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Chronique économique : le déclin du commerce des fourrures

Un homme pratiquant le commerce de la fourrure en Alberta, au Canada, dans les années 1890. / © Jkelly, Wikipédia
Un homme pratiquant le commerce de la fourrure en Alberta, au Canada, dans les années 1890. / © Jkelly, Wikipédia Photo: © Jkelly, Wikipédia
Radio-Canada

[Chronique] Les premiers contacts entre les Européens et les nations autochtones avaient comme toile de fond la traite des fourrures. Dans la phase initiale de cette rencontre historique, la relation s'est établie de « nation à nation ». Qu'en est-il aujourd'hui de la trappe d'animaux à fourrure pour les Innus en tant qu'activité traditionnelle et économique?

par Luc André

Les premiers contacts entre les Européens et les nations autochtones se sont déroulés sur la base d’échanges de fourrures en retour de matériel européen. Une forme d’économie en fait qui reposait sur le troc.

L’alliance entre les Français et la nation algonquine qui débute vers 1600 constitue un des premiers traités entre Européens et Autochtones. La base de cette alliance reposait justement sur la traite des fourrures.

Une soif de fourrure en Europe

L’intérêt pour la « Nouvelle-France » de la part des Européens reposait avant tout sur la fourrure qui était alors – les temps ont bien changé! – fort à la mode en Europe.

En 1627, la Compagnie de Nouvelle-France est créée. Le roi de France lui accorde le monopole du commerce des fourrures avec les « Sauvages », à la condition de peupler la Nouvelle-France avec des colons.

Par la suite, ce sera le règne de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Elle reçoit en 1881 le monopole du commerce de la fourrure dans le Nitassinan, c’est-à-dire dans les territoires traditionnels des Innus, qu’on surnomme alors les Montagnais.

Les Innus partaient des rives du Saint-Laurent vers la fin de juillet, en famille. Le retour se faisait au printemps, vers la mi-juin.

Un tel périple obligeait les familles innues à acheter une bonne partie de la nourriture de même que le matériel dont elles avaient besoin pour passer quasiment une année en forêt.

Le voyage pour se rendre sur leur territoire de chasse et de trappe pouvait durer jusqu’à deux mois.

Pour les Innus de Uashat mak Mani-Utenam, le contexte a changé en 1954 à la suite de la construction du chemin de fer entre Schefferville et Sept-Îles.

Plusieurs familles de Uashat mak Mani-Utenam ont alors déménagé à Schefferville pour se rapprocher de leur territoire ancestral.

D’autres Innus en ont profité pour décrocher un travail temporaire l’été aux installations de la mine, avant de retourner dans leur territoire à l’automne pour faire du trappage.

Cette situation a duré quelques années, mais les Innus ont découvert que le travail salarié était plus payant et facile que le trappage des animaux à fourrure.

Les derniers trappeurs

Aujourd’hui encore, il existe des trappeurs dans les communautés innues de Pessamit (Bersimis), Matimekush (Schefferville) ou Uashat mak Mani-Utenam (Sept-Îles), de même que sur la Basse-Côte-Nord.

Or, on peut compter sur les doigts d’une main le nombre de trappeurs qui sont encore actifs.

Parmi ceux-là, il y a Albert Vollant, un trappeur de 74 ans de Mani-Utenam, qui revient d’année en année avec plus de 80 peaux de martes.

Il explique son succès par la qualité de son territoire où on retrouve en abondance de la nourriture pour les animaux à fourrure.

Celui que tout le monde appelle « Ti-Bert » trappe exclusivement la marte, parce qu'il trouve que c’est un animal facile à attraper et à nettoyer.

Dans une seule soirée, il peut apprêter plus de 15 peaux de martes.

Albert reçoit 100 $ pour chaque peau. Voilà pourquoi il préfère la marte au castor ou à la loutre, qui prennent une journée à apprêter. De plus, les prix payés pour le castor ou la loutre oscillent entre 20 et 40 $.

Albert Vollant souligne aussi que la relève manque autant à Uashat qu’à Mani-Utenam.

Par contre, le territoire est encore bien occupé. On y dénombre 237 camps de trappe.

Or, les jeunes montent en forêt non pour la fourrure, mais pour y chasser la perdrix blanche, l’outarde ou pêcher la truite grise ou mouchetée.

De plus, la nouvelle génération préfère aller dans le Nitassinan pour de plus courtes périodes : à l’automne, dans le temps des Fêtes, de même qu’en mars et en mai.

On peut expliquer le manque d’enthousiasme envers le trappage par l’absence d’enseignement de la part des aînés à leur famille immédiate, comme cela se faisait depuis que les Innus habitent ce territoire. On constate une rupture dans la transmission des savoirs.

Antonio Fontaine, un Innu de Mani-Utenam et ancien commerçant de fourrures, remarque lui aussi une baisse importante des activités de trappage.

Dans les années 1990, il envoyait plus de 1000 peaux à fourrure à des encans. Il s’agissait surtout de peaux de marte.

Grâce aux revenus de la fourrure, il a pu amasser la mise de fonds nécessaire pour lancer sa propre entreprise de transport scolaire.

Le commerce des fourrures : baisse des prix et coûts d’accès au territoire élevés

Pour les trappeurs, le système d’encan demeure cependant très compliqué.

Par exemple, il arrive fréquemment que les responsables des encans gardent les fourrures sur de longues périodes. Résultat : les trappeurs attendent parfois jusqu’à un an avant d’être payés.

De plus, on remarque depuis des années une tendance à la baisse des prix payés pour la fourrure.

Une centaine d’Innus de la Basse-Côte-Nord partent chaque année à l’automne vers leurs territoires de trappe. La plupart du temps, ils prennent un hélicoptère ou un avion.

Les séjours sont de courte durée et la trappe demeure avant tout une activité de subsistance. Une fois les frais de transport payés, les profits liés à la vente des peaux sont minces.

En résumé, une rupture dans la transmission des savoirs entre les générations, une baisse des prix de la fourrure ainsi que des coûts prohibitifs de transport ont fait en sorte que le trappage a tendance à disparaître dans les communautés.

Il s’agissait pourtant il y a 75 ans de la principale activité économique des Innus.

L'économie autochtone.L'économie autochtone avec Luc André Photo : Radio-Canada

Luc André est originaire de la communauté innue de Maliotenam. Il est diplômé en administration et a travaillé pendant plus de trente ans en développement économique. Il connaît de l'intérieur les difficultés auxquelles font face les nations autochtones pour se doter des outils économiques nécessaires à leur émancipation. De plus, il a été aux premières loges de ces petits « miracles » qui parfois surgissent et qui démontrent que les Autochtones sont les mieux placés pour gérer leurs propres affaires.

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