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Madelaine Metallic : une enseignante qui ravive la culture micmaque

Madelaine Metallic pose dans sa classe avec ses élèves en arrière-plan.
Madelaine Metallic est enseignante d'une classe jumelée de 1re et 2e années en immersion micmaque à l'école Alaqsite'w Gitpu de Listuguj. Photo: Radio-Canada / Isabelle Larose

Malgré son jeune âge, Madelaine Metallic est déjà l'une des figures de proue de la sauvegarde de la langue micmaque dans la péninsule gaspésienne. L'enseignante de 27 ans insuffle un vent d'espoir dans sa communauté de Listuguj, où l'usage du micmac a périclité au cours des dernières décennies.

par Isabelle Larose

Tous les matins, la classe colorée de Madelaine Metallic s’embaume d’un parfum de sauge. La journée commence par le rituel de purification par la fumée.

Miss Maddy, comme les enfants l’appellent, parcourt les rangées de pupitres en brûlant un bouquet d’herbes sacrées. Elle interpelle en micmac chacun de ses 15 élèves. Tour à tour, les enfants répandent, dans un calme surprenant, la fumée sur leur corps et leur visage pour éloigner les énergies négatives.

Madelaine Metallic fait face à une élève, avec un bâton de sauge allumé dans les mains.À travers le processus de purification, Madelaine Metallic transmet des notions liées aux plantes médicinales et à l'importance de celles-ci dans la culture autochtone. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

Nom : Metallic
Prénom : Madelaine
Âge : 27 ans
Profession : enseignante titulaire d'une classe d'immersion en langue micmaque
Nation : micmaque
Lieu de résidence : Listuguj
Le plus grand rêve : « Je souhaite que tous les gens de ma communauté soient capables d’apprendre et de parler leur langue dans un environnement adapté à leurs besoins, leur culture et leur identité. »
Le principal enjeu pour l’avenir des Autochtones : « Nous avons d’abord besoin de guérir de nos blessures du passé pour construire l’avenir sur une base solide. »

La grande majorité des enfants de la classe de Madelaine Metallic ne parlent pas micmac à la maison. Outre la langue, c'est toute une culture qu'elle doit leur transmettre.

On ne peut pas mettre la culture, la langue et l’histoire micmaques en vase clos, tout est entremêlé.

Madelaine Metallic

Le contenu pédagogique aussi doit être autochtone, soutient-elle. Tu ne peux pas prendre un manuel scolaire en anglais [la langue prédominante à Listuguj] et le traduire. Est-ce que ça rejoindrait vraiment leur identité?, demande celle qui prévoit organiser bientôt un atelier de confection de tambours.

Madelaine Metallic pose avec ses élèves au coeur de la forêt.Madelaine Metallic lors d'une sortie scolaire avec ses élèves au parc Sugarloaf, au Nouveau-Brunswick Photo : Courtoisie Madelaine Metallic

Un précieux héritage linguistique

Maîtriser et enseigner le micmac à 27 ans relève presque du miracle, à Listuguj.

Dans la réserve, moins d’une personne sur cinq parle le micmac, et bien peu de gens de moins de 55 ans sont du nombre.

En complément :

Écoutez les reportages de la série Langue micmaque : entre disparition et résurrection

Madelaine Metallic déjoue les statistiques grâce à ses grands-parents.

Ma mère et moi, explique-t-elle, avons habité avec mes grands-parents jusqu’à mes 10 ans, environ. J’ai été chanceuse de grandir avec la langue micmaque.

Madelaine raconte même en riant que sa grand-mère feignait de ne pas l'entendre lorsqu'elle s’adressait à elle en anglais. Toutefois, rares sont ceux qui ont eu droit à cet héritage linguistique au cours des soixante dernières années.

La génération de mes grands-parents se faisait dire que c’était préférable d’enseigner l’anglais à ses enfants, soutient Madelaine Metallic. Et plusieurs l’ont fait, même mes grands-parents! C’est ce qui explique que ma mère et son frère ne parlent pas très bien le micmac.

Mes grands-parents se sont rendu compte qu’ils avaient fait une erreur et qu’ils auraient dû transmettre leur langue. C’est pourquoi ils ont commencé à le faire avec leurs petits-enfants.

Madelaine Metallic
Madelaine Metallic explique quelque chose à une élève à l'aide d'une tablette électronique.Depuis le début des années 2000, un programme d'immersion micmaque est offert à Listuguj. D'abord réservé à la maternelle, il s'étend maintenant jusqu'à la 5e année et rassemble une soixantaine d'enfants. Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

La maîtrise de la langue en bas âge a été une planche de salut identitaire pour Madelaine.

Je n’ai pas l’apparence typique d’une Autochtone, admet la jeune femme. J’ai la peau pâle. Depuis que je suis toute petite, je me suis vraiment accrochée à ma langue. Je me disais : “Je connais la langue traditionnelle, c’est au moins quelque chose qui prouve que je suis micmaque!”

Réveiller la fierté autochtone

La langue micmaque a guidé le parcours scolaire de Madelaine Metallic jusqu’à l’Université Victoria en Colombie-Britannique, où elle a effectué une maîtrise en gouvernance autochtone, après avoir terminé un baccalauréat en éducation en Nouvelle-Écosse.

Je voulais repousser mes limites et dépasser le langage, explique-t-elle, mais je me suis vite rendu compte que la langue est vraiment interreliée à notre culture et à notre identité.

Dans le cadre de ses études supérieures, Madeleine a développé un programme de leadership destiné aux élèves de 8e année de Listuguj. Elle s’était donné comme mission d’allier l’enseignement de la langue à celui des traditions micmaques, afin que les adolescents se réapproprient leur identité.

Madelaine Metallic pose avec plusieurs adolescents pour une photo de groupe.Dans le cadre de sa maîtrise, Madelaine Metallic a développé un programme de leadership intitulé 'Mgite'tmnej ta'n teli - 'Nnuulti'gw, ce qui signifie « Sois fier de qui tu es : la jeunesse micmaque réaffirme son identité ». Photo : Courtoisie Madelaine Metallic

Je me suis rappelée qu’à leur âge, raconte la jeune femme, quand je suis arrivée à l’école secondaire à Campbellton [à l’extérieur de la réserve], j’aurais voulu en savoir davantage sur ma culture pour être capable de vraiment montrer qui j’étais!

Je veux que mes étudiants aient en main des outils pour affronter toute forme d’adversité en tant qu’Autochtone. Je veux qu’on renforce cette fierté identitaire chez les jeunes générations. Je souhaite qu’ils soient de fiers Micmacs, qu’ils affirment et connaissent leurs droits et leur langue.

Madelaine Metallic

Madelaine Metallic a même poussé l’audace jusqu'à soutenir son mémoire de maîtrise complètement en micmac dans le gymnase de l’école de Listuguj.

Madelaine Metallic s'adresse à une foule dans un gymnase, lors de sa soutenance de thèseÀ l'automne 2017, Madelaine Metallic a présenté en micmac le résultat de ses études de maîtrise devant sa communauté. Photo : Courtoisie Madelaine Metallic

Prête à s’installer pour de bon à Listuguj, Madelaine Metallic fait partie des rares membres de sa communauté qui ont le pouvoir de sauver la langue.

À 27 ans, la jeune enseignante est prête à s'acquitter de cette grande mission.

Dans sa classe tapissée de mots de vocabulaire en micmac, elle s’affaire jour après jour à raviver la langue de ses ancêtres.

Et, à Listuguj, ils sont déjà plusieurs à lui dire « Welalin! », qui signifie merci en micmac, pour tout ce qu’elle a déjà fait.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

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