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Des professionnels de la santé soulignent la grande vulnérabilité des itinérants autochtones à Montréal

La dure réalité des femmes inuites itinérantes à Montréal
La dure réalité des femmes inuites itinérantes à Montréal Photo: Radio-Canada

[Lettre ouverte] Espaces autochtones publie une lettre ouverte de professionnels et de chercheurs qui s'inquiètent de la situation des Autochtones à Montréal à l'occasion du 1er décembre, la Journée mondiale du sida. Ils y soulignent la précarité et la vulnérabilité de ceux qui par choix ou non se retrouvent loin de leur communauté d'origine.

L’Étude Rencontre – Encounter Study - a été menée depuis un an auprès des membres des Premières Nations, Métis et Inuit vivant à Montréal en condition de précarité. L’Étude a présenté ses résultats préliminaires aux communautés autochtones dans la foulée d’un symposium en octobre dernier.

Au cours de 2018, nous avons rencontré les participantes et participants dans les shelters (refuges) et les centres de jour pour parler de leur vie, de VIH et d’hépatite C. Des infirmières du CLSC Métro ont rencontré 200 d’entre eux, offert des tests appropriés et mené des entrevues. C’était la première étude du genre au Québec.

Une forte proportion d'Autochtones dans la rue

La plupart des membres des Premières Nations, Métis et Inuit vivant à Montréal sont arrivés dans les vingt dernières années. Ces personnes travaillent ou étudient sans qu’on les distingue de la population générale. Elles représentent moins de 1 % de la population montréalaise.

Par contre, lorsqu’il s’agit des personnes vivant en situation d’itinérance ou à risque de l’être, 10 % d’entre elles sont issues des communautés autochtones. Parmi les 200 personnes rencontrées, 2 sur 5 sont Inuit, soulevant des préoccupations sur la présence importante d’Inuit en situation d’itinérance.

Nous avons fait plusieurs constats à l’égard de la santé et de la vie des personnes rencontrées. Premièrement, la présence d’hépatite C est notable dans cette population. Même en ayant accès à de nouvelles médications plus efficaces, recevoir des traitements pour l’hépatite C semble devoir passer après les besoins de se nourrir et se loger.

Parmi les personnes vivant avec le VIH, la plupart d’entre elles connaissaient leur statut. Le taux de VIH chez les autochtones vivant en condition précaire est semblable à ceux des autres personnes itinérantes à Montréal et des populations autochtones itinérantes de Toronto.

Bien que ce taux soit moins élevé que ceux mesurés dans les centres urbains des Prairies, la situation ici reste plus grave que dans toute la population de Montréal. Nous avons choisi de ne pas fournir de pourcentages de VIH parce que la précision des statistiques est « fragile » quand on compte à peine 200 rencontres; en même temps, ces 200 personnes représentent un grand nombre des 900 autochtones qui, selon les estimations, vivent en situation d’itinérance à Montréal, nous les remercions tous et toutes de leur participation.

Une grande précarité, en particulier pour les Inuits

Il est évident, par nos rencontres, qu’il faut considérer la vie singulière de ces membres des Premières Nations, Métis ou Inuit en situation précaire vivant à Montréal.

Plusieurs ont déjà séjourné en prison (8 sur 10) et ont déjà vécu un épisode de vie sans domicile (8 sur 10 également). La moitié des participants (2 sur 3 sont des femmes) ont eu un épisode de violence sexuelle dans leur vie, débutant souvent avant l’âge adulte (2 personnes sur 3 parmi ce groupe ont été violentées sexuellement avant 18 ans, ceci autant pour les hommes que pour les femmes).

Nous comprenons que la situation de précarité, et non pas spécifiquement les origines autochtones des participants, représente un risque d’infection au VIH et à l’hépatite C. Les échecs de projets personnels et des périodes de désorganisation mènent à la précarité.

Des membres des Premières Nations, Métis et Inuit se sentent loin de leur communauté, particulièrement les femmes, aimeraient renouer avec leur culture, mais l’accès et la possibilité de reconnecter avec leurs communautés ne sont pas faciles.

La condition de précarité de membres des Premières Nations, Métis et Inuit vivant à Montréal reste un facteur de risque important face au VIH et à l’hépatite C.

On doit examiner pourquoi les services actuels n’arrivent pas à soutenir ces personnes et comment prévenir la vulnérabilité et les risques d’infection.

Les Inuit restent surreprésentés parmi les autochtones vivant en situation de précarité, on doit renverser cette situation en collaborant avec ces communautés dans la recherche de solutions véritables.

Coauteurs
Gilbert Émond Université Concordia
Carrie Martin Réseau canadien autochtone du sida (RCAS)
Sylvain Beaudry Maintenant avec Médecins du Monde
Harvey Michele Centre de Santé autochtone de Tiohtia:ke
Cécile Tremblay Centre de recherche du CHUM
Faisca Richer Université McGill
Sandra Trifa CLSC Métro, CIUSS Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal
Rose-Marie Genest CLSC Métro, CIUSS Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal

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