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« L’anglais et le français sont de jolies langues, mais ce ne sont pas les nôtres » - Perry Bellegarde

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, s'adresse aux chefs autochtones à la réunion annuelle des chefs à Ottawa, le mardi 4 décembre 2018.
Le chef de l'Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, s'adresse aux chefs autochtones à la réunion annuelle des chefs à Ottawa, le mardi 4 décembre 2018. Photo: La Presse canadienne / Adrian Wyld
Radio-Canada

La préservation des langues autochtones a été l'un des thèmes forts abordés mardi à Ottawa durant la réunion annuelle des chefs de l'Assemblée des Premières Nations (APN). Seule une loi garantissant au niveau fédéral leur protection pourra les sauver de l'extinction, clame Perry Bellegarde, le chef national de l'APN.

Un texte d'Ismaël Houdassine

Car au-delà des récentes recommandations de députés visant à faciliter l’utilisation des langues autochtones à la Chambre des communes, le chef de l’APN compte davantage sur la promesse du gouvernement libéral d’élaborer une loi sur la protection des langues autochtones, et ce avant les élections fédérales d’octobre 2019.

« Quand la protection des langues autochtones sera inscrite dans la loi, alors le gouvernement n’aura pas d’autre choix que de respecter la loi, déclare en entrevue Perry Bellegarde. L’objectif principal est de revitaliser nos langues. Cela prendra des efforts et de l’énergie. »

Pour le chef de l’APN, il ne fait presque aucun doute que le premier ministre Justin Trudeau tiendra sa parole. « Je crois qu’il va le faire. Il a promis que la loi sera adoptée en janvier 2019. Mon travail est de le pousser à le faire avant l’échéance des prochaines élections fédérales et je vais pousser fort. Ce dossier est pour nous une priorité. »

À l’approche de 2019, l’Année internationale des langues autochtones, M. Bellegarde rappelle que plus de 74 % des Canadiens sont en faveur d'institutions qui protègent les langues des Premières Nations.

« C’est politiquement très fort. La protection des langues est d’abord et avant tout une question de financement. C’est pour cela qu’une législation est nécessaire afin de mettre en place une stratégie appropriée pour revitaliser et ramener la maîtrise des langues autochtones parmi les communautés », dit-il.

Aucune des langues au tochtones n'est en sécurité, précise le chef de l’APN. « Certaines d’entre elles ne sont plus parlées que par une poignée de locuteurs. Celles-ci doivent être numérisées et conservées avant qu’elles ne disparaissent de la surface de la Terre. Il faut plusieurs stratégies et cela demande de l’argent et des moyens. »

Selon M. Bellegarde, l’adoption d’une telle loi représente un investissement positif pour l’avenir de la population autochtone dont la croissance démographique est celle qui est la plus rapide au Canada. « Quand une personne maîtrise sa langue, elle a plus de chance de réussir à l’école et dans la vie. »

La Couronne devrait consacrer autant de ressources financières et humaines pour revitaliser les langues autochtones qu’elle en a dépensé pour tenter de les faire disparaître pendant le régime des pensionnats.

Perry Bellegarde, chef national de l'Assemblée des Premières Nations

Des langues autochtones qui se portent mieux que d’autres

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, abonde dans le même sens. Il affirme que la protection des langues autochtones est un défi qui concerne tous les membres des Premières Nations à l’échelle du pays.

« Déjà en 1992, l’UNESCO avait produit un rapport sur la situation précaire des langues autochtones au Canada. Depuis, d’autres indicateurs font état d’une situation extrêmement alarmante dans certaines nations. »

L’agence onusienne stipule que les deux tiers des langues autochtones parlées au Canada sont « menacés », tandis que l'autre tiers est considéré comme « vulnérable ». M. Picard ne veut pas jouer la carte du pessimisme même si, ajoute-t-il, il y a de quoi s’inquiéter. Mais pour lui, la revitalisation des langues autochtones les plus fragiles est toujours possible.

Le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain PicardLe chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

« Il n’y a pas si longtemps, des personnes disaient que la langue huronne avait complètement disparu. Aujourd’hui, il y a des citoyens qui sont capables de faire quelques phrases en huron. »

Au Québec même, il y a des communautés qui se portent mieux que d’autres, raconte le chef de l’APNQL. « Des langues comme le cri, l’innue ou l’atikamekw sont parlées par la grande majorité des populations autochtones qui pratiquent ces dialectes. »

À une époque, le gouvernement du Québec traduisait tous ces documents dans au moins neuf langues autochtones parlées dans la province. Mais aujourd’hui, j’ai du mal à croire qu’il existe un gouvernement québécois assez ouvert pour rétablir cette politique.

Ghislain Picard, chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador

M. Picard pense que le gouvernement de François Legault a encore du chemin à faire au niveau des enjeux autochtones. « On est prêt à leur fournir l’apprentissage nécessaire afin qu’on les mette à l’heure juste sur nos réalités », conclut-il.

Selon le recensement de 2016 de Statistique Canada, il existe plus de 70 langues autochtones au pays. En 2016, 207 755 Autochtones déclaraient être en mesure de soutenir une conversation dans une langue autochtone, ce qui représente 21,3 % de la population des Premières Nations.

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