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L’art autochtone s’approprie Joliette

Une grande fresque est peinte sur les portes d'entrée du hall du musée d'art de Joliette. Elle montre deux femmes qui regardent vers le haut. Là un arbre est déssiné.
L'exposition De Tabac et de foin d'odeur plonge les visiteurs dans l'ambiance dès l'arrivée au musée avec l'illustration de Christine Sioui Wawanoloath. Photo: Radio-Canada / Yessica Chavez
Yessica Chavez

Avec son exposition De Tabac et de foin d'odeur, le commissaire Guy Sioui Durand veut créer une occasion pour les Autochtones et les non-Autochtones de « renouveler leurs relations ». L'artiste wendat s'approprie des espaces inhabituels du musée d'art de Joliette et de la ville pour promouvoir l'art contemporain et traditionnel des diverses communautés autochtones québécoises.

L’exposition est visible avant même de se rendre au musée. Une douzaine d’oeuvres de femmes autochtones sont affichées sur des panneaux publicitaires dans la ville.

Ces oeuvres font partie du projet Resilience qui consistait à exposer le travail d’une cinquantaine de femmes autochtones d’un peu partout au pays. Le projet s’est promené d’un bout à l’autre du Canada pendant un mois, l’été dernier. Le commissaire en a sélectionné une partie qu’il a intégrée à son exposition.

De plus, une des vitrines extérieures du musée est complètement transformée avec l’oeuvre d’Eruoma Awashish. L’immense fresque attire l’oeil des passants avec son fond d’un rose éclatant aux motifs de couleurs vives. Une illustration que l’artiste atikamekw dédie à sa fille.

« Dans tout ce blanc de l’hiver, j’avais envie de mettre de la couleur [...]. On nous voit de plus en plus. On se manifeste sur ce territoire. L’œuvre que je fais ici, c’est ma fille qui m’inspire. Elle représente la culture, elle représente aussi la nouvelle génération », explique l’artiste.

L'artiste atikamekw Eruoma Awashish finissait l'oeuvre en honneur de sa fille. Celle-ci montre un éclair turquoise sur un fond rose ainsi qu'un coeur. L'artiste atikamekw Eruoma Awashish finissait l'oeuvre inspirée par sa fille. La fresque est visible de l'extérieur du musée. Elle montre un éclair turquoise sur un fond rose, ainsi qu'un coeur. Photo : Radio-Canada / Yessica Chavez

« Même au vernissage, on va sentir que c’est invasif, mais pas dans le sens négatif, plutôt dans le sens positif. Les allocutions vont commencer par un chant d’une aînée. C’est quelque chose qu’on ne fait jamais et c’est quelque chose que j’aime beaucoup, de pouvoir transformer un peu tout », s’enorgueillit le directeur général et conservateur en chef musée d’art de Joliette, Jean-François Bélisle.

Espace de partage

Avec cette exposition, tant les artistes que le commissaire souhaitent créer un espace de partage et de dialogue. « Renouveler nos relations, c’est majeur, c’est important », clame Guy Sioui Durand.

Cet aspect est primordial pour les artistes qui exposent leurs oeuvres. Ils espèrent qu’à travers leur art, ils inciteront le grand public à aller à la rencontre des communautés autochtones québécoises.

On a un gros travail à faire pour créer des espaces de dialogue, des espaces où les gens peuvent se rencontrer et se connaître davantage. Je trouve que l’art, ça devient un bel espace pour créer ces relations-là

Eruoma Awashish, artiste atikamekw.

« Ça permet de mieux se connaître et ça contre carrément le racisme. C’est parce qu’on ne se connaît pas qu’on juge l’autre, mais dès qu’on commence à se connaître, nos préjugés tombent », croit également Sonia Robertson, une autre artiste exposante.

L’importance du territoire

Dès leur arrivée au musée, les visiteurs seront plongés dans l’univers de l’exposition. Une grande illustration de Christine Sioui Wawanoloath habille les portes d’entrée du hall du musée. À l’intérieur, une grappe de tabac et trois tambours pendent du plafond.

C’est ainsi que De Tabac et de foin d’odeur s’approprie les six directions de l’espace, c’est-à-dire les quatre points cardinaux, ainsi que le ciel et la terre. Guy Sioui Durand tenait à souligner l’importance du territoire pour les Premières Nations.

Tout le territoire qu’on appelle le Québec est aussi le territoire des Premières Nations. Il faut rappeler cette superposition-là

Guy Sioui Durand, commissaire de l'exposition De tabac et de foin d'odeur

Sonia Robertson partage cet avis : « je trouve que l’art est un bon moyen de ramener ça dans la conscience des gens. [...] On partage un territoire et [il faut] se souvenir de ça, retourner vers l’eau, se parler, se rencontrer. », plaide l’artiste de Mashteuiatsh.

Son oeuvre aérienne ressort dans la salle d’exposition. Le sang de la Terre-Mère est une structure symbolisant une rivière qui se termine dans un rond de sable, où sont déposés des mots comme « force », « courage » ou « énergie ». Elle a été créée en collaboration avec les femmes du centre d’amitié autochtone.

« L’eau et la terre sont vraiment liées aux femmes. C’est les femmes qui sont les gardiennes de l’eau. Je veux que les gens puissent ressentir la beauté et la fragilité de l’eau et l’importance de la garder le plus pure possible et de la respecter », explique Sonia Roberston.

Par ailleurs, ce lien de l’eau avec les femmes et la terre revient à plusieurs reprises dans l’exposition. Il s’agit d’un thème qui s’est imposé par lui-même, selon le commissaire.

« J’ai été étonné moi-même. Ça [montre] toute la puissance des rivières, des cours d’eau. [...] Ce qui est fabuleux, c’est que ce lien, c’est un des éléments qui ressort dans l’exposition sans que ce soit délibéré », raconte Guy Sioui Durand.

Une des oeuvres de Caroline Monnet, intitulée Hydro, montre aussi cette relation des femmes avec l'eau. Cette oeuvre multisensorielle, produite en collaboration avec Ludovic Boney, cherche à rappeler les conséquences de la création des barrages hydroélectriques sur les populations autochtones.

Une grappe d'ampoules électriques pendent de plusieurs fils. Elles se reflètent dans des tuiles noirs placées au sol. L'installation multimédia change d'intensité en fonction des paroles qu'on peut y entendre. Elle cherche à montrer les dessous de la production d'électricité et son rapport avec l'eau au Québec, Photo : Office national du film du Canada 2016

Identité

L’exposition De tabac et de foin d’odeur représente aussi une occasion pour les Autochtones de mettre de l’avant leur identité. « C’est positif, on affirme qui nous sommes, on sort de la victimisation », assure le commissaire.

Ce désir d’exposer fièrement leur culture résonne très fort chez les artistes.

« La génération de nos parents qui ont été dans des pensionnats, eux, ils ont dénoncé ça. Nous, on est dans une autre étape de ce cheminement-là, on est dans l’étape d’affirmation, de guérison [...]. Je veux briser ça. Ma fille, je veux qu’elle connaisse son histoire, mais je ne veux pas qu’elle porte cette souffrance-là qui ne lui appartient plus. On sent ça partout à travers le monde, Les Autochtones veulent s’émanciper de [leurs] blessures », soutient Eruoma Awashish.

Cette identité autochtone sera promue jusqu'à la toute dernière minute de l'exposition. Celle-ci se terminera avec un « finissage » où encore une fois le public aura droit à des performances inhabituelles dans un musée. Cérémonies traditionnelles et performances sont au menu.

L'exposition est présentée du 2 février au 5 mai 2019.

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