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Hannah Claus au Musée McCord : une exposition habitée par la volonté du dialogue

L'exposition C’est pas pour rien qu’on s’est rencontré : Hannah Claus au Musée McCord.

L'exposition C’est pas pour rien qu’on s’est rencontré : Hannah Claus au Musée McCord.

Photo : Musée McCord/Marilyn Aitken

Ismaël Houdassine
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour son sixième programme d'artiste en résidence, le Musée McCord a ouvert ses collections permanentes à Hannah Claus, artiste visuelle multidisciplinaire de descendance Kanien'kehá:ka (mohawk) et anglaise connue pour ses œuvres en suspension. En résulte une exposition intemporelle où la matière des objets du passé interroge notre imaginaire contemporain.

L’idée d’offrir au public de nouvelles perspectives d’interprétation est toujours l’occasion pour une institution muséale d’enrichir le contenu de ses collections. C’est avec un plaisir non dissimulé que Hannah Claus s’est prêtée au jeu avec le souci, semble-t-il, d’établir de véritables ponts de communication.

« Le Musée McCord possède une riche collection composée d’objets éclectiques, confie Hannah Claus en entrevue. J’étais ravie et curieuse de pouvoir aller fouiller dans ces collections pour y trouver des histoires qui concernent d’abord ceux qui sont derrière tous ces objets. »

Intitulée C’est pas pour rien qu’on s’est rencontré, l’exposition, présentée jusqu'au 11 août, se révèle à travers les univers sensoriels de l'artiste. Elle utilise, modifie et transforme les artéfacts issus de la collection des cultures autochtones du musée de la rue Sherbrooke comme un réceptacle à ses propres interrogations artistiques.

« Je m’intéresse au temps, à l’espace et à la mémoire, dit-elle. Dans mon travail, j’explore déjà le thème de la culture autochtone, en particulier celle de la communauté mohawk. Mes propositions sont également le fruit de rencontres et d’expériences que j’ai vécues à des moments précis. »

L'artiste visuelle Hannah Claus pour son exposition C’est pas pour rien qu’on s’est rencontré présentée au Musée McCord.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'artiste visuelle Hannah Claus pour son exposition C’est pas pour rien qu’on s’est rencontré présentée au Musée McCord.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Dès l’entrée de l’expo, les visiteurs pourront d’ailleurs comprendre la démarche de l’artiste avec la présentation dans une vitrine d’une sélection d’habits perlés de la nation mohawk, notamment des jambières et un porte-bébé.

« Le procédé du perlage n’est pas très éloigné de celui que j'accomplis pour mes œuvres suspendues, résultats d’accumulation et de répétition », remarque-t-elle.

Ces habits perlés sont déposés à côté d’un exemplaire d’un registre de la traite des fourrures – utilisé de 1771 à 1889 – écrit en vieux français. D’emblée, on le voit, une réflexion s’installe entre la tradition orale et celle de l'écriture.

« J’ai été frappée par les phrases illisibles contenues dans ces registres tenus par les Français ou les Anglais. Des phrases probablement difficiles, voire impossibles à déchiffrer pour les Autochones de l’époque, pourtant les premiers concernés par les tractations dans les postes de traite », raconte Hannah Claus, membre de Tyendigana, un territoire mohawk situé en Ontario.

Je vois l’exposition comme un dialogue avec des objets qui sont restés dans des tiroirs. En même temps, ces objets ont toujours des choses à nous apprendre. Ils nous parlent littéralement.

Une citation de : Hannah Claus, artiste visuelle

Quant aux couvertures en laine déposées sur un des murs et sur lesquelles l'artiste de 50 ans a ajouté des épingles en cuivre telles les lettres d'un « alphabet indéchiffrable », elles témoignent d’une réalité historique paradoxale, précise celle qui vit et travaille à Montréal depuis 2001.

« Au temps des échanges de la traite des fourrures entre Autochones et non-Autochones, ces couvertures étaient porteuse de bactéries qui ont tué des milliers de personnes. En même temps pour les peuples des Premières Nations, les couvertures possèdent encore aujourd’hui une utilité cérémoniale. »

L'exposition C’est pas pour rien qu’on s’est rencontré : Hannah Claus au Musée McCord.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'exposition C’est pas pour rien qu’on s’est rencontré : Hannah Claus au Musée McCord.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Visible au bout de la salle, l’œuvre maîtresse, Châle de danse pour la Femme du Ciel, est composée de disques suspendus par des fils sur lesquels sont reproduites des images de châles brodés de motifs perlés et portés durant les cérémonies traditionnelles.

Avec cette installation presque flottante, l’artiste parle de la terre et du ciel dans une relation tirée du mythe de la création pour les peuples iroquois. « Cette installation constitue un dialogue entre le passé et le présent », ajoute-t-elle.

On trouve un mélange de plusieurs influences dans l'installation intrigante titrée Souvenir apprentissage oubli. Illustrée par des tasses de thé moulées en cire d’abeille et posées en cercle, l’œuvre renvoie à la fois aux collections de tasses de thé du musée et à celle de la mère de Hannas Claus.

« Au musée, j’ai trouvé des étagères remplies de tasses de thé. J’ai alors eu envie d’établir un dialogue entre ces objets en porcelaine à l’héritage très colonial et l’utilisation des infusions médicinales autochtones. La cire d’abeille est un produit naturel dont l'odeur appelle d'autres sens. C'est aussi un produit de guérison », conclut-elle.

L’exposition Hannah Claus – C’est pas pour rien qu’on s’est rencontré se déroule jusqu'au 11 août 2019 au Musée McCord à Montréal.

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