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chronique

Chronique économique : faire des affaires quand on est isolé

Une vue de la communauté de Matimekosh-Lac-John
Une vue de la communauté de Matimekosh-Lac-John Photo: Gracieuseté / Luc André
Luc André

[CHRONIQUE] Le développement économique lorsqu’on vit en région très éloignée recèle des défis à la hauteur de l’immensité du Nitassinan, le territoire traditionnel des Innus. La communauté de Matimekosh-Lac-John (près de Schefferville), située dans la péninsule du Labrador, à 570 kilomètres au nord de Sept-Îles en est un bon exemple.

La population de la communauté innue de Matimekosh-Lac-John compte 700 personnes. En tenant compte de la nation naskapie toute proche et des non-autochtones de Schefferville, on atteint une population de 2000 personnes.

L’accès au territoire est difficile et coûteux. On se rend à Schefferville uniquement par train ou par avion.

Si le trajet en train vers Sept-Îles est moins cher, il faut s’armer de patience en comptant un bon quatorze heures de déplacement. La fréquence normale est d’un train par semaine. Parfois, un deuxième train est ajouté lorsque la demande le justifie.

Un manque d’entrepreneurs

David André est agent à l’emploi. Il a aussi travaillé comme conseiller en développement économique avec le conseil des Innus de Matimekosh Lac John.

Pour lui, le retard sur le plan du développement économique s’explique entre autres par le « peu d’esprit d’entrepreneuriat » des Innus.

« Nous possédons seulement trois entreprises dans la communauté », avoue-t-il.

Pour David André, les gens manquent de modèles d’entrepreneur. Il affirme que plusieurs personnes ont tenté de lancer des entreprises, mais « ont échoué par manque d’expérience dans la gestion et le peu de connaissance du domaine choisi ».

Nous manquons beaucoup de personnes compétentes dans la gestion d’entreprises et dans la gestion administrative et nous recherchons des personnes spécialisées dans la rédaction de plans d’affaires et de suivi. 

David André, agent à l'emploi

Il note du même souffle que les jeunes Innus ont tendance à abandonner l’école très tôt et que les problèmes de toxicomanie sont fréquents.

L’accès au capital de départ pour les entreprises représente un autre obstacle au développement économique de la communauté.

De plus, si le déplacement des personnes est onéreux, on peut facilement comprendre que le coût des matériaux et de la nourriture est multiplié en raison de ces mêmes coûts de transport qui sont exorbitants. Construire des locaux, des entrepôts, des maisons et se nourrir à Schefferville coûte une fortune.

Un des rares hôtels de ScheffervilleUn des rares hôtels de Schefferville Photo : Gracieuseté / Luc André

Miser sur les microentreprises et l’éducation

Selon l’ancien directeur du développement économique de la Nation innue Matimekosh-Lac-John Georges Roy, il existe des moyens de réduire les coûts de transport des marchandises. Il faut juste, soutient-il, que les dirigeants se donnent un plan clair et concerté.

Il suggère également de penser d’abord à développer de petites entreprises, qui nécessitent moins d’investissement et une gestion simple. Il donne l’exemple d’entreprises de plomberie, d’électricité ou encore de conciergerie.

« Nous devons offrir de la formation sur l’entrepreneuriat et la tenue de livres, la gouvernance des entreprises », dit-il.

Mais l’accent doit surtout être mis sur des mesures pour contrer le décrochage scolaire.

« C’est sûr que notre avenir passe par l’éducation de nos enfants. »

L'économie autochtone avec Luc André.L'économie autochtone avec Luc André. Photo : Radio-Canada

Luc André est originaire de la communauté innue de Maliotenam. Il est diplômé en administration et a travaillé pendant plus de trente ans en développement économique. Il connaît de l'intérieur les difficultés auxquelles font face les nations autochtones pour se doter des outils économiques nécessaires à leur émancipation. De plus, il a été aux premières loges de ces petits « miracles » qui parfois surgissent et qui démontrent que les Autochtones sont les mieux placés pour gérer leurs propres affaires.

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