•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Hommage au combat et à l'œuvre de l'artiste autochtone Domingo Cisneros

Domingo Cisneros dans la forêt
Domingo Cisneros a toujours défendu l'utilisation de la nature dans l'art contemporain. Photo: Laure Morali
Radio-Canada

Domingo Cisneros, artiste, poète et écrivain qui a toujours défendu l'art autochtone, se voit remettre un doctorat honoris causa par l'Université du Québec à Montréal (UQAM), qui souhaite ainsi souligner son œuvre et sa participation au rayonnement de l'art autochtone.

Un texte de Delphine Jung

Beaucoup s’entendent à dire qu’il est l’un des pionniers de l’art socio-écologique et que sa carrière a contribué à la reconnaissance de l’art autochtone contemporain au Québec et au Canada.

« L'UQAM mettra en avant le rôle de mentor qu'il a tenu auprès de toute une génération de créateurs autochtones, par son engagement social exceptionnel. Ce doctorat honorifique soulignera son œuvre de pionnier, à une époque cruciale d'affirmation de l'art autochtone contemporain », peut-on lire dans le communiqué de presse.

Aseman Sabet, commissaire indépendante et historienne de l'art qui a mis sur pied une exposition comprenant les œuvres de M. Cisneros, ne se fait pas avare d'éloges envers l'artiste.

C'est un homme qui a un bassin de savoir immense. Le rencontrer a été quelque chose de très précieux pour moi. Il est très généreux, il partage son savoir et n'a pas du tout la tête enflée.

Aseman Sabet, commissaire indépendante et historienne de l'art
Domingo CisnerosDomingo Cisneros a enseigné les arts et a dirigé le Département des arts et communications du Collège Manitou. Photo : Laure Morali

« Cette reconnaissance est surtout importante pour les causes que j’ai défendues et que je continue de défendre, plus que pour moi-même », dit Domingo Cisneros.

La forêt comme source d'inspiration

L’artiste mexicain, un Métis de la nation Tepehuane, est installé au Canada depuis la fin des années 60. Il vit aujourd’hui à Sainte-Émélie-de-l’Énergie, dans le nord de Lanaudière.

Il faut dire que l’artiste hait les klaxons, le béton et l’asphalte. « Je déteste la ville, la vie urbaine. Je perds connaissance, je deviens fou et claustrophobe », disait-il sur les ondes de Radio-Canada International en 2016.

Une oeuvre de Domingo Cisneros: un genre de « cerf-volant » noir rouge et blanc.L'artiste s'inspire des matériaux qu'il trouve dans la nature pour réaliser ses œuvres. Photo : Domingo Cisneros

Il a plutôt choisi la forêt boréale comme lieu de vie et surtout comme source d’inspiration. La plupart de ses œuvres sont faites de matériaux offerts par dame Nature tels que le bois, la pierre, les plumes ou encore les ossements.

Cet amour pour la nature lui vient de son enfance. « J’ai grandi dans l’État de Nuevo Leon, où il y a des paysages qui ressemblent à ceux qu’on trouve ici. Il y a des ours, des chevreuils, des épinettes, des sapins… J’ai été heureux de passer mon enfance là-bas », raconte-t-il.

Une sculpture faite d'os et de crânes d'animaux.La Bête à deux têtes, l'une des pièces du Bestiaire laurentien. Photo : Domingo Cisneros

Ses deux rêves : celui d’une université à ciel ouvert et, surtout, le développement d’une sorte d’art populaire forestier qui n’existe pas au Québec.

On n’utilise pas, dans notre artisanat au Québec, ce que nous donne la nature. On ne voit la forêt que d’un point de vue forestier, comme un endroit où l’on coupe du bois. Si on continue de voir la forêt seulement pour son aspect ligneux, on est fini.

Domingo Cisneros, artiste autochtone

Domingo Cisneros a également vécu à La Macaza, dans les Hautes-Laurentides, où il a enseigné les arts et dirigé le Département des arts et communications du Collège Manitou, premier collège postsecondaire autochtone en Amérique du Nord.

Là-bas, il a développé un programme d’études en arts traditionnels et contemporains, grâce auquel il a formé une première génération de leaders et d'artistes autochtones, dont Ghislain Picard, devenu chef des Premières Nations du Québec et du Labrador, et Edward Poitras, représentant du Canada à la Biennale de Venise.

Une oeuvre de Domingo Cisneros faite de bois et de peaux. Domingo Cisneros déplore qu'on ne voie la forêt que comme un endroit dans lequel on coupe du bois. Photo : Domingo Cisneros

Pour Domingo Cisneros, le Québec est « très en retard » en ce qui concerne la visibilité octroyée aux artistes autochtones par rapport à l’Ouest canadien. « Il leur faut plus d’espace, les inviter à partager des projets et arrêter cette politique paternaliste qui fait du mal aux Premières Nations. Il faut les inclure dans un plan global », plaide-t-il en affirmant que la nouvelle génération d’artistes autochtones continue d’agir dans ce sens.

Récemment, il a exposé le Bestiaire laurentien au Musée d’art contemporain des Laurentides, à Saint-Jérôme. La série de 12 sculptures animalières fictives avait déjà été exposée en 1989, mais la quasi-totalité des pièces avait ensuite brûlé dans l’incendie de l’atelier de l’artiste en 1996.

Autochtones

Arts