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Backbone : une chorégraphe anishinaabe invite à entendre la montagne respirer

Un danseur torse nu, effectue un mouvement.
La chorégraphe a voulu montrer la manière dont les Autochtones voient les rocheuses des Amériques à travers son spectacle «Backbone». Photo: Danse Danse
Delphine Jung

Présenté cette semaine à Montréal, le dernier spectacle de la chorégraphe anishinaabe Sandra Laronde tente de nous rappeler notre connexion physique au territoire et, notamment, à toute la chaîne des Rocheuses et des Andes. Car pour les Autochtones, elles ne sont pas juste un obstacle topographique, mais bien la colonne vertébrale de notre terre.

« Elle n’a pas de frontière. Elle est continue, intacte et en quatre dimensions, puisqu’elle a une énergie, un esprit. Les Autochtones sont très loin d’avoir une vision topographique du territoire », explique la chorégraphe Sandra Laronde originaire de la communauté Teme-Augama Anishnabai de Temagami, dans le nord de l’Ontario.

Dans Backbone, l’artiste a ainsi voulu mettre en lumière une sorte de cartographie spirituelle de cette épine dorsale des Amériques, loin de sa représentation blanche occidentale faite de frontières et de barbelés. La démarche a de quoi remettre en question le rapport de chacun à la terre et à son environnement.

Lors de la dernière répétition avant la première qui a eu lieu mardi soir, à la Cinquième salle, Place des arts, les huit artistes de la compagnie Red Sky performance, basée à Toronto, transmettent le message de la chorégraphe, et celui des deux autres cocréateurs de l'oeuvre, les deux chorégraphes Jera Wolfe et Ageer.

Des danseurs sur scène.La troupe a déjà proposé « Backbone » lors d'une tournée en Europe. Photo : Danse Danse

Dans la salle, il n’y a que quelques techniciens, le musicien et Sandra Laronde, qui a donné ses dernières instructions avant de s’asseoir un peu plus loin.

Couchés à terre, entrelacés, ils respirent d’un même souffle, détachant leurs corps du sol, levant les bras au ciel, arcant leurs dos. Leurs mouvements brusques et précis coïncident avec des sons qui rappelent des craquements. La musique colle littéralement à leurs corps et rappelle au spectateur qu'une montagne vit.

La musique permet de comprendre le mouvement, d’en saisir la puissance et la force et de ressentir le spectacle comme une véritable secousse sismique.

Le choix des percussions n’est pas anodin pour l’artiste, qui veut continuer à faire référence aux montagnes à travers la musique.

« On parle de plaques tectoniques qui s’entrechoquent, de sons primaires, naturels, je ne me voyais pas utiliser des instruments à cordes », explique-t-elle en précisant qu’il y aura aussi du chant de gorge inuit mêlé à du beat box lors du spectacle.

Nature inspirante

« Force de la nature » diront certains, Sandra Laronde a grandi loin des grandes villes et ne cache pas que l'eau, les arbres, les montagnes, sont sa principale source d’inspiration. « Il y a tellement dans la nature, c’est sans limites et toujours surprenant », explique-t-elle.

L’idée de son spectacle, qui a déjà été présenté 22 fois en Europe, lui a été inspirée alors qu’elle était dans les Rocheuses canadiennes.

« J'ai vu un aîné observer les montagnes. Ils les regardaient avec tant de respect, presque comme s’il était en communication avec elles. Il y avait un silence très beau, je ne sais pas trop comment le décrire. On aurait dit qu’il était connecté aux montagnes », se souvient-elle.

Juste à côté de lui, un groupe de gens contrastaient avec cette plénitude. « Ils prenaient des photos d’eux devant les montagnes, parlaient de comment la gravir, l’escalader. »

« Ils étaient là juste pour leur beauté photogénique, mais pas vraiment pour s’y connecter. Si tu vois les montagnes juste comme une carte postale tu t’en es déjà distancé », poursuit-elle.

Deux danseurs sur scène.Il y a 8 danseurs sur scène dont la moitié sont des Autochtones du Canada, de Nouvelle-Zélande et de Mongolie. Photo : Danse Danse

Pour son spectacle, la moitié des danseurs sont autochtones. Ils viennent du Canada, de la Nouvelle-Zélande et de la Mongolie. Gare à celui qui lui demandera pourquoi.

On ne demande jamais combien il y a de Blancs dans tels ou tels spectacles. Moi j’ai choisi de travailler avec les artistes que je voulais pour cette pièce.

Sandra Laronde, chorégraphe et réalisatrice

Dans la salle, la troupe continue ses répétitions à quelques heures à peine de la première représentation montréalaise.

Parfois, ils ne font que marquer rapidement les pas, les mouvements, simplement s’assurer qu’ils les ont bien en tête. Certains discutent entre eux pour se mettre au point. D’autres remettent leurs protections aux genoux en place.

« Ils doivent garder leur énergie pour ce soir », murmure Sandra Laronde.

Backbone est présenté jusqu'à samedi à la Cinquième salle de la Place des arts.

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