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Femmes autochtones disparues ou assassinées : la poésie pour contrer l'oubli

Châle de Kukum : œuvre de l’artiste innue Diane Blacksmith de l'exposition Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres.

Châle de Kukum : œuvre de l’artiste innue Diane Blacksmith de l'exposition Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Ismaël Houdassine

L'Espace culturel Ashukan de Montréal accueille à compter du 8 mars une exposition multidisciplinaire en hommage aux femmes et aux filles autochtones disparues ou assassinées. Contre l'injustice et pour la résilience, huit artistes membres des Premières Nations proposent leur vision d'une tragédie nationale aux répercussions multiples.

Les œuvres rassemblées dans l’expo, sobrement intitulée Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres, portent le lourd fardeau de l’absence. Et pour cause, chacun des prénoms cités renvoie aux silences des milliers de femmes autochtones assassinées qui ne sont plus là pour s’exprimer.

Les œuvres de cette exposition-choc sont aussi et surtout le témoignage d’une profonde humanité mêlant artisanats traditionnels et installations vidéo. Pour Sylvie Paré, artiste, muséologue et commissaire de l’exposition, l’objectif d’une telle proposition qui conclut à Montréal une tournée de plusieurs villes canadiennes est avant tout de signifier au public ce que représente la perte de toutes ces personnes.

« L’art permet de sortir enfin du discours politique, explique en entrevue Sylvie Paré, membre de la nation huronne-wendat. Beaucoup de gens ne ressentent plus le drame. Ils ne voient malheureusement que des chiffres et des statistiques. »

« Il faut rendre aux victimes leur identité et leur humanité, poursuit-elle. C'est pourquoi on a demandé à des artistes autochtones de créer une œuvre en pensant aux femmes disparues ou assassinées. »

Sylvie Paré, commissaire de l'exposition Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres.

Sylvie Paré, commissaire de l'exposition Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

L’exposition est initialement composée de neuf œuvres. Celle très symbolique et monumentale de Sylvie Bernard a dû être retirée de l’exposition pour des raisons d’espace, regrette Mme Paré. « Son œuvre représente une grande croix composée de plumes en couleur, précise-t-elle. On ne pouvait pas l’installer à l’intérieur des murs sans risquer de la briser. »

Lors de l’inauguration de l’expo qui a rassemblé vendredi plusieurs personnalités, dont la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amour, la commissaire a rappelé la tâche délicate d’un tel projet imaginé en 2016 par l’organisme Ondinnok et orchestré par la Boîte Rouge VIF.

« Nous avions un an pour monter l’exposition et nous n’avions pas vraiment le temps d’aller rencontrer les familles des victimes pour raviver des blessures, raconte-t-elle. Il fallait absolument trouver le bon angle. C’est là qu’on s’est dit qu’il fallait aborder le phénomène sous une vision poétique. »

Les communautés sont petites. Aussitôt qu’un membre de la communauté est touché par un tel drame, tout le monde est touché.

Sylvie Paré, commissaire de l'exposition

Et la poésie est bel et bien présente, aussi poignante soit-elle. Dans l’installation Châle de Kukum, l’artiste innue Diane Blacksmith – qui a vécu elle-même la violence de très près – a déposé sur les branches d’un bouleau dénuées de feuilles une peau d’orignal brodée de perle et de fil de coton.

« Elle raconte son histoire, précise Mme Paré. On est là dans un discours intimiste. En observant, on ressent son vécu et on réalise le travail en lien avec la tradition, et ce, à travers une véritable réflexion sur la survie. »

L’émotion toujours avec Anonymes de Nadia Myre où l’on peut déceler par le biais d'une trame sonore la respiration d’une femme qui court dans le bois, probablement prise de panique. Plus loin, l’œuvre collective titrée Chambre d’une jeune fille disparue reconstitue une chambre vide où les objets de l’enfance viennent rappeler la terrible perte.

Chambre d’une jeune fille disparue : œuvre collective de l'exposition Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres.

Chambre d’une jeune fille disparue : œuvre collective de l'exposition Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

« Les huit œuvres représentent un tout, ajoute la commissaire. C’est la réunion de toutes ces propositions qui crée une réflexion d’ensemble, celle par exemple que la question des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées concerne les vivants. »

Les visiteurs auront probablement la gorge nouée lorsqu’ils découvriront le destin de Loretta Saunders, étudiante inuite de 26 ans vivant en Nouvelle-Écosse. Elle avait réussi à récolter 23 000 signatures pour une pétition réclamant dès 2014 une enquête nationale sur les femmes autochtones assassinées.

Loretta est morte quelques jours plus tard. Son corps a été retrouvé la même année au Nouveau-Brunswick au bord de l’autoroute transcanadienne.

L’exposition Oubliées ou disparues : Akonessen, Zitya, Tina, Marie et les autres se déroule du 8 au 31 mars 2019 à l'Espace culturel Ashukan.

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