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300 femmes dans le besoin fêtent dans une ambiance de pow-wow Chez Doris

Six bénévoles s'affairent derrière une rangée de plats posés sur des réchauds, tandis que deux policiers discutent.
Des bénévoles préparaient les assiettes qui étaient ensuite servies par des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Photo: Radio-Canada / Bernard Barbeau
Radio-Canada

Quelque 300 femmes dans le besoin ont participé mercredi au repas des Fêtes annuel du refuge de jour montréalais Chez Doris, une occasion en or – rare pour certaines d'entre elles – de socialiser et de passer du bon temps. Plusieurs artistes, dont une bonne part d'Autochtones, leur ont offert quelques belles prestations.

Un texte de Bernard Barbeau

Trois cents invitées réunies dans la salle de réception de l’église Evangel, rue Sainte-Catherine, c’était 25 % de plus que l’année dernière. Le nombre de femmes dans le besoin continue d’augmenter. Chez Doris a donc organisé cette fois-ci deux repas – un dîner et un souper – pour ne laisser personne de côté.

C’est merveilleux! Je n’ai jamais l’occasion de faire des choses comme ça. C’est vraiment agréable. C’est très généreux d’organiser ça.

Marie, Mohawk, une des convives
Le policier distribue des assiettes.Le constable Giuseppe Boccardi faisait partie des policiers présents pour assurer le service. Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Ce sont des bénévoles de même que des agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) qui ont assuré le service. Une autre façon pour les policiers d’entrer en contact avec ces femmes, qui les considèrent parfois avec une certaine méfiance. « On est assez habituées de les voir », a souligné Marie avec un sourire en coin.

De toute évidence, être servies par des hommes en uniforme n’a pas trop déplu aux invitées. « Il y en a des beaux, en plus! », a lancé l’une d’elles.

Éric Charbonneau, patrouilleur à pied, a aussi troqué son uniforme de policier pour revêtir le costume du père Noël, le temps de distribuer quelques cadeaux.

Quand les participantes ne mangeaient pas, elles dansaient, jouaient au bingo ou profitaient des prestations d’artistes comme les danseurs mohawks Barbara Diabo, Sedalia Fazio et Kawerashatste McComber, le chanteur et joueur de tambour micmac Don Barnaby ou le crooner Matt Mardini, originaire de Syrie.

Mme Diabo danse en faisant voler de nombreux cerceaux.Barbara Diabo, spécialiste de la danse avec cerceaux, a offert une prestation aux convives. Photo : Radio-Canada / Bernard Barbeau

Jamie, qui a six enfants, dont le dernier est né il y a à peine deux semaines, était ravie de se changer les idées, mercredi.

Arrivée du Manitoba il y a une douzaine d’années, cette étudiante qui rêve de devenir infirmière vient Chez Doris environ une fois par semaine, pour « prendre une pause de ses enfants et participer à différents ateliers ».

Il lui serait difficile de retourner dans sa communauté d’origine, puisqu’elle a des enfants en garde partagée. « Parfois j’y pense, a-t-elle confié. Mais je me dis qu’il y avait trop de drogue là-bas. » La tentation est moins présente à Montréal, estime-t-elle.

Les deux femmes, assises à table, sourient à la caméra.Jamie et Marie, deux Autochtones, ont participé aux activités de la journée. Photo : Radio-Canada / Bernard Barbeau

Marie est quant à elle de Kahnawake, sur la Rive-Sud, et partage sa vie entre la communauté mohawk et Montréal. Elle vient Chez Doris deux ou trois fois par semaine, pour y être avec des gens qu’elle connaît.

Marie, dont la santé mentale est fragile, admet ne pas être une cliente facile pour les intervenants de l’organisme. Elle en est d’autant plus reconnaissante.

« Après des moments difficiles, ils acceptent de pardonner et d’oublier, souligne-t-elle. […] Les gens de Chez Doris sont compréhensifs. Ils comprennent la réalité des femmes, les difficultés qui les touchent, leurs combats, leurs besoins. »

« Quand les femmes vivent longtemps avec certains problèmes, il devient plus difficile de les en sortir, a-t-elle insisté. J’ai l’impression d’avoir atteint un plateau. J’ai trimé très fort et très longtemps pour être en mesure de travailler, pour rester en santé. […] Je suis à un âge où les femmes commencent à perdre certaines aptitudes. Mais je sais que si j’arrive à travailler régulièrement et à avoir un logement, je sais que je vais avoir une meilleure qualité de vie. »

Plan d'ensemble de la salle, les invitées étant assises autour d'une quinzaine de tables rondes.La journée a débuté par une petite partie de bingo. Photo : Radio-Canada / Bernard Barbeau

Importante clientèle inuite

Seul refuge pour femmes ouvert tous les jours de la semaine à Montréal, Chez Doris offre divers services visant à répondre aux besoins immédiats des femmes en matière d’itinérance, de pauvreté, de maladie mentale et de toxicomanie.

Entre le cinquième et le quart de sa clientèle est composée d’Autochtones, en particulier d’Inuites.

« Les Inuites vont souvent tomber dans l’itinérance quand elles viennent dans un milieu urbain pour la première fois, a expliqué en entrevue Marina Boulos-Winton, directrice générale de Chez Doris. Je dirais que la moitié [de celles qui viennent à Montréal] tombent dans l’itinérance. »

« Elles ne sont pas habituées à vivre en ville et, en plus, elles n’ont pas l’éducation dont elles ont besoin pour obtenir un travail, a-t-elle indiqué. La culture est très différente. Elles ne parlent pas français. Ce sont généralement des femmes dont la deuxième langue est l’anglais. »

Elles sont très vulnérables. De par leur culture, elles ne se méfient pas des gens. Donc, il y a beaucoup d’hommes qui profitent d’elles. Et plusieurs tombent dans la prostitution.

Marina Boulos-Winton, directrice générale de Chez Doris
Marina Boulos-Winton est une femme blonde, aux yeux bleus. Elle revêt un chemisier corail.Marina Boulos-Winton, directrice générale du refuge Chez Doris. Photo : Radio-Canada / Alexis Gacon

« Il faudrait mieux les préparer, dans le nord, avant qu’elles ne viennent à Montréal, a estimé Mme Boulos-Winton. Je pense que le gouvernement québécois doit faire plus pour les aider. Ce n’est pas une très grande population; c’est peut-être 10 000 personnes. Il doit faire plus pour les intégrer économiquement, par l’éducation ou la formation à des métiers spécifiques. »

Les services offerts par le refuge que Marina Boulos-Winton dirige comprennent le déjeuner et le dîner, l’accès à des douches, à des lits de répit, à des produits d’hygiène, à des services juridiques, sociaux et de santé, et à des programmes de gestion financière, d’aide aux Inuites, ou encore d’aide au logement pour les femmes autochtones.

« On les place dans des appartements privés meublés et on offre des services d’accompagnement, a-t-elle précisé. Plus de la moitié des femmes dont les enfants avaient été pris en charge par la [Direction de la protection de la jeunesse] qui ont eu recours à ces services ont pu récupérer leurs enfants, puisqu’elles avaient retrouvé une stabilité résidentielle. »

Les besoins augmentent et l’organisme souhaite prendre de l’expansion.

« Notre intention pour l’année 2020, c’est d’ouvrir un refuge de nuit, avec une vingtaine de places, pour les femmes itinérantes, a indiqué Mme Boulos-Winton. Et, en partenariat avec la Société d’habitation de Montréal, nous allons ouvrir une résidence permanente, avec accompagnement, de 26 unités. »

D'ici là, en 2018-2019, elle prévoit accueillir 2000 femmes et servir plus de 42 000 repas.

L’organisme Chez Doris (Nouvelle fenêtre) dit avoir besoin de dons et de bénévoles.

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