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Une imposante oeuvre d'art autochtone à l'entrée de Montréal

Les sculptures réalisées par l'artiste algonquine Nadia Myre orneront la nouvelle entrée de la ville par l'autoroute Bonaventure.

Les sculptures réalisées par l'artiste algonquine Nadia Myre orneront la nouvelle entrée de la ville par l'autoroute Bonaventure.

Photo : Ville de Montréal

Laurence Niosi

Il s'agit de la plus importante oeuvre d'art public autochtone à Montréal depuis 50 ans. Un imposant ensemble de sculptures réalisé par l'artiste algonquine Nadia Myre ornera, à partir de l'automne prochain, la nouvelle entrée de la ville par l'autoroute Bonaventure.

L’artiste recevra un million de dollars pour fabriquer et installer l’oeuvre intitulée Dans l’attente…| While waiting, qui se base sur une reproduction de la Grande Paix de Montréal. Signé en 1701 entre le gouverneur de la Nouvelle-France et 39 nations autochtones, le traité met un terme à près d’un siècle de guerres intermittentes.

C’est l’artiste qui a choisi le sujet. « Il n’y a vraiment pas beaucoup d’art public autochtone, alors de parler d’un événement historique comme de la Grande Paix de Montréal, je trouvais cela intéressant », affirme l’artiste jointe au téléphone.

L’ensemble de sculptures de bronze, qui se déploie sur une vingtaine de mètres, sera installé dans le parc au centre du nouveau boulevard urbain Bonaventure, non loin de l’oeuvre du sculpteur catalan Jaume Plensa en forme d’humain, Source. C’est d’ailleurs à proximité de ce site que les nations autochtones ont établi leur campement pour négocier le traité il y a plus de 300 ans.

Nadia Myre s’inspire pour ses sculptures des animaux totems des différents clans. « Les chefs ont signé le traité à travers leur totem, souvent représenté en forme d’animaux, des tortues, des ours, les rats musqués », explique la lauréate du prix Sobey 2014, qui travaille et vit à Montréal.

L’artiste algonquine, dont les oeuvres ont été exposées récemment au Musée des beaux-arts de Montréal et ailleurs dans le monde, a été choisie parmi une trentaine de candidatures au terme d’un concours pancanadien tenu par le Bureau d’art public.

L'artiste algonquine Nadia Myre

L'artiste algonquine Nadia Myre

Photo : La Presse canadienne / Leif Norman

L’organisme responsable de la gestion de la collection municipale d’art public avait d’ailleurs une volonté affichée de sélectionner un artiste autochtone pour réaliser cette oeuvre, affirme Michèle Picard, chef de division au Service de la culture de la Ville. Parmi les quatre finalistes, deux étaient Autochtones.

Montréal veut faire rayonner l'art autochtone

Mis à part quelques murales, dont une récente de la cinéaste Alanis Obomsawin réalisée par l’artiste atikamekw Meky Ottawa, Montréal compte très peu d’art public autochtone.

La Ville reconnaît cette faiblesse et compte y remédier. « On s’est rendu compte au fil des ans que peu d’artistes autochtones soumissionnaient dans nos concours. Dans les prochaines années, on veut améliorer nos pratiques et nos modes de diffusion envers les artistes autochtones », explique Mme Picard.

En guise de piste de solution, la Ville évoque par exemple l’idée d’aller rejoindre directement les artistes dans les communautés autochtones. En somme, « tout un travail de réflexion est amorcé » en collaboration avec le Conseil des arts de Montréal (CAM) et la commissaire aux relations autochtones Marie-Ève Bordeleau, indique Michèle Picard.

La sélection de l’oeuvre de Nadia Myre fait plaisir au professeur en histoire de l’art de l’UQAM Jean-Philippe Uzel, qui se réjouit de cette « excellente nouvelle ». « Il y a clairement une prise de conscience » de la Ville, estime le professeur, qui a souvent déploré le « vide criant » d’oeuvres pérennes d’art public autochtone à Montréal.

Dans une étude sur l’art autochtone commandée par le CAM l’année dernière, le professeur y avait d’ailleurs recensé les oeuvres autochtones parmi les 315 oeuvres d’art public de la métropole. Constat : seule une oeuvre majeure avait été réalisée par des Autochtones professionnels, soit le totem Kwakiutl de Henry et Tony Hunt, père et fils, une oeuvre sur l’île Notre-Dame qui date de… 1967.

Le paysage artistique urbain à Montréal est donc appelé à changer dans les prochaines années. Une autre sculpture de Nadia Myre – une collaboration avec le collectif la Société des archives affectives – doit par ailleurs être inaugurée sur le mont Royal au courant de l’année.

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