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Pensionnats autochtones : le pape « n'a aucun respect pour les survivants »

Sept personnes sont assises à une table.

Evelyn Korkmaz (troisième à partir de la gauche) témoigne lors du sommet sur les agressions sexuelles tenu par le Vatican jusqu'à dimanche.

Photo :  Facebook / Evelyn Korkmaz

Radio-Canada

Une survivante d'un pensionnat autochtone s'est rendue à Rome cette semaine dans l'espoir de réclamer des excuses au pape François pour les violences sexuelles subies par les enfants aux mains de la communauté religieuse.

Avec des informations de Jorge Barrera, CBC News

Devant les nombreux scandales de pédophilie qui secouent l’Église catholique, le Vatican a convoqué ses plus hauts dirigeants à un sommet de quatre jours, dont l’objectif est de mieux protéger les mineurs contre les agressions sexuelles.

Des victimes de partout à travers le monde, dont la Canadienne Evelyn Korkmaz, ont été invitées à témoigner des violences qu’ils ont subies.

« Le pape doit venir au Canada et offrir ses excuses aux Autochtones canadiens », affirme la femme de 60 ans.

Mme Korkmaz a fréquenté le pensionnat St. Anne, à Fort Albany, en Ontario, de 1969 à 1972. L’institution, qui était dirigée par les Oblats de Marie l'Immaculée et les Soeurs grises, a fait l’objet d’une enquête de la Police provinciale de l’Ontario au cours des années 1990 en raison de centaines d'allégations de mauvais traitements, ce qui a mené à cinq inculpations.

Evelyn Korkmaz raconte notamment avoir été violée par plusieurs de ses camarades de classe à l’âge de 10 ans. Des garçons qui étaient eux-mêmes victimes d’agressions physiques et sexuelles de la part des sœurs, des prêtres et des employés de l’école, précise-t-elle.

Mme Korkmaz explique avoir été traitée par les sœurs pour ses blessures, mais que l’événement n’a jamais été signalé à la police. Plus encore, aucune mesure n’a été mise en place à l’école pour punir les coupables.

Avant que tout cela ne se produise, j’avais l’habitude de danser, de jouer à la marelle, de faire tout ce que les enfants sont censés faire à leur âge. Mais on m’a arraché mon enfance et je suis devenue une adulte en moins de 20 minutes.

Evelyn Korkmaz sur sa page Facebook

Manque de respect

Dans ses recommandations, la Commission de vérité et réconciliation appelle notamment le Vatican à présenter ses excuses aux survivants et aux familles des victimes de sévices subis dans les pensionnats. Une requête que le premier ministre Justin Trudeau a même personnellement portée au pape, l'an dernier, lors d'une visite officielle au Vatican.

Or, la Conférence des évêques catholiques du Canada a fait savoir que le pape estimait qu’il ne pouvait « répondre personnellement » à la demande de la Commission.

Une réponse que s’explique mal Evelyn Korkmaz, sachant que François s’est déjà excusé auprès d’autres pays, comme l’Irlande ou le Chili, pour les violences commises par les prêtres.

« Alors pourquoi pas le Canada? Les abus remontent aux années 1800 et on en sent toujours les effets aujourd’hui », dit Mme Korkmaz.

La femme était l’une des huit personnes choisies pour témoigner lors du sommet au nom du groupe Ending Clergy Abuse, une organisation internationale qui milite pour mettre fin aux violences perpétrées par le clergé, plus particulièrement les agressions sexuelles sur les mineurs.

Mme Korkmaz espérait avoir l’occasion de rencontrer le pape afin de lui faire savoir qu’il ne « gère pas cette épidémie d’abus comme il se doit » et de lui demander de s’excuser personnellement.

Le comité organisateur du sommet a rencontré les victimes qui ont témoigné mercredi, mais le pape argentin brillait par son absence, ce qui a déçu la plupart des participants, dont certains ont remis en question l’utilité de la démarche.

Une journée occupée et décevante. Le pape ne s'est pas montré au sommet qu'il a lui-même exigé. De toute évidence, il n'a aucun respect pour les survivants.

Evelyn Korkmaz sur sa page Facebook

Société