprend que le service [policier] n'est pas optimal. Il faut être capable d'avoir l'humilité comme organisation de reconnaître qu'il y a peut-être [eu] des pratiques pas optimales dans le passé. Et nous, on espère faire partie des agents de changement.

D'où vient cette sensibilité que vous avez à l'égard des Autochtones?

Diane Veillette : (Rires) Josée et moi avons été déployées à Val-d'Or. Notre rôle était non pas d’enquêter, mais de comprendre mieux, de faire des liens avec des Autochtones, des leaders autochtones, de connaître les difficultés, de mettre le doigt sur le bobo. On a été là un mois, et on a dû repartir bien évidemment – parce qu’on est rattachées au SPVM. Mais on avait vraiment le sentiment d'abandonner notre travail, de ne pas avoir réussi à accomplir tout ce qu'on voulait accomplir. Et on a senti qu’on devait aller plus loin dans notre démarche. [...] [Avec ce livre], on poursuit notre travail de Val-d'Or. On pensait qu’on devait [ce livre] à la communauté, à nous-mêmes, comme policières.


Mon ami… mon agresseur (éd. Hannenorack) sera en librairie dès le 9 avril.

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