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Tia et Piujuq, l’amitié sans frontières

Nuvvija Tulugarjuk et Tia Bshara interprètent les deux jeunes personnages principaux du film Tia et Piujuq de la réalisatrice Lucy Tulugarjuk.

Nuvvija Tulugarjuk et Tia Bshara interprètent les deux jeunes personnages principaux du film Tia et Piujuq de la réalisatrice Lucy Tulugarjuk.

Photo : Fournie par Sivumu Northern Productions et Arnait Vidéo Productions

Ismaël Houdassine

Pour son premier film, Tia et Piujuq, la chanteuse de gorge Lucy Tulugarjuk imagine une amitié improbable entre une jeune réfugiée syrienne qui a fui la guerre et une fillette inuite solitaire vivant au Nunavut. Elles ont toutes deux dix ans et leur rencontre fortuite va s'avérer une véritable bouffée d'air frais, malgré les traumatismes et les catastrophes.

Si l'existence était bienveillante pour tous les enfants du monde, Tia et Piujuq ne se seraient jamais rencontrées. La première coulerait des jours heureux dans une Syrie en paix en compagnie de ses proches, tandis que la seconde garderait, de son Arctique natal, un contact apaisé avec les esprits inuits. Mais voilà, la dure réalité met souvent les enfants au premier plan des injustices humaines.

« Les enfants sont extraordinaires, lance Lucy Tulugarjuk en entrevue. Ils possèdent cette sorte d’innocence et de pureté qui ont pour effet de privilégier les interactions humaines, et ce, peu importe les origines ethniques. Ils peuvent facilement créer des liens entre eux. Ils n’ont pas honte de montrer leur affection. »

Une séquence extérieure du film Tia et Piujuq de la réalisatrice Lucy Tulugarjuk  tournée à Igloolik au Nunavut .Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une séquence extérieure du film Tia et Piujuq de la réalisatrice Lucy Tulugarjuk tournée à Igloolik au Nunavut .

Photo : Fournie par Sivumu Northern Productions et Arnait Vidéo Productions

C’est justement cette affection mutuelle qui va permettre à Tia et Piujuq de tisser une forte amitié dont les effets seront cathartiques. L’œuvre est en inuktitut, arabe et anglais. « Les enfants peuvent devenir amis en quelques minutes. C’est ce qui est d’ailleurs arrivé aux deux actrices », explique Lucy Tulugarjuk.

Malgré la barrière de la langue, elles [les actrices] se sont entendues dès qu’elles se sont vues. Cela s’est déroulé de la même manière que les deux personnages dans le film.

Lucy Tulugarjuk

La jeune Nuvvija Tulugarjuk qui joue Piujuq est la propre fille de la réalisatrice, tandis que Tia Bshara est une réfugiée syrienne. « Elle est arrivée avec ses parents à Montréal en février 2017, ajoute la productrice et cinéaste Marie-Hélène Cousineau. Ils vivent maintenant à Rimouski, la ville qui les a parrainés. »

« J’ai d’abord fait la connaissance de Tia à travers un reportage diffusé sur la chaîne Télé-Québec, poursuit-elle. J’ai vu qu’elle était très à l’aise avec la caméra. On l’a alors contactée pour qu’elle fasse partie du projet. »

Tia Bshara, l'une des deux interprètes principales du film Tia et Piujuq de la réalisatrice Lucy Tulugarjuk.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tia Bshara, l'une des deux interprètes principales du film Tia et Piujuq de la réalisatrice Lucy Tulugarjuk.

Photo :  Fournie par Sivumu Northern Productions et Arnait Vidéo Productions

C’est la première fois qu’une fiction québécoise met à l’affiche une réfugiée syrienne, rappelle la productrice du film. « Tous les personnages syriens du film sont nés en Syrie. Celui qui joue le père de Tia était un ancien réalisateur de télévision en Syrie, et la mère une ancienne actrice dans son pays. »

C’était très important pour l’équipe que tous les interprètes syriens soient originaires de là-bas. Les séquences en Arctique ont été tournées au Nunavut et celle de Montréal dans les rues du quartier multiculturel de Notre-Dame-de-Grâce.

Marie-Hélène Cousineau, productrice

Marie-Hélène Cousineau a construit le scénario aux côtés de Lucy Tulugarjuk et Samuel Cohn-Cousineau. Écrite à six mains, l’histoire aux relents féériques mêle les déboires d’une famille de réfugiés et le quotidien nordique d’une Inuite d'Igloolik. Car en traversant par hasard une porte magique, Tia se retrouve soudainement téléportée de Montréal en Arctique où se trouve le campement de Piujuq. L’endroit est entouré d’esprits aux intentions mystérieuses.

« Grâce aux légendes transmises oralement par la grand-mère, la jeune fille va découvrir les croyances de la région, raconte Lucy Tulugarjuk. Elle retrouve une certaine estime de soi par le biais d’un apprentissage de la culture inuite. Tia trouve également du réconfort auprès de Piujuq qui, à son tour, se sent moins seule. »

Tia Bshara et Nuvvija Tulugarjuk interprètent les deux personnages principaux du film Tia et Piujuq de la réalisatrice Lucy Tulugarjuk.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Tia Bshara et Nuvvija Tulugarjuk interprètent les deux personnages principaux du film Tia et Piujuq de la réalisatrice Lucy Tulugarjuk.

Photo : Fournie par Sivumu Northern Productions et Arnait Vidéo Productions

Cette amitié réciproque se veut un message de tolérance, particulièrement nécessaire en ces temps incertains, rappelle Lucy Tulugarjuk. Enfant, elle se souvient encore de sa fascination pour les autres cultures. « Ce que l’on connaît des réfugiés nous est transmis par les médias. Avec ce film, j’ai posé mon regard sur les émotions intimes et fragiles ressenties par une jeune réfugiée lorsqu’elle arrive au Canada. »

Au cœur des légendes inuites

La réalisatrice explique aussi son désir de faire partager la culture inuite au plus grand nombre. « Je voulais avec ce film donner l’opportunité aux spectateurs de comprendre qui nous sommes, d’où nous venons et quelles sont nos croyances. Pendant si longtemps, nous avons appris tellement de choses sur l’histoire des Anglais, mais on n’apprenait rien sur nos propres légendes. Parfois, un aîné venait nous rendre visite à l’école pour nous parler de notre histoire. »

Une histoire et des légendes que Lucy Tulugarjuk n’a jamais oubliées. Son film en regorge comme un rappel à la résilience culturelle. « Durant les mois d’été lorsque nous quittions nos terres, j’utilisais mon imagination pour mettre en scène une possible réalité de toutes ces légendes narrées par ma mère », conclut-elle.

Présenté en première mondiale en ouverture du 36e Carrousel international du film de Rimouski en septembre dernier, le long métrage Tia et Piujuq sera projeté au Cinéma Moderne à Montréal, les 23 et 28 décembre.

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