•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Children of God, une première comédie musicale sur les pensionnats autochtones

Les actrices Cheyenne Scott et Trish Lindström dans la comédie musicale « Children of God ».
Les actrices Cheyenne Scott et Trish Lindström dans la comédie musicale « Children of God » Photo: Emily Cooper

Avec la comédie musicale Children of God, Corey Payette revient sur un épisode sombre de l'histoire contemporaine canadienne. En se penchant sur la douleur d'une famille oji-crie, dont on retire les enfants pour les transférer dans un pensionnat autochtone du nord de l'Ontario, le dramaturge frappe fort.

par Ismaël Houssadine

Une comédie musicale pour aborder un drame aussi cruel et honteux. Le mélange n’est pas du tout contradictoire pour Corey Payette qui signe ici sa troisième comédie musicale en carrière. Le genre est d'ailleurs selon lui le meilleur moyen de connecter entre eux des êtres humains aux parcours et sensibilités diversifiés.

« Chez les Autochtones, on ne peut pas partager une histoire sans qu’il y ait de la musique et de la danse, raconte-t-il en entrevue téléphonique. La comédie musicale combine tout cela à la fois. »

Des pièces de théâtre ont déjà abordé le drame des pensionnats autochtones, mais aucune encore en version comédie musicale. « Je crois que c’est une première », lance Corey Payette. Le metteur en scène la décrit avant tout comme une imbrication idéale entre le fond et la forme, plutôt que comme un simple nouveau phénomène.

« Les victimes des pensionnats autochtones ont été arrachées à leur communauté et ne pouvaient pas parler la langue de leurs ancêtres. Ils ne pouvaient plus être eux-mêmes. L’œuvre cathartique donne l'occasion à des personnages d’avoir accès à une identité à travers la musique et les chansons, dont certaines sont interprétées en langue ojibwé. »

Mon métier est d’écrire des comédies musicales. Toutefois, j’ai l’intime conviction que la chanson et la musique peuvent être de bons outils de guérison. Elles peuvent nous emmener dans des endroits plus profonds.

Corey Payette

Corey Payette a opté pour un récit imaginaire étalé sur plusieurs années, allant de 1950 au tournant des années 1970. On suit Tom, un jeune homme de 13 ans issu de la nation Oji-Crie. Il est envoyé avec sa jeune sœur dans un pensionnat, au grand dam de sa mère Rita, elle-même une survivante d’un pensionnat.

« L’œuvre n’a pas la prétention de résumer le système entier des pensionnats autochtones, affirme-t-il. Chaque personne y a vécu une expérience différente. De mon côté, j’aborde l’histoire personnelle d’une famille pour mieux en révéler les impacts durables. »

Corey Payette, originaire de la nation Oji-Crie, a passé son enfance dans le nord de l’Ontario à une époque où l’histoire des pensionnats autochtones n’était même pas enseignée dans les écoles.

« On n'en parlait pas, dit-il. C’était partout le silence complet; alors, quand les récits des survivants ont commencé à sortir de l’ombre, je me suis senti frustré et en colère. »

Dillan Chiblow, Aaron M Wells, Michelle Bardach et Kaitlyn Yott dans la comédie musicale Children of God.Dillan Chiblow, Aaron M Wells, Michelle Bardach et Kaitlyn Yott dans la comédie musicale « Children of God » Photo : David Cooper

Il lui aura fallu sept ans de travail pour monter la pièce. Le jeune homme de 32 ans, installé à Vancouver, a pris le temps d’entreprendre des recherches et d’aller rencontrer plusieurs survivants et leurs familles, pour la plupart vivant dans les zones rurales de la Colombie-Britannique.

« J’ai entendu des choses horribles, raconte-t-il. Mais alors que je m'attendais à ce que les survivants et leurs proches expriment leur colère, beaucoup parlaient de pardon et de guérison. Ils voulaient que leurs témoignages soient des appels au rapprochement et à la reconstruction. »

Lui-même voit d’ailleurs sa production comme un véritable geste de réconciliation. Cette pièce n’aurait pas été possible il y a seulement 20 ans, fait-il remarquer. Le fait qu’aujourd’hui on puisse en parler est déjà un grand pas.

« Je pense qu’il est dorénavant essentiel de s’engager dans le processus de réconciliation au quotidien afin de bien faire comprendre aux citoyens de ce pays ce qui s’est passé », dit-il.

La troupe de la comédie musicale Children of God.La troupe de la comédie musicale « Children of God » Photo : Emily Cooper

Après une tournée en Colombie-Britannique, Children of God fait enfin escale à Montréal au Centre Segal à partir du 20 janvier prochain. Cette production, créée en collaboration avec le Théâtre anglais du Centre national des Arts, met en vedette une distribution majoritairement composée de comédiens autochtones tels Michelle Bardach, Dillan Chiblow, Cheyenne Scott ou Aaron M. Wells.

« Il y a parmi la distribution des personnes qui ont des liens directs avec les pensionnats autochtones. On voit bien que la tragédie n’est pas loin dans notre passé. Et puis, en tant que membre des Premières Nations, c’est pour moi très stimulant de voir des acteurs et actrices autochtones sur scène. Je crois que les histoires sont plus puissantes quand elles sont ancrées dans l’expérience vécue. »

La pièce inclut aussi des non-Autochtones. Ce qui est extraordinaire dans mon travail, c’est d’avoir l’occasion de mettre en scène des rôles diversifiés et inclusifs. Le résultat est toujours meilleur.

Corey Payette

Artiste multidisciplinaire, Corey Payette n’agit pas seulement en tant que metteur en scène. Il signe également la musique, le livret et les paroles. Une production tout en contrôle, dont les inspirations lui sont venues naturellement, au fur et à mesure des rencontres.

« J’ai travaillé en très forte collaboration avec des survivants, les aînées et leurs enfants. Je n’avais pas le choix d’être aussi impliqué, car je ne pouvais pas laisser quelqu’un d’autre écrire cette histoire. Je pense que cela fait partie de ma pratique que d'aller au-delà d'un seul médium, car au fond, je vois mon métier comme celui d’un conteur », conclut-il.

Children of God est présenté au Centre Segal du 20 janvier au 10 février.

Autochtones

Arts