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Femmes et Autochtones en région minière : la double peine

Des membres de la nation Sioux de Standing Rock et des dirigeants autochtones participent à une marche de protestation lors d’une manifestation contre les gazoducs Dakota Access et Keystone XL à Washington, le 10 mars 2017.
Rassemblés à Washington, des dirigeants autochtones participent à une marche de protestation. Photo: Reuters / Kevin Lamarque

Lorsqu'il s'agit de faire reconnaître leurs droits face à l'industrie minière, les femmes autochtones doivent souvent mener un double combat du fait de leur genre et de leurs origines. C'est le terrible constat que font Carole Brazeau et Monique Manatch, deux Algonquines engagées contre les discriminations que subissent les femmes autochtones.

Un texte d'Ismaël Houdassine

Carole Brazeau est née dans la communauté de Kitigan Zibi, située à deux pas de Maniwaki. Monique Manatch vient du Lac Barrière. Plusieurs points communs unissent les deux femmes. En plus d’être Autochtones, elles sont originaires de l’Abitibi-Témiscamingue, la région où se concentre le plus grand nombre de mines au Québec.

En marge d’une conférence ayant pour thème les conséquences de l’industrie minière sur la vie des peuples autochtones au Canada, qui s’est tenue à Ottawa les 29 et 30 novembre dernier, les deux femmes ont raconté les multiples situations inégalitaires que vivent leurs concitoyennes autochtones au cœur de l’industrie minière.

« Pour ces femmes, le quotidien est beaucoup plus difficile, affirme en entrevue Monique Manatch. Elles ont un accès moins important aux emplois qui privilégient les hommes. Et quand elles sont engagées, certaines subissent encore de la discrimination systémique au travail. »

Les femmes, qu'elles soient Autochtones ou non, ne représentent aujourd’hui que 17 % de la main-d'œuvre au sein de l'industrie minière au pays. En ce qui concerne les métiers de production, le niveau baisse à 4 %.

Le fait que nous soyons à la fois femmes et Autochtones, les barrières sont plus nombreuses.

Monique Manatch, directrice de l’organisme Indigenous Culture and Media Innovation

La belle-sœur de Mme Manatch travaille pour la compagnie minière Detour Gold. Elle explique qu’elle n’a pas été recrutée en tant qu’Autochtone et n'a pas non plus bénéficié d’un programme particulier réservé aux femmes.

« L’entreprise avait besoin de main-d’œuvre, précise la directrice de l’organisme Indigenous Culture and Media Innovations. En tant que mère célibataire de quatre enfants, elle a accepté le poste pour faire vivre sa famille. Il faut aussi savoir que toutes les qualifications professionnelles que lui fournit la mine ne sont pas valables dans d’autres mines. »

Selon Mme Manatch, les femmes autochtones ont de lourdes responsabilités. « Parce qu’elles sont les donneuses de vie et les porteuses d’eau sacrée, les femmes autochtones doivent s’assurer du bien-être de leur communauté. »

Et ce sont souvent elles les premières à tirer la sonnette d’alarme quand vient le temps de dénoncer les abus des compagnies minières. En octobre 2017, Louise Mayappo et Stéphanie Georgekish, de la communauté crie de Wemindji, dans le Nord-du-Québec, accusaient la société minière Goldcorp d’empoisonner les cours d’eau.

Carole Brazeau et Monique Manatch, deux Algonquines engagées  témoignent des discriminations que subissent les femmes autochtones dans les régions minières.Carole Brazeau et Monique Manatch, deux Algonquines engagées témoignent des discriminations que subissent les femmes autochtones dans les régions minières. Photo : Fournie par la Conférence internationale sur l'industrie minière et les peuples autochtones

Carole Brazeau, coordonnatrice en environnement et développement durable pour Femmes autochtones du Québec, rappelle que la situation des femmes autochtones se dégrade lorsqu’elles s’impliquent dans des activités de lutte ou de résistance pour faire reconnaître leurs droits.

« Au-delà des menaces, certaines subissent des agressions. Dans les traditions autochtones, c’est de la responsabilité des femmes de défendre la terre. C’est pourquoi elles sont davantage affectées à un niveau socio-économique. »

Même dans un pays démocratique comme le Canada, les femmes autochtones militantes sont victimes d’exactions, rappelle Mme Brazeau qui a auparavant travaillé à titre de directrice du Centre de justice des premiers peuples de Montréal.

« Au pays, surtout dans le Nord canadien, les femmes autochtones qui veulent protéger leur communauté des appétits de l’industrie minière vivent les mêmes menaces que celles vivant en Amérique du Sud », ajoute-t-elle.

Mais Carole Brazeau et Monique Manatch gardent espoir, car elles reconnaissent la capacité des femmes autochtones à s’unir malgré les violences psychologiques, physiques et sexuelles.

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