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Un projet minier en Guyane mis à mal par les Autochtones

Vue aérienne de la rivière Oiapoque qui forme la frontière entre le Brésil et la Guyane française.
Vue aérienne de la rivière Oiapoque qui forme la frontière entre le Brésil et la Guyane française. Photo: Reuters / Ueslei Marcelino
Radio-Canada

Les Autochtones de Guyane seraient-ils sur le point de faire tomber la plus grande mine d'or à ciel ouvert jamais construite en France? Détenu par le consortium russo-canadien Nordgold/Columbus Gold, le projet minier controversé de la Montagne d'or vacille en partie en raison de la mobilisation des Premières Nations.

La Guyane est un département français situé en Amérique du Sud, à la frontière brésilienne. Une zone riche en ressources en or, située dans l’ouest de ce territoire et comprise entre deux réserves biologiques, intéresse les promoteurs canadiens et russes (Columbus Gold et Nordgold).

D’ici 2023, le consortium prévoit d’ailleurs mettre en œuvre un chantier pharaonique planté en plein cœur de la forêt amazonienne avec l’intention d’exploiter et d'extraire environ 87 tonnes d’or sur 12 ans. Les bénéfices pourraient dépasser les 800 millions de dollars.

Mais le projet de 2,5 km de long ne fait pas l’unanimité. Le juge du Tribunal international des droits de la nature qui s’est tenue en marge de la COP23, à Bonn, en novembre 2017, a symboliquement condamné le projet guyanais en raison de hauts risques de pollution. En effet, pour l’extraction de l’or, l'entreprise devra utiliser 57 000 tonnes d’explosifs, 46 500 tonnes de cyanure et 195 millions de litres d’essence.

Un débat public mené à l'été 2018 a ensuite divisé le département. Il s’agissait alors d’autoriser ou non l’exploitation en pleine forêt primaire amazonienne, une catastrophe pour la vie animale et végétale, selon les associations écologiques.

Le président français Emmanuel Macron en visite à Maripasoula dans le cadre de son voyage en Guyane française le 26 octobre 2017. Le président français Emmanuel Macron en visite à Maripasoula dans le cadre de son voyage en Guyane française le 26 octobre 2017. Photo : Reuters / Alain Jocard

Les communautés autochtones ont été en première ligne de la contestation. Selon plusieurs avis, dont celui du Comité pour l'élimination de la discrimination raciale de l'ONU, l’entreprise aurifère menacerait directement les droits des populations autochtones.

Une lettre de six organisations autochtones

La grande majorité des représentants autochtones se sont d’ailleurs toujours opposés au chantier. Dans une lettre ouverte adressée en novembre dernier au président français, Emmanuel Macron, six organisations autochtones – qui représentent environ 15 000 Autochtones de Guyane – ont affirmé leur opposition au projet Montagne d'or. Ils se disent prêts à aller jusqu’à « l'affrontement » si le projet « ne recule pas ».

La naissance de ce projet entraînera une destruction massive de l’exceptionnelle biodiversité de la Guyane. De nombreux exemples de nos pays voisins rappellent les risques d’accidents majeurs qu’encourent de tels projets.

Fédération des organisations autochtones de Guyane

Soutenu dès le départ par le président français pour ses supposées retombées économiques (750 emplois directs et 3000 indirects, selon Pierre Paris, le dirigeant du consortium), le projet continue de soulever les critiques. Bien que la compagnie minière ait annoncé des « modifications d'ampleur » en ce qui concerne le respect des normes écologiques, cela n'a pas empêché le chef de l’État de prendre ses distances.

« On ne peut pas se permettre de lancer un projet qui serait destructeur de biodiversité, pas aux standards environnementaux et avec des créations d’emplois incertaines », a déclaré Emmanuel Macron le 31 janvier dernier.

Cette déclaration est arrivée quelques jours après la rupture du barrage d’un groupe minier brésilien à Brumadinho au Brésil ayant provoqué la mort de 166 personnes et des centaines de disparitions. Ce drame a remis à l’avant-plan les inquiétudes quant au projet Montagne d'or.

Le 7 février, à l’Assemblée nationale, le ministre français de la Transition écologique, François de Rugy, est revenu sur les risques de pollution du projet guyanais, en particulier en ce qui concerne l’utilisation du cyanure. Dans la foulée, le ministre a annoncé qu’il se rendra en Guyane dans les prochaines semaines.

« Les enjeux sont majeurs en termes de gestion des risques industriels, a confirmé le ministre dans les pages du journal Le Parisien. Deux retiennent particulièrement mon attention : le risque de drainage minier acide et le risque de rupture de digue d’un bassin de résidus. »

Le 11 février, le tribunal administratif de Cayenne a annulé l’autorisation donnée au consortium russo-canadien pour l’exploitation d’un autre projet industriel en Guyane.

Même si le jugement ne concerne pas le projet phare de Montagne d’or, les associations écologiques et les organisations autochtones se félicitent de cette première victoire puisque la justice considère qu’au sens du code de l’environnement, les travaux d’exploitation de la compagnie minière sont en fait « un seul et même projet ».

Dans une tribune publiée le 5 février dans le quotidien Libération, plusieurs personnalités, dont la porte-parole de la Jeunesse autochtone en Guyane, Amandine Galima, demandent aujourd'hui au ministre de la Transition écologique de renoncer une fois pour toutes au projet industriel Montagne d’or.

Avec les informations de Reuters, Libération, et Le Parisien

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