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Charles-Antoine Lesage : on ne naît pas Huron-Wendat, on le devient

Charles-Antoine Lesage

Charles-Antoine Lesage

Photo : Radio-Canada / Alice Chiche

Radio-Canada

Grand gaillard aux cheveux roux et au teint pâle, Charles-Antoine Lesage « n'a pas l'air » autochtone, admet-il lui-même. Du moins si l'on donne « dans les stéréotypes ». Né d'un père huron-wendat et d'une mère québécoise, le jeune anthropologue invite à une réflexion sur notre conception de l'identité.

par David Rémillard

Un emploi d’étudiant à l'Hôtel-Musée Premières Nations de Wendake a influencé le parcours de Charles-Antoine Lesage.

« C’est vraiment là que j’en ai appris beaucoup sur ma culture et l'histoire de la nation huronne-wendate. Tranquillement, ça m’a politisé, je dirais », raconte le jeune homme de 24 ans.

Le voici donc à l’Université Laval, à Québec. Il se dirige vers un mémoire portant sur la gestion territoriale du Nionwentsïo, terres ancestrales de sa nation. « La question du territoire est super importante pour nous », indique-t-il.

Chasseur depuis seulement quelques années, Charles-Antoine Lesage ne s’affirme pas comme Wendat tant par « la pratique du territoire » que par sa « compréhension », nuance-t-il.

Il s’intéresse aux rouages derrière l’occupation actuelle des terres ancestrales, qui, de nos jours, dépend d'ordres de gouvernement et d'autres frontières qui n’ont rien à voir avec celles délimitant le Nionwentsïo.

La question des revendications de la nation dans la Réserve faunique des Laurentides, « le coeur » de ce territoire, est un exemple de cette utilisation contemporaine.

Le grand chef Konrad Sioui réclame depuis plusieurs années que ces terres, actuellement sous la gouverne de la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), soient gérées par les Hurons-Wendats.

Avenir prometteur

Embauché par le Conseil de la Nation huronne-wendat et travaillant pour le Bureau du Nionwentsïo, Charles-Antoine Lesage aura à se pencher sur ces questions.

« Je l’amène avec moi comme observateur avec la SEPAQ pour qu'il puisse observer ce qui se dit, voir qui tire les ficelles dans tel ou tel dossier », explique son patron, Louis Lesage, qui est aussi son oncle.

Louis Lesage montre des toponymes hurons-wendats sur une carte dessinée il y a près de 200 ans. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Louis Lesage montre des toponymes hurons-wendat sur une carte dessinée il y a près de 200 ans.

Photo : Radio-Canada / Maxime Corneau

Ce dernier salue la curiosité et l'intelligence de son protégé, des qualités qui profitent déjà au Bureau.

Je le vois éventuellement nous aider à orienter certaines actions. Je le vois dans un poste stratégique dans le futur. Je ne vois pas ses limites en termes de capacités pour l’instant.

Louis Lesage, à propos de Charles-Antoine

Entrepreneur

La pratique de la crosse, un sport iroquoïen et officiellement désigné sport national d’été au Canada, représente un autre pan important de la vie de Charles-Antoine Lesage.

« C’est un sport qui est beaucoup attaché à la tradition », souligne-t-il.

Avec son ami Blaise Gros-Louis, qui est aussi responsable de son intérêt pour la chasse, il a fondé Ehkia' Lacrosse en 2017.

Charles-Antoine Lesage et son bon ami Blaise Gros-LouisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Charles-Antoine Lesage et son bon ami Blaise Gros-Louis ont fondé Ehkia' Lacrosse l'an dernier.

Photo : Radio-Canada / Alice Chiche

Le duo est à rénover un local de la rue Chef-Philippe-Vincent.

Tous deux attachés au savoir-faire traditionnel, leur objectif est de « faire grandir le sport » plutôt méconnu dans la région, surtout à l'extérieur de Wendake.

Charles-Antoine Lesage a commencé à pratiquer le sport à l'âge de 15 ans et il le considère comme « un vecteur important » de son identité.

Son intérêt lui a permis d'apprendre à tisser des bâtons traditionnels, qui seront offerts par l'entreprise, en plus de l'équipement professionnel.

Redéfinir l'identité

Charles-Antoine Lesage bâtit donc sa vie autour de ses racines.

Mais ce n’est pas parce qu’on lui a remis une « carte et un numéro [d’Indien] », sous prétexte que du sang huron-wendat coule dans ses veines.

« Je n’accorde aucune signification à mon statut », lance-t-il au fil de sa conversation avec Radio-Canada.

À son avis, son statut légal, régi par la Loi sur les Indiens, est même réducteur.

« Autochtone, comme la catégorie “amérindien”, “indien”, “sauvage”; tous ces mots-là essaient de faire un seul groupe à partir de groupes qui sont complètement différents », poursuit-il avec conviction.

Je ne suis pas un Autochtone, je suis un Wendat. Et l’Innu n’est pas un Autochtone, un Indien ou un Sauvage, c’est un Innu. Et je n’ai pas grand-chose en commun avec l’Innu, autre que la façon dont l’État canadien nous traite.

Charles-Antoine Lesage, 24 ans, anthropologue et entrepreneur huron-wendat

Son identité « est huronne-wendate avant d’être québécoise », explique-t-il. Surtout parce qu’il a grandi à Wendake, et non pas en raison de son bagage génétique. « J’ai été socialisé en tant que Wendat », dit-il.

Sans renier le « lien familial et aux ancêtres qui est important », sa conception de l'identité passe davantage par « ce qui est construit ». « Il ne faut pas penser que ce que je dis représente la masse », prend-il ensuite le soin de préciser.

La question de l’identité, c’est quelque chose de très complexe. Ça peut se vivre de différentes façons. Je ne la vis certainement pas comme mon père la vit ou la vivait.

Charles-Antoine Lesage

Charles-Antoine Lesage appelle à la réflexion et à « valoriser la différence » entre les peuples.

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