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Kanata : Maya Cousineau-Mollen, entre espoir et tristesse

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Photo : Théâtre du Soleil

Radio-Canada

L'écrivaine innue Maya Cousineau-Mollen était déçue à la sortie de la première de Kanata présentée à Paris. Une déception au goût amer. Pourtant, elle a voulu y croire...un instant.

« Quand je suis arrivée à la Cartoucherie, c'est sûr qu'il y avait beaucoup d'attente et d'espoir, a raconté Maya Cousineau-Mollen. J'avais l'espoir d'être agréablement surprise. À la sortie de la pièce, je suis restée avec une certaine amertume, une amertume qui va passer parce que je crois qu'il y a des pistes de solutions possibles. »

Maya Cousineau-Mollen était dans la capitale française pour assister à la première représentation à la Cartoucherie de Vincennes. Au micro de Désautels le dimanche, elle a tenu à partager les bons et les mauvais côtés de l’œuvre.

Quelques mois après la polémique de l'été dernier sur l'appropriation culturelle et l'absence de comédiens autochtones, la pièce rebaptisée Kanata. Épisode 1 : La controverse a été présentée à Paris en grande première samedi après-midi par la troupe du Théâtre du Soleil.

Malgré les discussions et les réflexions depuis les rencontres de l’été dernier, l’écrivaine regrette le peu de changements apportés à la pièce.

« Il y a des maladresses qui sont restées. Ce que j’ai trouvé difficile, c’est la scène où l’on voit le meurtre d’une jeune Autochtone prostituée que l’on sous-entend violente. Même si je ne suis pas directement impliquée dans un tel drame, cela m’a bouleversée. Je suis triste de dire que je ne recommanderais pas cette pièce à une personne touchée par un drame comme celui-ci. »

Même si Mme Cousineau-Mollen reconnaît les bonnes intentions derrière la création du Théâtre Soleil de Robert Lepage, il manque à l’œuvre la présence des premiers concernés, c’est-à-dire les Autochtones. « Il manquait nous. Malheureusement, Robert Lepage et Ariane Mnouchkine ont manqué ces beaux moments de collaborer avec nous. C’est ce que je trouve triste. »

En juillet, la polémique entourant la création de la pièce Kanata avait secoué la scène artistique du Québec. En plus d’une controverse sur la question de l’appropriation culturelle, les critiques avaient fusé en ce qui concerne l’absence de comédiens autochtones.

« Je crois qu’une des merveilleuses améliorations de nos sociétés est la rapidité à laquelle on répond aux besoins des gens. Si l'on veut magasiner, on va sur Internet et l'on achète tout de suite. Si l'on veut flirter, c’est la même chose. Mais si l'on veut guérir en tant que peuple ou en tant que femme autochtone, il n’y a pas d’application pour cela. »

Si l'on avait été impliqués de manière vraiment sincère et dans un souci de curiosité et d’ouverture à l’autre, je crois que l’on n’aurait pas ces commentaires aujourd’hui.

Maya Cousineau-Mollen

L’écrivaine a énuméré plusieurs productions artistiques dans lesquelles les Autochtones ont été impliqués, comme dans le film Kuessipan de Myriam Verreault.

« Elle a engagé des comédiens autochtones amateurs dans la communauté de Uashat et les environs. Il y a aussi le film Indian Horse tiré du livre Richard Wagamese. Il y avait sur le plateau une équipe issue des Premières Nations et des aînés venus entourer le travail des comédiens. Ce sont des artistes qui prennent de beaux risques. Je crois que ce genre de risque devrait traverser l’Atlantique un peu plus souvent. »

Malgré les requêtes d'artistes autochtones et une rencontre entre 35 personnalités autochtones, Ariane Mnouchkine et Robert Lepage avaient refusé tout changement. Ces derniers affirmaient avoir dès le départ consulté des spécialistes. Le débat suscité a néanmoins eu le mérite de mettre plusieurs questions sur la table, a précisé Mme Cousineau-Mollen.

« Le fait qu’ils sont venus nous rencontrer a été un premier pas. Les conversations que cela a engagées nous ont permis d’être moins invisibles. J’espère que cela se poursuivra dans d’autres sphères que le théâtre. On n’est pas juste des tipis et des plumes », a-t-elle conclu.

Le Théâtre du Soleil regroupe 30 comédiens originaires d’une vingtaine de pays. Certains ont le statut de réfugié. Depuis 54 ans, Ariane Mnouchkine reste fidèle à sa philosophie : tout le monde peut jouer tout le monde.

Maya Cousineau-Mollen est une des signataires d'une lettre adressée aux artistes ayant créé Kanata. Épisode 1 : La controverse et publié samedi.

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