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L’acte de création doit être un acte libre, clame Chloé Sainte-Marie

Chloé Sainte-Marie

Chloé Sainte-Marie

Photo : Pierre Dury

Radio-Canada

En pleine époque secouée par le débat sur l'appropriation culturelle, la chanteuse et actrice Chloé Sainte-Marie a transmis jeudi une lettre ouverte intime dans laquelle elle livre un véritable cri du cœur pour la liberté de création.

Un texte d'Ismaël Houdassine

Chloé Sainte-Marie avoue d’emblée, en entrevue téléphonique, ne pas avoir vu la pièce Kanata du dramaturge Robert Lepage, fortement critiquée pour ne pas avoir mis en scène des artistes autochtones.

« L’œuvre de Lepage est controversée parce qu’on associe à l’appropriation culturelle une sorte de délit », explique Chloé Sainte-Marie.

Je comprends les blessures. Il faut être prudent, car c’est vrai qu’il y a des blessures. Il reste que créer une œuvre c’est de l’ordre de l’imaginaire. Il faut faire la nuance entre un documentaire sur les Autochtones et un film de fiction. Il ne faut pas tout mettre dans le même panier.

Chloé Sainte-Marie

Il y a dans l’appropriation une réalité inhérente à la création artistique, suggère-t-elle. « Quand on fait un spectacle, un film, une pièce de théâtre ou une chanson, il y a de la place à la liberté. Même si l’acte créateur est un acte égoïste, la création doit demeurer libre. »

L’artiste prend en exemple son parcours personnel fait d’« appropriation constante », mais toujours en collaboration avec des membres des Premières Nations, précise-t-elle.

À ce titre, Chloé Sainte-Marie revient sur sa rencontre avec la poète innue Joséphine Bacon, surnommée « Bibitte ». Elle n’aurait d’ailleurs jamais accepté de chanter en langue innue sans son invitation.

« Bibitte est venue me chercher pour m’expliquer qu’elle voulait que je chante dans la langue de ses ancêtres. Je lui ai répondu que je ne parlais pas l’innu, que je ne pouvais pas la chanter. Elle m’a alors dit qu’elle allait me l’enseigner. »

Plus tard, Chloé Sainte-Marie se souvient de lui avoir demandé pourquoi elle avait tant voulu qu’elle apprenne l’innu. Parce qu’elle voulait que sa langue voyage, lui avait rétorqué Joséphine Bacon.

« Toutes les possibilités du langage ou d’un poème résident dans le fait d’être entendu ou vu pour rejoindre le plus de monde possible », dit Chloé Sainte-Marie.

Selon l'artiste, cet échange a été l’occasion de retrouver un certain héritage autochtone. À l'école primaire, elle regrette qu'on ne lui ait jamais appris une langue issue des Premières Nations.

« J’ai été victime du mépris que les Blancs avaient envers les peuples autochtones. Les membres de la communauté innue m’ont offert la possibilité de chanter dans leur langue », conclut-elle.

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