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Tenir compte du savoir traditionnel pour amener des Autochtones à poursuivre leurs études

Natalie Hill montre une ceinture de wampum qu'elle a fabriquée.
Natalie Hill s'est intéressée l'été dernier à l'astronomie, notamment. Photo: Radio-Canada / Paula Duhatschek
Radio-Canada

Âgée de 23 ans, Natalie Hill termine son baccalauréat en études des Premières Nations et en paix et justice sociale, mais elle a passé l'été dernier à étudier quelque chose de complètement différent : la physique et l'astronomie, grâce à un programme visant à encourager les Autochtones à faire des études plus poussées.

Un texte de Paula Duhatschek, de CBC

Mme Hill, membre de la nation Oneida de la Thames, a découvert l'astronomie grâce à un nouveau programme de l'université Western Ontario, à London, appelé Learning with Head and Heart (apprendre avec sa tête et son coeur), qui vise à développer les chercheurs autochtones et à marier les méthodes de recherche académiques à celle du savoir autochtone.

Le programme a débuté en tant que projet pilote l'année dernière, et il a été reconduit pour une deuxième année.

« Mon projet a des bases tout à fait autochtones, mais il repose également sur l’esprit scientifique », souligne Natalie Hill.

Dans le cadre de ses travaux, elle a fabriqué une ceinture de wampum utilisée par les Haudenosaunee (les Iroquois) pour transmettre des connaissances entre générations. Utilisant des perles de verre et du tendon artificiel, la ceinture représente à la fois la Grande Ourse et ce que la culture haudenosaunee appelle l’Ours céleste. « C'est la même constellation, mais deux histoires différentes qui sont à la fois valables et indépendantes l’une de l’autre », explique Mme Hill, qui envisage de faire une maîtrise en santé publique ou en éducation.

Paul Porter, 24 ans, qui est maintenant en deuxième année à l’université Western et qui a terminé le programme, note que celui-ci l’a aidé à établir un parallèle entre les connaissances autochtones et les connaissances scientifiques. Alors qu'il a passé un été à étudier les algues, il a vu une similitude entre la manière dont les cellules transmettent de l’énergie et la manière dont aînés communiquent leur savoir à ceux qui les suivent.

M. Porter, membre des Six Nations de Grand River, s’est aussi surpris à chanter pour les cellules qu’il cultivait en laboratoire, un peu comme sa grand-mère et lui chantaient pour les plantes, dans le jardin, quand il était petit. « Ça m’a aidé à comprendre le processus », affirme-t-il.

Cette expérience a déjà marqué de façon bien concrète le parcours académique de Paul Porter. Il est resté assistant de recherche pendant l'année scolaire et verra bientôt être publiées dans un manuel pédagogique les données et photographies que ses recherches lui ont permis de produire. « C'est assez incroyable, je suis vraiment content », dit-il.

Il compte faire une maîtrise en biologie après la fin de ses études de premier cycle.

Plan rapproché de Mme Noah.Donna Noah s’est découvert des aptitudes d’enseignante insoupçonnées. Photo : Radio-Canada / Paula Duhatschek

Enseigner à la prochaine génération

Erin Huner, qui coordonne Learning with Head and Heart en tant que directrice de la recherche, de l'évaluation et de la planification du portefeuille d'expériences des étudiants de l’université Western, signale que le programme a également pour objectif de développer la recherche autochtone.

Donna Noah, âgée de 32 ans, a pu en bénéficier alors qu’elle a élaboré le programme d'un cours de musique autochtone de premier cycle dans le cadre de son propre apprentissage.

Mme Noah, de la nation Munsee Delaware, s’est découvert des aptitudes d’enseignante qu’elle ignorait.

Ça m’a aidé à identifier plus clairement quelles sont mes capacités et mes passions.

Donna Noah, étudiante

D’ailleurs, elle entend maintenant suivre un programme en enseignement en se concentrant sur l'éducation des Autochtones.

Donna Noah, qui avait abandonné l'école à l’âge de 16 ans avant d’y revenir quand elle avait 20 ans, souligne que l’idée d'enseigner à la prochaine génération revêt une signification particulière pour elle. En pensant à son adolescence, elle estime qu'elle aurait eu plus de facilité au secondaire si elle avait été en contact avec des éducateurs autochtones.

« Je suis allée dans une école où il y avait très peu d’Autochtones. La moitié du temps, j'étais la seule, alors je pense qu’il aurait été vraiment génial de voir quelqu'un comme moi m'enseigner des choses. Ça m'aurait donné davantage confiance en moi de savoir que j’apprends d’une autre personne autochtone », croit-elle.

Elle espère maintenant se concentrer sur la revitalisation des langues, le théâtre et l'art.

Sur les 17 étudiants qui ont participé au programme l'an dernier, cinq, dont Donna Noah, se dirigent maintenant vers des études supérieures, selon Erin Huner, qui y voit la démonstration de son efficacité. « Nous pouvons voir cela comme la preuve que, lorsqu’on donne aux étudiants la possibilité d’expérimenter ce qu’est la recherche, ça les incite à réaliser qu'ils ont eux aussi ce qu’il faut pour faire des études avancées, voire devenir de vrais chercheurs », estime-t-elle.

L'université Western accepte les candidatures pour cette année pendant encore une semaine.

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