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Le combat de Tomas Jirousek

Tomas Jirousek, commissaire aux affaires autochtones de l’Association étudiante de l’Université McGill

Tomas Jirousek, commissaire aux affaires autochtones de l’Association étudiante de l’Université McGill

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Il pourrait faire changer le nom des équipes sportives de l'Université McGill. Inconnu du public jusqu'à cet automne, Tomas Jirousek est devenu en l'espace de quelques mois l'une des jeunes voix autochtones les plus importantes au pays.

Presque centenaires, les équipes sportives de l’Université McGill n’avaient pas autant fait parler d’elles depuis des années. C’était jusqu’à l’arrivée Tomas Jirousek, membre de l’équipe d’aviron, à titre de commissaires aux affaires autochtones de l’Association étudiante au printemps dernier.

En quelques mois, l’étudiant en science politique a organisé une manifestation qui a attiré des centaines de personnes aux portes de l’université, a fait circuler une pétition qui a recueilli plus de 10 000 signatures et a organisé un référendum sur la question. Surtout, il a réussi à attirer l’attention nationale sur les Redmen (« les hommes en rouge »), un nom jusque-là jugé anodin pour une grande partie du public québécois.

Lui-même est le premier étonné par le battage médiatique. « Ça a grandi, grandi, grandi.... C’était beau à voir, mais en même temps c’est dommage qu’il ait fallu que les médias non autochtones s’intéressent à l’affaire pour qu’on en parle », affirme le colosse de 6 pieds 2 à la voix douce et posée.

Longtemps associé aux Autochtones – certaines des équipes arboraient sur leurs chandails et leurs casques un logo d’un homme avec une coiffe de plumes –, le nom des Redmen est aujourd’hui considéré par plusieurs membres des Premières Nations comme offensant au mieux, raciste au pire.

Un point de vue qui est contesté par certains membres des équipes sportives de l’institution, qui tiennent mordicus à maintenir le nom vieux de presque 100 ans. Un nom qui, arguent-ils, n’avait rien à voir avec les Autochtones à l’origine des Redmen.

Tomas Jirousek, commissaire aux affaires autochtones de l’Association étudiante de l’Université McGill, lors d'une manifestation pour changer le nom des Redmen, à Montréal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tomas Jirousek, commissaire aux affaires autochtones de l’Association étudiante de l’Université McGill, lors d'une manifestation pour changer le nom des Redmen, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi

Des menaces et de l’intimidation

Le combat de Tomas ne s’est d’ailleurs pas fait sans heurts. Une lettre de menaces contre lui a été envoyée au journal universitaire, le McGill Daily, et des policiers ont dû intervenir. Sur le campus, des étudiants autochtones ont aussi été victimes d’intimidation – des gestes « inacceptables », dit Tomas Jirousek.

« Mais le vrai changement ne vient pas facilement », concède le jeune homme de la Première Nation Kainai, qui affiche une intelligence et une lucidité exceptionnelles pour ses 20 ans.

Tomas attribue d’ailleurs certaines de ces qualités à sa famille, dans laquelle il a grandi heureux et choyé entre l’Alberta et le Yukon. Ses parents, deux enseignants, lui ont donné « une vie incroyable », affirme Tomas, conscient de son « privilège ». Certaines de ses connaissances, reconnaît-il, ont vécu de plus près certains des maux qui affligent les communautés autochtones aujourd’hui.

« Ma grand-mère conduisait des heures et des heures à travers la province, à plus de 70 ans, et dans les pires conditions de route hivernales, pour me reconduire à mes matchs de hockey. Ma famille m'a toujours tellement soutenu », raconte le jeune homme.

Parce qu’il a reçu tout cet amour, Tomas Jirousek juge important aujourd’hui de « redonner à la communauté ».

Jusqu’au Parlement

Lors de la manifestation pour changer le nom des Redmen en octobre, la directrice du Foyer pour femmes autochtones Nakuset a souligné les qualités de leader de l’étudiant. « Des militantes autochtones comme moi et Ellen Gabriel [qui s’est fait connaître pendant la crise d’Oka], on ne rajeunit pas. Il faut de la relève », avait-elle affirmé devant plusieurs centaines d’étudiants réunis aux portes Milton.

Ce défi, Tomas entend le relever. Après d’éventuelles études en droit – ses yeux s’illuminent quand il parle du nouveau diplôme en droit autochtone de l’Université de Victoria – , il compte sans doute poursuivre son militantisme jusqu’au Parlement.

« Pour moi, le droit et les politiques sont l’avenue pour faire du vrai changement, notamment pour les Autochtones », souligne l’étudiant, citant comme modèle le député cri Romeo Saganash et la ministre des Anciens Combattants et ministre associée à la Défense, Jody Wilson-Raybould, de la nation kwakiutl.

« De voir ces Autochtones, en position de pouvoir, qui s'impliquent dans la politique et se battent pour le changement, et qui savent ce qui est juste. C'est quelque chose que j'adorerais faire », ajoute-t-il.

Au Parlement comme ailleurs, les Canadiens n’ont pas fini d’entendre parler de lui.

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