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Ghislain Picard n’en est pas à son dernier sprint 

Ghislain Picard s'adressant à l'Assemblée des Premières Nations à Winnipeg en décembre 2014.

Ghislain Picard s'adressant à l'Assemblée des Premières Nations à Winnipeg en décembre 2014.

Photo : The Canadian Press / Trevor Hagan

Radio-Canada

Après neuf mandats à la tête de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), le chef sortant Ghislain Picard ne voit pas pourquoi il devrait passer à autre chose. Il se dit toujours passionné par le rôle qu'il occupe depuis 27 ans à la tête de cette instance. Aujourd'hui, Radio-Canada présente le premier des deux candidats à la direction de la plus importante organisation politique autochtone de la province.

Un texte de Anne-Marie Yvon

S’il a réduit la cadence depuis les deux, trois dernières années, Ghislain Picard n’arrête pas de courir pour autant. Chaque jour, il prend le temps de garder la forme. Quand il ne fait pas son jogging, il s’entraîne au gym ou il part en randonnée.

« C’est une discipline à avoir », dit le chef en expliquant qu’il va ainsi chercher un équilibre qu’il n’aurait pas autrement.

Il est particulièrement fier des neuf demi-marathons qu’il a effectués en huit ans, dont celui de Seattle sur la côte ouest, en 2014, dont il garde un très bon souvenir.

« Je suis, de nature, très exigeant envers moi-même et j’ai tendance à imposer ce principe à la responsabilité que j’exerce dans tout. L’importance de nos enjeux le demande, selon moi », souligne Ghislain Picard, qui sillonne le Québec toutes les semaines, et le pays très souvent, pour faire entendre la voix des Autochtones.

Depuis 1992, le chef Picard a su rallier les positions des 43 communautés des dix nations qu’il représente. Il explique qu’au fil du temps, ses responsabilités se sont aussi transformées. Il fait maintenant beaucoup plus de relations publiques, un aspect de son travail qu’il considère comme extrêmement important. « Ce qu’on porte avec nous, c’est non seulement l’emblème de l’APNQL, mais aussi les communautés derrière [cet emblème]. »

Dès le moment où on ouvre les yeux le matin, on a cette responsabilité-là jusqu’au moment où on va se coucher le soir.

Ghislain Picard

Si l’APNQL a acquis une certaine notoriété et est devenue une référence pour plusieurs, le chef Picard dit jouer encore et toujours un rôle « hautement politique » qu’il explique ainsi : « Les seules entités qui sont légitimes de se donner le nom de gouvernement, ce sont les nations, pas l’APNQL, mais on peut être un intermédiaire. Et on fait valoir ce qui anime les nations. »

La naissance d’un homme d’action...

Discuter, échanger, expliquer, Ghislain Picard sait faire. Cet Innu de la communauté de Pessamit, située à une cinquantaine de kilomètres au sud de Baie-Comeau, est un communicateur aguerri.

Sa formation postsecondaire au Collège Manitou, dans les Laurentides, l’un des premiers établissements canadiens du genre destinés aux étudiants autochtones, a causé, dit-il, un réveil en lui par rapport à une réalité qu’il limitait à sa communauté, sa nation, « çà m’a ouvert les yeux sur l’étendue de cette réalité qui est encore méconnue aujourd’hui par beaucoup. »

Mais ce qui l’a surtout animé, dit-il, « c’est qu’en dépit de ce que l’on pouvait considérer comme étant une réalité un peu grise, sombre, négative dans certains cas, j’ai réussi à avoir cette volonté de s’affirmer, même dans ces années-là. »

Il se rappelle sa première manifestation à vie, dans les rues de Montréal, en 1975, dont il garde un souvenir mémorable. L’escouade antiémeute à ses trousses, il s’était réfugié au Centre d’amitié autochtone, alors situé rue Bishop.

Le Collège Manitou, ce fut tout cela pour lui, mais aussi un lieu formateur qui lui a permis d’apprendre l’anglais. « Je trouve çà très, très handicapant de ne pas pouvoir parler à une personne alors qu’on a plein de questions à poser. »

... Et d'un homme de paroles

Outre sa maîtrise du français et de l’anglais, il décline sa langue maternelle, l’innu, en plusieurs dialectes. « Dans mes années en communication, j’ai beaucoup voyagé dans les communautés, j’ai toujours cherché à m’adapter à l’innu de la communauté que je visite, plutôt que le contraire. »

Il devient entre autres l’un des fondateurs de la Société de communication Atikamekw-Montagnais (SOCAM), qui regroupe un réseau de radiodiffusion composé de 14 stations indépendantes desservant les trois communautés atikamekw et les 11 communautés innues depuis 35 ans.

Il sera aussi responsable des communications et des relations avec les médias pour le Conseil Atikamekw Montagnais (CAM), avant d’en devenir le vice-président.

Et puis, à 37 ans, il est élu chef de l’APNQL. Après six élections sans opposition et trois avec des adversaires, il livre bataille une nouvelle fois. Mais alors quand passera-t-il à autre chose?

Il y a quelques années, une femme innue, faisant référence aux décennies de lutte sur le plan politique, lui faisait la réflexion suivante : « Ghislain, quand est-ce qu’on décide qu’on est finalement arrivé à destination? 

Cette dernière faisait allusion à l'autonomie gouvernementale, une aspiration partagée par les nations autochtones. Or, sur le plan de l'engagement personnel, Ghislain Picard, lui, n’est pas encore arrivé à « sa » destination.

Les priorités du chef sortant :

  • Permettre à l'APNQL de continuer à occuper l’espace public;
  • Mettre les Autochtones sur la « map », en faisant valoir des évènements culturels tels KWE! À la rencontre des peuples autochtones;
  • Inciter les municipalités, outre les villes de Val-d’Or et Montréal, qui l’ont déjà fait, à adopter la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones;
  • S’attaquer à la question des territoires, des questions politiques plus sensibles, précise-t-il, « mais si on ne se donne pas le forum pour en parler, on va toujours rester sur nos gardes. »

Mardi, Radio-Canada présentera le deuxième candidat à la direction de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Gilbert Dominique.

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