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Enfants autochtones : Ottawa blâmé pour une septième fois

 Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada

Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Le gouvernement fédéral est de nouveau coupable de discrimination basée sur la race envers les 165 000 enfants des Premières Nations, selon le Tribunal canadien des droits de la personne (TCDP).

Un texte d'Ismaël Houdassine

Dans un jugement rendu jeudi dernier, le TCDP somme le gouvernement de prendre enfin en considération les enfants autochtones ayant besoin de soins médicaux urgents. C’est la septième fois depuis 2016 que cette juridiction rappelle Ottawa à l’ordre, l’invitant à appliquer le « principe de Jordan ».

Nommé en mémoire de Jordan River Anderson, le principe de Jordan est une politique qui place l’intérêt et les besoins de l’enfant en priorité pour s’assurer que les enfants des Premières Nations peuvent accéder aux services gouvernementaux dans les mêmes conditions que les autres enfants du pays.

« C’est complètement fou. Dans un pays normal, cette affaire n’aurait jamais dû exister. Les tribunaux ne devraient pas demander à nos dirigeants de traiter correctement les enfants. Ils devraient le faire naturellement », lance en entrevue Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill et directrice générale de la Société de soutien à l'enfance et à la famille des Premières Nations du Canada.

Mme Blackstock se bat pour les droits des enfants autochtones depuis des décennies. En 2007, elle déposait une première plainte auprès du TCDP contre le gouvernement du Canada dénonçant la discrimination raciale à laquelle faisaient face les enfants autochtones.

Elle était loin de s’imaginer qu’un septième jugement viendrait rappeler Ottawa à ses devoirs.

« Je suis abasourdie et très déçue par la tournure des événements, déclare-t-elle au bout du fil. On s’attend toujours à ce que nos gouvernements agissent rapidement lorsqu'ils savent qu'ils font du mal aux enfants. Cela ne devrait pas prendre autant de temps pour qu'ils fassent ce qui doit être fait. »

« Si nous pouvons faire des choses amusantes comme la rénovation du Parlement et d'autres types de dépenses superflues à coups de millions, nous pouvons sûrement veiller à ce que chaque enfant de ce pays grandisse dans de bonnes conditions », poursuit-elle.

Pour la professeure, ce énième jugement est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « Cette discrimination est connue depuis au moins 112 ans. Les enfants n’ont qu’une enfance à vivre. Il faut donc que les Canadiens se joignent à nous pour dire que le moment est venu de traiter correctement nos petits. Pas dans un an ni six ans, mais maintenant », souligne-t-elle.

De nouvelles stratégies

Devant « l’inaction » du fédéral, Mme Blackstock brandit de nouvelles stratégies. Elle appelle les citoyens à faire pression sur leurs élus. Un des éléments clés consiste à convaincre les députés afin qu’ils poussent le gouvernement à se conformer aux jugements du tribunal, explique-t-elle. « Tout le monde peut d’ailleurs avoir accès aux documents juridiques de cette affaire émis au cours des 12 dernières années. »

Malheureusement, le gouvernement canadien continue faire la sourde oreille. Il va donc falloir que nous revenions devant le tribunal.

Cindy Blackstock, professeure à l'Université McGill

Mme Blackstock reconnaît toutefois quelques progrès, et ce, grâce aux tribunaux. « Les derniers jugements ont poussé le gouvernement fédéral à fournir plus de 210 000 services à des enfants. C'est donc une bonne nouvelle. Mais il reste encore trop d’enfants autochtones exclus. Ce n’est pas normal », dit-elle.

L'ancienne ministre fédérale des Services aux Autochtones, Jane Philpott, avait annoncé qu’elle déposerait le mois dernier un projet de loi qui prévoirait le transfert de responsabilités et de la gestion de la protection de la jeunesse aux Premières Nations. Une bonne chose, croit la professeure, même si le projet tarde à être déposé.

« Mais je suis curieuse de voir si la loi va réellement inclure le financement de ces différents modèles de protection de l’enfance. Les communautés autochtones auront besoin des ressources nécessaires pour que ce système devienne une réalité sur le terrain », conclut la Mme Blackstock.

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