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Une veillée en hommage aux femmes autochtones disparues et assassinées à Montréal

Des manifestants se sont rassemblés à la station de métro Berri-UQAM à Montréal pour une veillée à la mémoire des milliers de femmes autochtones disparues et assassinées.

Des manifestants se sont rassemblés à la station de métro Berri-UQAM à Montréal pour une veillée à la mémoire des milliers de femmes autochtones disparues et assassinées.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

Radio-Canada

En pleine heure de pointe à l'intérieur de la station Berri-Uqam, à Montréal, des dizaines de personnes se sont rassemblées jeudi après-midi, munies de banderoles et d'affiches, pour une veillée à la mémoire des milliers de femmes autochtones disparues et assassinées.

par Ismaël Houdassine

Brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire des phrases comme « En cette Saint-Valentin, trop de familles autochtones ont perdu leurs proches », les manifestants se sont d’abord réunis au centre-ville de Montréal avant de se rendre en métro au collège Dawson, le point de rendez-vous pour une mobilisation à la mémoire des milliers de femmes autochtones disparues et assassinées.

Organisé par le Centre de lutte contre l’oppression des genres en collaboration avec le projet Iskweu du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, l’évènement – ayant pour thème « l’amour en action » – en est à sa 10e édition. De Vancouver à Ottawa, en passant par Toronto et Winnipeg, plusieurs veillées du même type ont d’ailleurs eu lieu aujourd’hui un peu partout au pays.

« Si nous nous réunissions ce soir, c’est pour rendre hommage à toutes ces personnes qui ne sont plus parmi nous », a déclaré Dayna Danger, du Centre de lutte contre l’oppression des genres.

Malgré la mise en place d’une enquête nationale, il reste encore beaucoup à faire.

Dayna Danger, du Centre de lutte contre l’oppression des genres

Racisme systémique

Pour Mme Danger, il faut des moyens concrets afin de s'attaquer une fois pour toutes aux causes systémiques de la violence à l'égard des femmes autochtones. « La création d’une enquête nationale n’a pas arrêté les difficultés que traversent les Autochtones au pays, notamment en matière d’accès à la justice », a-t-elle plaidé.

Un avis partagé par Jessica Quijano, coordinatrice au projet Iskweu du Foyer pour femmes autochtones de Montréal. Elle n’hésite pas à pointer le racisme systémique dont souffrent trop souvent les Autochtones.

« Je travaille beaucoup avec des agents de la police sur des cas de disparition, et parfois, certains d’entre eux ont des stéréotypes sur les membres des Premières Nations. Ils ne font pas nécessairement des enquêtes parce que les disparitions touchent des femmes autochtones en situation d’itinérance et de pauvreté extrême. »

Si l’on se fie aux statistiques, les femmes issues des Premières Nations courent trois fois plus de risques d’être victimes d’agressions sexuelles. Depuis l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau en 2015, plus de 120 femmes autochtones ont été portées disparues ou assassinées. En attendant, l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) devrait soumettre son rapport final en fin avril.

« Il faut que les gens sachent ce que les Autochtones sont en train de vivre, lance Sedalia Kawennotas Fazio, une aînée de la nation mohawk originaire de Kahnawake. Rien que dans ma communauté, nous n’avons toujours pas retrouvé les assassins qui ont tué nos sœurs disparues. »

Portrait de Sedalia Kawennotas Fazio, une ainée de la nation mohawk originaire de Kahnawake.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Portrait de Sedalia Kawennotas Fazio, une ainée de la nation mohawk originaire de Kahnawake.

Photo : Radio-Canada / Ismaël Houdassine

À 62 ans, Mme Fazio, mère de famille et deux fois grand-mère, lance un cri du cœur. « J’ai peur pour mes enfants. Même si mes filles sont dans la quarantaine, lorsqu’elles sortent en ville, je ne m’endors pas tant qu’elles ne sont pas rentrées chez elles. Je leur demande toujours de m’appeler lorsqu’elles sont de retour à la maison. »

Nous devons trouver les assassins. Nous devons protéger nos enfants. Tous les jours, nous perdons nos proches et ce n’est pas normal.

Sedalia Kawennotas Fazio, aînée de la nation mohawk originaire de Kahnawake

Elle est également convaincue que si un jour il arrivait quelque chose de grave à ses filles, rien ne serait vraiment fait pour les retrouver. « Elles seront ajoutées à la longue liste des femmes autochtones disparues », a-t-elle dit, les larmes aux yeux.

Selon Mme Fazio, il n’y aura pas de réconciliation tant que les pouvoirs publics ne feront rien pour empêcher les disparitions de toutes les femmes autochtones.

« Au lieu de nous convier à des commémorations ou de nous donner de l’argent pour ériger des monuments ou planter des arbres, ce dont nous avons besoin, c’est de retrouver les disparues », a-t-elle conclu.

Grand Montréal

Autochtones