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Trans Mountain : les Autochtones demandent à Trudeau de respecter ses promesses

Le premier ministre revêt une veste autochtone en regardant Mike Mitchell.
Justin Trudeau et le politicien mohawk Mike Mitchell à l'occasion de l'Assemblée des Premières Nations le 4 décembre 2018, à Ottawa. Photo: The Canadian Press / Sean Kilpatrick
Radio-Canada

En marge de la réunion annuelle des chefs de l'Assemblée des Premières Nations (APN), des représentants autochtones ont demandé au premier ministre de tenir sa promesse et de laisser suffisamment de temps aux consultations sur le projet du pipeline Trans Mountain.

Un texte de Delphine Jung

« Le gouvernement n’a pas respecté les droits des Autochtones et la juridiction des Premières Nations », a dit d’emblée l'un des porte-parole de la nation Squamish, Khelsilem, lors d’une conférence de presse tenue à Ottawa, mardi matin.

« Si le gouvernement continue dans cette voie, il va faire les mêmes erreurs qui ont été faites dans le passé et cela conduira au même résultat », ajoute-t-il en faisant référence à la manière d'agir du gouvernement dans ce dossier qui lui a valu une vingtaine de poursuites conjointes.

Un homme face à la caméra.Khelsilem estime que le gouvernement n’a pas respecté les droits des Autochtones et la juridiction des Premières Nations. Photo : K.Ho / Photos by K.Ho

En août 2018 la Cour d’appel fédérale a annulé le projet d’expansion du pipeline, car elle estimait que le gouvernement n’avait pas suffisamment consulté les populations autochtones.

Presque au même moment, il finalisait la transaction de 4,5 milliards de dollars avec la compagnie pétrolière Kinder Morgan.

Après cette décision, le gouvernement a donc décidé d'entamer des consultations en bonne et due forme.

L’Office national de l’énergie (ONÉ) dispose ainsi de 22 semaines pour rédiger un nouveau rapport au terme des consultations.

Une décision concernant le projet de pipeline doit donc être prise au plus tard le 25 mai 2019. Ce délai, qu'ils estiment « arbitraire », est fortement critiqué par les Premières Nations.

Malgré le mea-culpa de Justin Trudeau mardi, les représentants des Premières Nations ne semblent donc pas convaincus et craignent toujours que leur voix ne soit pas vraiment entendue.

Les excuses, c’est bien, mais le but c’est de faire en sorte que le gouvernement n’ait plus à s’excuser.

Khelsilem, porte-parole de la nation Squamish

Plusieurs nations autochtones sont concernées par ce projet, comme celle de Harris Raw, un membre de la communauté Stz’uminus, installée au sud-est de l’île de Vancouver, au bord de la mer des Salish.

Un homme avec une casquette sur la tête, face à la caméra.Harris Raw, un membre de la nation Stz’uminus, estime que sa communauté est la plus exposée aux risques de fuites. Photo : Radio-Canada / Ismael Houdassine

« Toute ma communauté dépend de ce que nous donne la mer : notre nourriture et notre mode de vie », dit l’homme de 72 ans qui estime que sa communauté « fait face à tous les risques ».

Il craint tout autant les pétroliers que le pipeline lui-même. « Je ne suis pas sûr que, s’il y a une fuite, les dégâts seront correctement nettoyés », ajoute-t-il en demandant aux scientifiques et aux universitaires de soutenir sa cause pour « sauver la mer des Salish ».

Tous concernés

Durant la conférence de presse, les intervenants ont particulièrement insisté sur les dangers que le projet représente pour tous les Canadiens, et pas seulement pour les Autochtones.

« Les Premières Nations de tout le Canada sont prêtes à appuyer leurs alliés de la Colombie-Britannique », a ajouté le grand chef Serge Simon, du conseil mohawk de Kanesatake.

Manifestation de plusieurs personnes dans les rues de Vancouver.Plusieurs Premières Nations s'opposent vigoureusement au projet de Trans Mountain. Photo : Reuters / Chris Helgren

« C’est un problème qui concerne tout le monde. Nous avons une responsabilité vis-à-vis de l’eau, de nos terres et des animaux. Les Premières Nations de la Colombie-Britannique ont mon soutien total », a dit Denise Cole, la gorge nouée, pour appuyer les propos du chef Simon.

La représentante de l’organisme Labrador Land Protectors est même allée plus loin en estimant que le gouvernement ment lorsqu’il dit vouloir établir un dialogue.

Les mégaprojets ne peuvent plus être soutenus et poussés au détriment des peuples autochtones, dont la vie dépend de la terre, de l’eau et de nombreuses autres formes de vie.

Denise Cole, représentante de l’organisme Labrador Land Protectors

C’est ainsi que Judy Wilson, cheffe de la nation Neskonlith, a souligné les contradictions et « le double discours » du gouvernement qui veut, d'un côté, « faire passer un pipeline [sur nos terres] sans notre consentement » et qui dit, de l'autre, vouloir respecter la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Une femme qui tient un micro dans la main. Judy Wilson, cheffe de la nation Neskonlith, souligne les contradictions du gouvernement Trudeau. Photo : Union of British Columbia Indian Chiefs

Le porte-parole de la nation Squamish rappelle les nombreuses promesses que le gouvernement Trudeau a faites, mais aussi les nombreuses qu'il a « trahies ».

D’après Judy Wilson, les libéraux se sont mis en situation de « conflit d’intérêts ».

Le premier ministre a acheté le pipeline, et maintenant on demande au ministre des Ressources naturelles comment il va gérer la situation s'il est juge, jury et bourreau.

Judy Wilson, cheffe de la nation Neskonlith

Désormais, la balle est dans le camp du gouvernement, estime Khelsilem. « Nous allons voir ce qu’il nous répond et ce qu’il fera. Nous agirons alors en conséquence », dit-il.

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