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Huit femmes autochtones prennent la parole sur grand écran

L'artiste autochtones Alice Germain fait partie des huit femmes qui prennent la parole dans le film «Territoire Ishkueu Territoire Femme» de Claude Hamel.
L'artiste autochtone Alice Germain fait partie des huit femmes qui prennent la parole dans le film «Territoire Ishkueu Territoire Femme » de Claude Hamel. Photo: Claude Hamel

Les cinéphiles montréalais auront l'occasion, mardi soir, de découvrir Territoire Ishkueu Territoire Femme, une œuvre de Claude Hamel qui donne la parole aux femmes autochtones dans un cadre artistique.

Un texte de Yannick Donahue

Territoire Ishkueu Territoire Femme met en vedette huit femmes autochtones, sept Innues et une Crie, qui se livrent à travers leur art, que ce soit le conte, la chanson ou le poème.

Le film, dont le tournage a commencé en 2015, présente une diversité de voix, celles de Natasha Kanapé Fontaine, Joséphine Bacon, Alice Germain ou Marie-Andrée Gill.

On y suit les performances de ces artistes autochtones captées sur scène lors du Festival de contes et légendes Atalukan, à Mashteuiatsh, au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Les prises de parole sont entrecoupées d’images de la nature, le tout agrémenté de mots de la directrice artistique du Festival, Sonia Robertson.

Marie-Andrée Gill en gros plan. Marie-Andrée Gill est une poétesse québécoise née en 1986 dans la communauté ilnue de Mashteuiatsh. Photo : Claude Hamel

Après avoir été projeté pour la première fois au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue, le 26 octobre, Territoire Ishkueu Territoire Femme est présenté pour la première fois à Montréal dans le cadre d’une projection spéciale au Quai des brumes, sur le Plateau-Mont-Royal, mardi à 21h.

Une oeuvre bien accueillie

Claude Hamel, qui est également auteure et compositrice, affirme que son film a obtenu un accueil chaleureux lors de sa première diffusion.

Beaucoup de personnes sont venues me voir pour me dire qu’elles étaient contentes d’avoir pu raconter la culture innue. Cela a été bien reçu.

La réalisatrice Claude Hamel

La création de ce documentaire relève en quelque sorte d’une belle succession d’événements. Bien que le Festival de contes et légendes Atalukan accorde une place prépondérante aux artistes autochtones, la direction invite aussi des artistes non autochtones.

En 2015, c'est à titre de conteuse que Claude Hamel reçoit une invitation du festival, qu'elle accepte. Formée comme ingénieure du son, Claude Hamel a aussi fait du documentaire pendant plus de 25 ans avec l’ONF et a collaboré avec le National geographic.

La réalisatrice y apporte sa caméra pour capter sa performance afin de la regarder, de l’analyser et de corriger certaines choses au besoin.

Claude Hamel est derrière le film « Territoire Ishkueu Territoire Femme ». Claude Hamel est derrière le film « Territoire Ishkueu Territoire Femme ». Photo : Karyn Dupuis

« Parfois, on est en train de conter et il y a quelque chose qui passe, puis après la soirée on se dit : mais qu’est-ce que c’était? J’ai aimé la formulation qui m’est venue comme cela pendant le spectacle. À un moment donné, je me suis mise à filmer ce que je faisais pour améliorer mon matériel », explique-t-elle.

Or, devant la brochette d’invités, la réalisatrice n’a pas été en mesure de déposer sa caméra.

« A priori, je leur ai proposé de les filmer pour leur offrir des extraits vidéo, parce qu’on ne peut pas demander aucune subvention, on ne peut rien faire sans avoir d’extraits vidéo à présenter. […] Je les ai filmées parce que je trouvais ça très beau. Je ne pouvais pas regarder ces femmes conter sans vouloir les croquer », relate-t-elle.

Elle ajoute : « En voyant ces femmes magnifiques, j’ai eu envie de les filmer et c’est ce que j’ai fait pour m’apercevoir après un moment que j’avais un documentaire que je pouvais produire, monter un documentaire avec ce matériel ».
La productrice a soumis une demande de subvention pour le cinéma indépendant à l'ONF et elle a été acceptée.

Une autre image des femmes

Si elle a préféré donner la parole aux femmes, c’est parce qu’elle considère que l’homme est omniprésent dans les médias. La réalisatrice a néanmoins conservé beaucoup de matériel où des hommes autochtones s’expriment.

« Si on regarde ce qu’on voit à la télé, huit fois sur dix c’est des hommes présents à l’image. On ne s’en rend même plus compte ».

Elle précise : « On ne se rend pas compte à quel point les femmes ne sont pas très présentes en pourcentage dans nos médias, et encore bien moins les femmes autochtones ».

Mme Hamel souligne que quand les femmes autochtones sont représentées dans les médias, c’est rarement sous leur meilleur jour.

Moi, je voulais amener une autre image. Je voulais que les gens puissent voir les femmes autochtones dans toute leur force, dans toute leur beauté, autrement que dans des situations où c’est difficile.

La réalisatrice Claude Hamel
Joséphine Bacon a aidé la cinéaste Claude Hamel à finaliser son documentaire. Joséphine Bacon a aidé la cinéaste Claude Hamel à finaliser son documentaire. Photo : Claude Hamel

La cinéaste reconnaît que la réalité des femmes autochtones n’est pas rose.

« Oui, c’est sûr, la situation des femmes autochtones est atroce. Il y a une pauvreté épouvantable qui règne, il y a une injustice incroyable, mais elles ont aussi cette force de résilience. Dans mon film, on les voit raconter leur culture, nous livrer des poèmes avec une voix posée, une beauté incroyable. Je voulais leur donner une place de choix », dit-elle.

Claude Hamel se souvient qu’au début du tournage elle sentait une certaine curiosité de la part des artistes qu’elle filmait. Elle ne parle pas de méfiance, mais plutôt d’interrogations manifestées à son endroit au sujet de ses motivations et de ses intentions.

« Filmer des contes, il y a une atmosphère qui s’installe. Moi, je ne faisais pas de mouvements, je ne me déplaçais pas. J’essayais d’être la plus discrète possible, d’amadouer la situation et ça s’est fait graduellement », illustre-t-elle.

Au fil du temps, la réalisatrice a tissé des liens solides et précieux avec les artistes de son film. Étant donné qu’elle s’aventurait dans un univers culturel qu’elle ne maîtrisait pas parfaitement, Mme Hamel a eu recours aux services de Joséphine Bacon, qui l’a assistée lors du montage.

Mme Bacon a guidé la documentariste à bon port, c’est aux cinéphiles maintenant d'en bénéficier!

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