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Budget fédéral : les organismes autochtones divisés

 Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada
Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada Photo: La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Alexis Gacon

Les Autochtones sont divisés sur le dernier budget fédéral, qui a prévu de dépenser 4,5 milliards de dollars pour réduire l'écart socio-économique entre les populations autochtones et non autochtones. Pour certains organismes, ces sommes ne peuvent combler certains manques, notamment en protection de l'enfance et envers les Autochtones urbains.

Pour Cindy Blackstock, professeure à l’Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada, ce budget n'inclut pas de somme dédiée à la mise en œuvre du projet de loi C-92, qui prévoit le transfert des responsabilités et de la gestion de la protection de la jeunesse aux Premières Nations.

« Le gouvernement dépose le projet de loi C-92, mais il n’y a aucun fonds alloué pour le mettre en place par la suite. Il n’y a aucune manière de le faire sans argent! », déplore-t-elle.

Elle regrette aussi que le gouvernement n’envisage pas une approche plus globale pour corriger des iniquités pointées à de multiples reprises. Depuis 2016, le Tribunal des droits de la personne a en effet jugé sept fois que les services fournis par Ottawa aux enfants autochtones n’ont pas le même niveau que ceux offerts aux autres petits Canadiens.

Pour y répondre, le gouvernement a dédié une enveloppe de 1,2 milliard de dollars sur trois ans pour réduire cet écart. En outre, 220 millions sur cinq ans sont alloués pour fournir des services aux enfants inuits confrontés à des difficultés particulières pour obtenir des services de santé et des services sociaux en raison de l’éloignement.

Mais pour Mme Blackstock, ces sommes sont autant de pansements sur un problème plus large, que le gouvernement ne traite pas en profondeur. « Cela ne remédiera pas aux inégalités. Les enfants autochtones auront sûrement un meilleur accès aux services sociaux que par le passé, mais, en raison du sous-financement général de l’éducation autochtone, ces services ne sont pas de bonne qualité dans les communautés. »

Les Autochtones en ville

Philippe Meilleur, directeur général du centre d'amitié Montréal Autochtone, regrette quant à lui le peu de place que fait le budget aux Autochtones en ville. « Je n’ai vu aucune ressource prévue pour les Autochtones qui vivent en ville. Ils représentent pourtant la majorité de la population autochtone canadienne ». Presque 52 % vivaient dans une aire urbaine de plus de 30 000 habitants en 2016, selon Statistique Canada.

En effet, aucune somme n'est spécifiquement allouée à cette population dans le dernier budget. Soixante-cinq millions de dollars sont cependant consacrés, sur cinq ans, aux centres d’amitié autochtones, qui offrent leurs services en ville. « Mais ce n’est quasiment rien. Imaginez, il y a 120 centres de ce type en tout au Canada. La première année, quatre millions de l’enveloppe vont être donnés. Divisez quatre millions par 120 et vous comprendrez que les sommes sont ridicules », tempête Philippe Meilleur.

Dans son budget, le gouvernement reconnaît néanmoins que la plupart des centres d’amitié autochtones « nécessitent un réaménagement important ou doivent être entièrement reconstruits ».

Le directeur de Montréal autochtone regrette que l’enveloppe ne grossisse pas avec le temps, alors que les Autochtones sont de plus en plus nombreux en ville. De 2006 à 2016, leur population urbaine a augmenté de 59,7 % au Canada.

Philippe Meilleur n’est pas plus tendre avec les choix budgétaires envers les langues autochtones. Plus de 333 millions de dollars sont alloués sur cinq ans pour préserver et promouvoir ces langues, notamment grâce à la création d’un Bureau du commissaire aux langues autochtones. « La dernière année, cela revient à 82 $ par Autochtone. Comment sauver une langue avec si peu? », s’insurge-t-il.

Dans la bonne direction

Pour Perry Bellegarde, chef de l’Assemblée des Premières Nations, le gouvernement va dans la bonne direction avec ce budget. Il réclame de maintenir cet « élan » pour une « véritable réconciliation ».

L’Inuit Tapiriit Kanatami, qui représente plus de 50 000 Inuits au pays, a accueilli favorablement le budget (Nouvelle fenêtre), tout en se disant déçu de l’absence d’investissements en matière d’infrastructures pour les Inuits.

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