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Ottawa veut réduire le nombre d'enfants autochtones placés en foyer d'accueil

Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Seamus O'Regan, en point de presse à Ottawa pour annoncer le projet de loi C-92 sur les services aux enfants autochtones le 28 février 2019.

Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Seamus O'Regan, en point de presse à Ottawa pour annoncer le projet de loi C-92 sur les services aux enfants autochtones.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Laurence Niosi

Le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Seamus O'Regan, a déposé jeudi un ambitieux projet de loi qui vise à céder le contrôle de la protection de l'enfance aux communautés autochtones et à réduire ainsi le nombre d'enfants placés en famille d'accueil.

« [Le projet] met au premier plan l'intérêt des enfants autochtones », a annoncé le ministre O’Regan en point de presse, à Ottawa.

Le projet de loi C-92, baptisé Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis, a été annoncé l’automne dernier par l’ex-ministre des Services aux Autochtones Jane Philpott, passée depuis à la présidence du Conseil du Trésor. Le projet devait être déposé en janvier, mais la date a été repoussée après le remaniement ministériel.

Le projet de loi prévoit le transfert de responsabilités et de la gestion de la protection de la jeunesse aux Autochtones. Actuellement, ce sont les provinces qui régissent le placement des enfants autochtones, un système mal ajusté à leurs besoins particuliers.

« Le projet de loi va changer la vie des gens », a affirmé Mme Philpott, également présente au point de presse. À l'automne, elle avait comparé les systèmes de protection de l’enfance, qui éloignent les enfants autochtones de leur famille depuis des décennies, au système de pensionnats autochtones.

Au Canada, les enfants autochtones représentent 7,7 % de la population d'enfants au pays, mais ils comptent pour 52 % des enfants placés en famille d’accueil.

Ce système de séparation des familles « se termine aujourd'hui », a pour sa part indiqué la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, à Ottawa.

La ministre a par ailleurs affirmé que le gouvernement allait privilégier une approche plus préventive, en accordant la priorité aux soins prénataux et à des programmes d'éducation et de soutien aux parents, notamment.

Mme Bennett était entourée en point de presse de Perry Bellegarde, chef de l'Assemblée des Premières Nations, de Clément Chartier, président du Conseil national des Métis, et de Natan Obed, président de l'organisme Inuit Tapiriit Kanatami.

Ces trois organisations nationales, avec qui le projet de loi a été élaboré, ont toutes salué l'initiative. « Il est grand temps que les Premières Nations assument le contrôle de la protection de l'enfance. Et c'est un premier pas », a affirmé le chef Bellegarde.

Peut faire mieux, dit Cindy Blackstock

Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill qui milite depuis des années pour les droits des enfants autochtones, estime que ce projet de loi peut encore être amélioré.

 Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Il faut, dit-elle, un financement adéquat pour céder le contrôle de la protection de l'enfance aux communautés. « Sans financement nécessaire pour que cette juridiction [par les Autochtones] devienne une réalité pour les enfants, ce sera problématique. La version actuelle ne reconnaît que des appels au financement » sans être contraignante, déplore la directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada.

Le gouvernement fédéral ne s'engage pas non plus dans son projet de loi à s'attaquer aux problèmes de logement, d'eau ou d'éducation dans les communautés autochtones, dit-elle. « Cela aura pour conséquence que plus d'enfants seront pris en charge », estime Mme Blackstock.

L'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) a pour sa part accueilli favorablement le projet de loi, qui « marque le début d'un vaste chantier », a estimé son chef Ghislain Picard.

M. Picard en a profité pour appeler le premier ministre François Legault à reconnaître la compétence des Premières Nations. « La première condition essentielle à la réussite de ce chantier sera la volonté politique de soutenir les Premières Nations dans la prise en charge de leurs enfants. La seconde condition sera l’engagement des provinces », a indiqué le chef de l'APNQL.

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