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Manifestations antigazoduc : il faut éviter une crise d'Oka, prévient le chef Simon

Plan rapproché de M. Simon.

Serge Simon, grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, en novembre 2016.

Photo : La Presse canadienne / John Woods

Laurence Niosi

Le grand chef Serge Otsi Simon de la communauté mohawk de Kanesatake, près de Montréal, est inquiet des arrestations de manifestants autochtones antigazoduc en Colombie-Britannique. Une situation qui, dit-il, est non sans rappeler la crise d'Oka, qui a profondément marqué les relations entre Autochtones et non-Autochtones au Québec comme ailleurs au pays.

« Je viens de la région d'Oka. Il n’y a personne qui comprend plus que moi comment une situation comme celle-ci peut dégénérer. On l’a vu en 1990 quand le manque de respect, de dialogue, s’est produit, ça amène à ce genre de choses », affirme le grand chef de Kanesatake en entrevue à Espaces autochtones.

En 1990, l’armée canadienne était intervenue pour mettre fin à un litige territorial entre Oka et les Mohawks de Kanesatake, qui s’opposaient à l’agrandissement d’un golf sur des terrains ancestraux. La crise – qui s’est soldée par un mort – a eu des répercussions partout au pays et a laissé des cicatrices très profondes de part et d’autre.

Plusieurs ont fait le parallèle avec cette crise quand, cette semaine, la GRC a arrêté 14 membres la Première Nation Wet'suwet'en, dans le nord de la Colombie-Britannique. Ceux-ci protestaient contre le projet de pipeline Coastal GasLink de TransCanada sur leur terre. Le corps policier est intervenu afin de faire respecter une injonction de la Cour suprême de la province pour permettre à TransCanada de commencer les travaux de construction du gazoduc.

« Je trouve que la GRC est allée trop loin », s’indigne le grand chef Simon, estimant que les autorités doivent empêcher que la situation ne devienne « incontrôlable ». « Il aurait pu y avoir des blessures, un mort ou deux, on ne sait pas jusqu’où ça aurait pu aller », ajoute-t-il.

Les manifestants en Colombie-Britannique soutiennent que l'entreprise n’a pas obtenu le consentement des chefs héréditaires de la Nation Wet’suwet’en pour lancer le projet. De son côté, TransCanada affirme avoir signé des ententes avec toutes les communautés autochtones le long du tracé du pipeline.

« C’est une question interne, et le gouvernement fédéral ne doit pas s’en mêler », a estimé le grand chef, lui-même contesté par les traditionalistes mohawks qui ne reconnaissent pas l’autorité fédérale ni celle du conseil de bande. Une « extension » du gouvernement, selon eux.

Le grand chef Simon rappelle par ailleurs que la Première Nation Wet’suwet’en a le pouvoir d’autoriser ou non l’accès à son territoire, n’ayant jamais signé de traité cédant ces terres au gouvernement du Canada.

Méfiance à l'égard d'Ottawa

Farouche opposant aux pipelines, le grand chef Simon avait signé en 2016, avec d’autres Premières Nations du Canada et des États-Unis, un traité pour faire front commun contre l’exploitation des sables bitumineux. Depuis, il a notamment dénoncé publiquement l'expansion du pipeline de sables bitumineux Trans Mountain de Kinder Morgan.

Le projet Coastal GasLink prévoit transporter du gaz naturel liquéfié – et non pas du pétrole – de Dawson Creek, jusqu'au terminal de LNG Canada à Kitimat, sur la côte de la province. Serge Otsi Simon reconnaît qu'il s'agit « d'un tout autre enjeu » sur lequel il ne veut pas se prononcer, mais condamne néanmoins l'ingérence du gouvernement.

« Le premier ministre Trudeau nous a fait des promesses, notamment celle d’implanter la Déclaration des Nations unies [sur les droits des peuples autochtones]. On a toutes sortes de raisons de se méfier de ce que fait le gouvernement fédéral en ce moment », souligne le grand chef.

Le premier ministre s’est pour la première fois prononcé sur les arrestations des manifestants mercredi, à la radio de CBC, reconnaissant qu’il ne s’agissait pas d’un dénouement « idéal ». M. Trudeau a soutenu qu'il était important de « laisser les gens exprimer leurs préoccupations », mais il a rappelé du même souffle que le Canada est un pays où règne l'État de droit, et que les jugements des tribunaux doivent être respectés.

Les arrestations effectuées par la GRC en Colombie-Britannique ont été condamnées par des Autochtones d'un océan à l'autre, à commencer par le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, qui a dénoncé « une violation des droits de la personne et des droits des Premières Nations ».

Des dizaines de manifestations ont eu lieu mardi au pays pour appuyer les opposants au projet.

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