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La communauté mohawk d'Akwesasne sous tension

Roger Jock Kanerahtiio, membre de la maison longue Indian Way, devant le dispensaire Wild Flower, à Akwesasne.

Roger Jock Kanerahtiio, membre de la maison longue Indian Way, devant le dispensaire Wild Flower, à Akwesasne

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une voiture de police incendiée, des dispensaires de cannabis perquisitionnés... Une communauté mohawk à cheval entre le Québec, l'Ontario et les États-Unis est devenue le théâtre de vives tensions entre des citoyens et le conseil de bande. Des tensions exacerbées récemment par la légalisation du cannabis et par un règlement d'une ancienne revendication territoriale.

Quand le dispensaire Wild Flower, à Akwesasne, a été l'objet d'une perquisition le 22 février, des dizaines de citoyens en colère se sont rendus devant le poste de police mohawk local. Le commerce de cannabis, un parmi d’autres sur le territoire canadien de la réserve, avait déjà fait l’objet d’une rafle policière quelques jours auparavant.

Après une première tentative de négociation infructueuse avec les autorités, des citoyens excédés se sont emparés d’une voiture de police et l’ont incendiée sur les berges du fleuve Saint-Laurent qui divise la communauté.

« C’est le premier pas vers un plus grand combat, et ce combat inclura tous les Mohawks du Canada », affirme Roger Jock Kanerahtiio, un représentant de la maison longue Indian Way, un groupe de traditionalistes qui a ouvert le Wild Flower en décembre dernier.

Dans cette communauté autochtone à 150 km de Montréal, la consommation et la distribution de cannabis sont réglementées depuis l’automne dernier par le Conseil mohawk d’Akwesasne (MCA), qui distribue lui-même les permis aux commerçants dans le secteur canadien. La Tribu mohawk de Saint-Régis est quant à elle responsable du côté américain de la frontière, où le cannabis est illégal.

Or, le comptoir de cannabis Wild Flower opérait sans permis du MCA, l'autorité légale de la communauté. La maison longue Indian Way – qui rejette l’autorité du conseil de bande, une entité administrative fédérale prescrite par la Loi sur les Indiens – avait délivré son propre permis.

« Nous l’avons fait pour les contrarier », affirme sans ambages Roger Jock Kanerahtiio.

Une voiture de police en feu sur le fleuve Saint-Laurent.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une voiture de police a été incendiée dans la communauté mohawk d'Akwesasne après une rafle policière dans un comptoir de vente de cannabis.

Photo : Courtoisie

Des casinos, une revendication territoriale

À Akwesasne, les conflits entre la structure fédérale du conseil de bande et le système traditionnel de la maison longue ne datent pas d’hier. Dans les années 1980, l’établissement de casinos privés le long de la route 37, qui traverse la communauté d’est en ouest dans l’État de New York, avait pratiquement provoqué une guerre civile entre les différentes factions. Deux personnes y avaient perdu la vie.

Ces événements ont laissé des séquelles profondes et durables chez les habitants de la communauté de 13 000 habitants.

Le conflit s’est en outre envenimé en décembre quand le Conseil mohawk d’Akwesasne a accepté une offre de 240 millions de dollars du gouvernement canadien, en échange de l'abandon de ses revendications sur une parcelle de 8000 hectares. Ce territoire, occupé par la municipalité de canton de Dundee, est surnommé Tsi:karístisere par les Mohawks.

Le grief foncier vieux de 130 ans a été réglé dans la foulée d’un référendum, lors duquel près de 80 % ont voté en faveur du règlement. Mais le taux de participation n’a atteint que 28 %, et plusieurs résidents se sont dits insatisfaits par la manière dont le référendum a été organisé par le conseil de bande.

En entrevue avec Espaces autochtones, le grand chef du Conseil mohawk d'Akwesasne, Abram Benedict, estime que les événements des dernières semaines sont « malheureux ». « Ça nous amène à une autre époque d’Akwesasne à laquelle nous ne voulons pas retourner », souligne le chef, qui se dit toutefois ouvert au dialogue.

« Nous sommes préparés à avoir des discussions avec des membres à propos de sujets [outre le cannabis] qui affectent les membres de notre communauté », affirme-t-il.

Doug George, rédacteur en chef du journal « Indian Times », rampe sous les balles lors d'une bataille nocturne entre des factions pro-casino et anti-casino à Akwesasne, le 1er mai 1990.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Doug George, rédacteur en chef du journal Indian Times, rampe sous les balles lors d'une bataille nocturne entre des factions pro et anti-casino à Akwesasne, le 1er mai 1990.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Un problème plus profond

Outre la légalisation du cannabis ou la revendication d’un territoire, les causes du conflit à Akwesasne sont plus profondes, disent des traditionalistes. Le problème dépasse même de simples divisions entre maison longue et conseil de bande, ou entre différents groupes traditionalistes, dont certains rejettent farouchement la légalisation du cannabis.

« Comme ces conseils élus sont devenus presque des extensions du gouvernement américain et canadien, comme la police tribale d’ailleurs, vous finissez par avoir une situation où la police tribale [la Police mohawk d'Akwesasne] applique la loi canadienne ou américaine sur un territoire dans lequel les gens rejettent la juridiction des États-Unis ou du Canada », estime l’animateur de radio mohawk traditionaliste John Kane.

Et puis, dans une communauté avec peu de débouchés économiques, l’industrie du cannabis est parfois synonyme d’emplois. La jeunesse s’insurge contre le statu quo, affirme Roger Jock Kanerahtiio.

« Les jeunes veulent travailler, être des pourvoyeurs, mais ils ne veulent plus vivre sous l’ombre du passé. [...] Ultimement, ils veulent surtout vivre en skén:nen, en paix », dit-il.

Entre-temps, son commerce, le Wild Flower, a déjà repris ses activités en dépit des deux descentes policières. Un autre dispensaire de cannabis, quelques mètres plus loin, a également été perquisitionné.

Craint-il une nouvelle descente? « Je n'ai pas peur », réplique-t-il.

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