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Femmes autochtones : le Canada traverse « une grave crise des droits de la personne »

La militante et professeure micmaque Pamela Palmater.
La militante et professeure micmaque Pamela Palmater Photo: Radio-Canada / Laurence Niosi

La militante Pamela Palmater a estimé mardi que le Canada fait face à « une grave crise des droits de la personne », lors de son allocution à l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA). L'enquête se poursuit cette semaine à Ottawa avec la présentation des observations finales des parties ayant qualité pour agir.

Un texte de Laurence Niosi

« Au fil du temps, les gouvernements des colonisateurs ont littéralement construit une infrastructure de violence maintenue par des lois et des politiques », a affirmé lors d’un vibrant plaidoyer la professeure et avocate micmaque, qui représentait les organismes Canada sans pauvreté et l’Alliance féministe pour l’action internationale.

« Le Canada traverse une grave crise des droits de la personne qu’il a lui-même créée, et les femmes et filles autochtones en paient le prix », a-t-elle poursuivi.

Pamela Palmater a enjoint au gouvernement du Canada d'agir pour réduire les écarts de revenus entre Autochtones et non-Autochtones, de même que d'améliorer les services en protection de la jeunesse pour les enfants autochtones, qui sont surreprésentés en foyer.

La militante voit d’ailleurs un lien direct entre ces enfants placés en foyer et la crise des femmes autochtones. « On ne peut pas les dissocier. La pauvreté des femmes autochtones – créée par le Canada – fait en sorte qu’on leur retire leurs enfants. Et en foyer, ces enfants ont statistiquement plus de chances d’être agressés sexuellement », a-t-elle déploré un peu plus tard en entretien à Radio-Canada.

Mme Palmater s’est montrée critique de l’ENFFADA depuis ses débuts. L’enquête, dont les dernières audiences avaient lieu en octobre à Terre-Neuve-et-Labrador, ne sera jamais complète, dit-elle, puisque des centaines de personnes qui auraient voulu témoigner n’ont pas pu le faire. Environ 1700 témoignages de familles et de survivants ont été entendus.

« Ajoutez à cela tous les retards et les ratages. Ce sera un exploit d’arriver à quelque chose de concret », affirme la militante.

Critiquée par les familles notamment, l'enquête a été ponctuée de dizaines de démissions et de licenciements depuis ses débuts en 2016.

Les commissaires ont jusqu’au 30 avril pour remettre leur rapport final au gouvernement fédéral. Ils avaient demandé deux années supplémentaires pour terminer leurs travaux. Ils ont obtenu six mois.

Pamela Palmater espère un rapport final moins « décevant » que le rapport intermédiaire publié à l’automne 2017, qui formulait quelques recommandations. Surtout, dit-elle, le gouvernement fédéral et les provinces ne doivent pas « choisir » parmi les recommandations. « Nous avons besoin d’une approche globale pour nous attaquer aux causes profondes de la violence », indique-t-elle.

Pas de refuge pour les femmes inuites

Depuis lundi et pendant toute la semaine, l'ENFFADA entend des représentants de diverses associations, dont l'Association des femmes autochtones du Canada, Femmes autochtones du Québec, l’Assemblée des chefs du Manitoba ou Amnistie internationale Canada.

Ces associations comptent parmi les 100 parties officiellement reconnues par l’enquête. Il s’agit généralement de personnes ou de groupes ayant démontré qu’ils avaient un intérêt direct dans la disparition et l’assassinat de femmes autochtones, ainsi que d’autres personnes possédant les compétences et les points de vue jugés essentiels pour mener à bien son mandat.

Un peu plus tôt mardi, Rebecca Kudloo, parlant pour diverses associations inuites, a déploré devant les commissaires l’absence de refuge et de ressources pour les femmes inuites victimes de violence.

« Les femmes inuites n'ont pas d'abri pour s'échapper. Elles ne connaissent pas leurs droits. Il y a une part de réticence à signaler des actes de violence parce qu’elles vivent dans de petites communautés, qu’elles craignent que les enfants leur soient retirés », a plaidé la présidente de la Pauktuutit Inuit Women of Canada, une association nationale qui représente les femmes inuites.

Mme Kudloo a également dénoncé l’absence de soutien psychologique pour certaines femmes après leur témoignage à l’ENFFADA.

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